Le clan Ben Ali, éparpillé et discret, dix ans après la révolution
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Le clan Ben Ali, éparpillé et discret, dix ans après la révolution

La plupart des proches du président déchu n'ont pas répondu de leurs actes devant la justice ; ils captaient notamment 21 % des bénéfices du secteur privé tunisien en 2011

Le président tunisien de l'époque Zine El Abidine Ben Ali (au premier plan) salue les électeurs après les élections municipales aux côtés de sa femme Leila (centre) et de son gendre, l'homme d'affaires tunisien Sakher el-Materi (à droite), le 9 mai 2010. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)
Le président tunisien de l'époque Zine El Abidine Ben Ali (au premier plan) salue les électeurs après les élections municipales aux côtés de sa femme Leila (centre) et de son gendre, l'homme d'affaires tunisien Sakher el-Materi (à droite), le 9 mai 2010. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)

Dix ans après la révolution qui l’a chassé du pouvoir, le clan du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, qui s’était accaparé des pans entiers de l’économie tunisienne, est éparpillé dans le monde avec des fortunes diverses.

La plupart n’ont pas répondu de leurs actes devant la justice. Ils captaient notamment 21 % des bénéfices du secteur privé tunisien en 2010, selon la Banque Mondiale.

Ben Ali et ses proches

Le président tunisien déchu – condamné par contumace de nombreuses fois pour homicide, torture et corruption – est décédé à 83 ans en septembre 2019 en exil en Arabie saoudite, où il a été enterré dans la discrétion, en présence de sa seconde épouse et de leurs trois enfants.

Leïla Trabelsi, surnommée la « coiffeuse » en raison de sa profession passée supposée, seconde épouse du dictateur et l’une des personnes les plus haïes du régime, continue de profiter de son exil doré saoudien malgré une myriade de condamnations.

Elle réside à Jeddah avec leur fils et leur fille cadette Nessrine. Cette dernière a, selon la presse, divorcé en 2019 de son second mari, le rappeur tunisien K2Rhym, après quelques mois de mariage.

Le clan Trabelsi

Les frères de Leïla Trabelsi, 64 ans, sont accusés d’avoir été les moteurs de la mainmise sur les biens nationaux, qui ont permis au clan de régner sur un empire s’étendant de la grande distribution à l’immobilier en passant par la téléphonie, les médias ou l’automobile.

  • Belhassen Trabelsi, 58 ans – le frère fugitif

Richissime homme d’affaires considéré comme le chef du clan, il s’est enfui en yacht vers l’Italie le 14 janvier 2011, et a rejoint le Canada où il a résidé dans un appartement cossu de Montréal jusqu’en 2016. Débouté de sa demande d’asile, il a pris la fuite.

Belhassen Trabelsi, beau-frère du président tunisien évincé Zine El-Abidine Ben Ali arrive avec son avocat au palais de justice d’Aix en Provence, où il répond à une demande d’extradition formulée par les autorités tunisiennes, le 19 juin 2019. (Crédit : Boris HORVAT / AFP)

Il a déposé un dossier en 2016 auprès de l’organisme de justice transitionnelle, l’Instance vérité et dignité (IVD), pour obtenir une réconciliation en contrepartie d’un remboursement de fonds détournés. Il a proposé un milliard de dinars (350 millions d’euros), a indiqué l’IVD, mais l’arbitrage n’a pas abouti.

Après trois ans de cavale, il est arrêté en mars 2019 dans le sud de la France. La justice française examine actuellement une demande d’extradition vers la Tunisie.

  • Imed Trabelsi, 46 ans – le prisonnier

Le plus connu des membres du clan Trabelsi, neveu de Leïla Ben Ali, est emprisonné en Tunisie depuis le 14 janvier 2011, jour de la chute du président.

Arrêté alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour la France, il a été condamné notamment pour fraude et corruption à 100 ans de prison au total.

Il a livré le 22 mai 2017 un témoignage public inédit sur le système de corruption bien huilé impliquant des douaniers, des hauts fonctionnaires et des ministres.

Le neveu du président déchu de la Tunisie Zine El Abidine Ben Ali, Imed Trabelsi (au centre), arrive pour une troisième audience de procès, dans un tribunal de Tunis, le 10 août 2011. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)

Il a présenté des excuses au peuple tunisien, souhaitant « tourner la page » pour retrouver sa famille. Un accord de réconciliation moyennant finances a été trouvé mais il est toujours en prison.

Deux frères de Leïla Trabelsi sont décédés en prison : Moncef Trabelsi, mort d’une tumeur au cerveau en 2013 à 69 ans, et Mourad Trabelsi, qui souffrait de maladies chroniques et s’est éteint en avril 2020 à 65 ans – selon sa famille, par manque de soins pendant une décennie de détention.

Les gendres

  • Sakher El Materi, 39 ans – le fantôme

Premier époux de Nessrine, souvent qualifié de « gendre préféré » de Ben Ali et présenté comme son potentiel dauphin, il s’est réfugié au Qatar avant d’être éconduit fin 2012 et de s’exiler aux Seychelles.

Selon l’ONG anti-corruption I-Watch, il a obtenu la nationalité seychelloise mais il envisagerait de quitter l’archipel.

En 2017, il a entamé des négociations avec l’Etat tunisien sous l’égide de l’IVD pour faire acte de repentance et être autorisé à rentrer au pays, proposant de rembourser 500 millions de dinars. En vain à ce stade.

Sakher el-Materi, gendre du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et fondateur de la banque Zitouna, devant le siège de la banque lors de la cérémonie d’ouverture officielle à Tunis, le 28 mai 2010. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)

Son père Moncef Materi, condamné pour blanchiment, a été interpellé en France en juin 2017 lors de l’escale d’une croisière, en vertu d’un mandat d’arrêt international émis en 2011 par un juge tunisien. La cour d’appel d’Aix-en-Provence (sud) a rejeté son extradition en 2018.

  • Marouane Mabrouk – le discret

Ex-époux de Cyrine Ben Ali, fille du premier mariage de Ben Ali, cet homme d’affaires de poids a gardé un rôle de premier plan bien que discret. Avec ses frères, il co-dirige l’un des principaux conglomérats du pays, présent dans la grande distribution (Monoprix, Géant), des concessions automobiles (Fiat, Mercedes) ou encore la banque.

Accusé d’avoir fait fructifier ses affaires grâce aux largesses de son ancien beau-père, il a vu certains de ses biens être gelés en 2011.

Le président d’Orange Tunisie, Marwan Ben Mabrouk (à gauche) et son épouse Cyrine, fille du président tunisien Ben Ali, assistent à une conférence de presse à Tunis, le 4 mai 2010. (Crédit : Fethi Belaid / AFP)

Il a pu en récupérer une partie, dont la participation dans le groupe de téléphonie français Orange en 2019 à la suite d’une levée contestée des sanctions par l’Union européenne, qui ouvre la voie à un rachat de cette part par Orange.

  • Slim Chiboub, 61 ans – le repenti

Epoux de Dorsaf, la seconde fille du premier mariage de Ben Ali, ex-dirigeant du très populaire club de football de l’Espérance à Tunis, il est rentré d’exil pour solder ses comptes avec la justice.

Le président du Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations, Slim Chiboub, donne une conférence de presse à Tunis, le 3 janvier 2004. (Crédit : FETHI BELAID / AFP)

Après avoir mis fin en novembre 2014 à son exil aux Emirats arabes unis, il a passé un an en prison et s’est engagé, en échange de la suspension de poursuites, à restituer les sommes perçues indument assorties d’une amende.

En dépit de cet accord, il a de nouveau été arrêté cet été.

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