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Le chef du renseignement militaire prévient que l’Iran pourrait s’attaquer à la Coupe du monde

Le général de division Aharon Haliva a affirmé que la seule chose qui empêchait Téhéran de perturber le tournoi de football était l'inquiétude suscitée par la réaction du Qatar

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef du renseignement militaire, le général de division, Aharon Haliva, s'exprimant lors d'une conférence de l'Institut d'études de sécurité nationale à Tel Aviv, le 21 novembre 2022. (Crédit : INSS)
Le chef du renseignement militaire, le général de division, Aharon Haliva, s'exprimant lors d'une conférence de l'Institut d'études de sécurité nationale à Tel Aviv, le 21 novembre 2022. (Crédit : INSS)

Le chef du renseignement militaire a déclaré lundi que l’Iran pourrait envisager une attaque lors de la Coupe du monde de football au Qatar, alors que le pays est confronté à une pression croissante interne dans le cadre de manifestations nationales contre le régime.

S’exprimant lors d’une conférence de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) à Tel Aviv, le général de division Aharon Haliva a déclaré que les manifestations qui secouent l’Iran étaient « particulièrement exceptionnelles » et s’étaient transformées en « rébellion civile ».

« Le nombre de morts, les attaques contre les symboles nationaux – tout cela est très troublant pour le régime, surtout combiné aux sanctions, à la pression internationale existante et à la situation économique difficile », a-t-il déclaré.

Les manifestations ont été déclenchées par la mort d’une jeune femme, Mahsa Amini, après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran en septembre, et se sont depuis étendues dans tout le pays. Les autorités ont répondu par une répression qui, selon le groupe Iran Human Rights (IHR) basé à Oslo, a fait près de 400 morts, et a conduit à une demi-douzaine de condamnés à mort et plus de 15 000 arrestations.

« Il y a une réelle inquiétude, au sein du régime, que cela le mette en danger. À ce stade, je ne vois pas de risque pour le régime. Mais à mesure que la pression sur l’Iran augmente, y compris en interne, la réponse iranienne est beaucoup plus agressive. Nous devons donc nous attendre à des réponses beaucoup plus agressives dans la région et dans le monde », a déclaré Haliva.

« Je vous dis que les Iraniens envisagent maintenant d’attaquer également la Coupe du monde au Qatar », a-t-il ajouté. « La seule chose qui les retient est la réaction des Qataris. »

Des Iraniens protestant contre la mort de Mahsa Amini, 22 ans, après son arrestation par la police des mœurs, à Téhéran, le 27 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Middle East Images/Dossier)

Faisant écho aux commentaires de Haliva, le ministre sortant de la Défense, Benny Gantz, a averti que l’Iran était susceptible d’attaquer la Coupe du monde afin de provoquer une instabilité régionale.

« L’Iran cherche inlassablement à maintenir un climat d’instabilité constant alors que le monde qui l’entoure est stable et prospère – contrairement à ce qui se passe à l’intérieur même de l’Iran », a déclaré Gantz, s’exprimant au début de la réunion de faction de son parti HaMahane HaMamlahti, à la Knesset.

« La Coupe du monde pourrait être l’un de ces événements que l’Iran tente d’exploiter pour causer l’instabilité », a-t-il ajouté.

Alors que le coup d’envoi de la Coupe du monde a été donné dimanche, Haliva a déclaré que « l’Iran est sur tous les terrains, du nucléaire aux émeutes ».

Des personnes rassemblées autour de l’horloge officielle du compte à rebours indiquant le temps restant avant le coup d’envoi de la Coupe du monde à Doha, au Qatar, le 11 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

Il a déclaré que l’Iran avait intensifié ses actions offensives au cours de l’année écoulée, notant une récente attaque de drone sur un pétrolier appartenant à Israël, au large des côtes d’Oman.

« Depuis le début de l’année 2022, nous avons compté, en incluant les cyberattaques, une centaine d’opérations menées par les Iraniens », a déclaré Haliva.

« À Londres, ils se préparent à une attaque iranienne et ils savent de quoi ils parlent. Les États-Unis se préparent également à la terreur iranienne. Je ne suis pas convaincu que le [reste du] monde ait conscience du danger iranien qui pèse au niveau mondial », a-t-il ajouté.

« Nous reconnaissons des marques iraniennes également dans l’arène palestinienne », a déclaré Haliva, faisant référence aux attaques répétées contre Tsahal et aux attaques planifiées par des groupes terroristes en Cisjordanie.

« L’idée sous-jacente est de garder Israël occupé, au détriment d’autres choses. Londres, Jénine et Naplouse sont une seule et même chose dans la vision iranienne », a-t-il ajouté.

Sur cette photo publiée par l’armée iranienne le 25 août 2022, un drone est lancé depuis un navire de guerre lors d’un exercice militaire de drone en Iran. (Crédit : Armée iranienne/AP)

En ce qui concerne l’impasse des négociations sur le nucléaire iranien, Haliva a déclaré que Téhéran avait fait des « progrès significatifs » vers la production d’uranium enrichi à 90 % de pureté.

« Le moment, où le plus grand test de la communauté internationale apparaîtra au grand jour, approche – lorsque l’Iran envisagera l’idée de l’enrichissement à 90 %, ne serait-ce que symboliquement », a-t-il déclaré.

« Je me demande ce que fera la communauté internationale lorsque l’Iran commencera à produire de l’uranium enrichi à 90 % de pureté », a-t-il ajouté.

Haliva a déclaré que le voyage de cinq jours du chef d’état-major, Aviv Kohavi, aux États-Unis, qui est axé sur la menace iranienne, intervenait à un moment « crucial ».

Il a déclaré que si Israël devait frapper les installations nucléaires de Téhéran, il serait heureux que « les États-Unis soient à nos côtés ».

Archives : Un réacteur de recherche nucléaire au siège de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, le 1er septembre 2014. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi/Dossier)

À la lumière de l’incertitude croissante concernant un retour de l’Iran à l’accord nucléaire de 2015, alors que les négociations sont bloquées depuis longtemps, Tsahal a connu ces deux dernières années une intensification des efforts pour préparer une menace militaire crédible contre les sites nucléaires de Téhéran.

Des pourparlers parrainés par l’Union européenne sont en cours depuis plus d’un an pour ramener les États-Unis dans l’accord nucléaire de 2015 avec l’Iran, connu sous le nom de Plan global d’action conjoint (JCPOA), négocié par la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’UE et l’Iran.

Mais à la suite du retrait unilatéral des États-Unis en mai 2018, sous l’impulsion de Donald Trump, et du rétablissement des sanctions américaines, Téhéran s’est progressivement affranchi de ses obligations, en augmentant ses stocks d’uranium enrichi au-delà des limites fixées dans le cadre du JCPOA.

Alors que l’Iran a longtemps insisté sur le caractère pacifique de son programme nucléaire, les experts en non-profiltration avertissent que Téhéran possède suffisamment d’uranium enrichi à 60 % de pureté pour le retraiter en combustible pour la confection d’au moins une bombe nucléaire.

L’Iran a ainsi dépassé le taux d’enrichissement d’uranium de 3,67 % fixé par le JCPOA, montant à 20 % début 2021. Puis il a franchi le seuil inédit de 60 % de pureté, se rapprochant des 90 % nécessaires à la confection d’une bombe.

Israël a longtemps poussé les États-Unis à préparer une option militaire crédible, et le président américain Joe Biden a déclaré en juillet qu’il serait prêt à recourir à la force si nécessaire pour empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire.

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