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Le désert du Negev choisi pour la toute première cartographie des réseaux fongiques

La Société pour la protection des réseaux souterrains collectera des milliers d'échantillons dans dix environnements pour étudier leur capacité de stockage du carbone

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un acacia dans le désert du Négev. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)
Un acacia dans le désert du Négev. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Le désert israélien du Negev a été choisi pour devenir l’un des dix endroits du monde où les champignons – ces héros invisibles de la nature – seront cartographiés pour la toute première fois.

L’initiative, qui a été lancée par une organisation appelée Société pour la Protection des réseaux souterrains (SPUN), se concentrera sur les vastes réseaux fongiques qui entrent en interaction avec les racines d’environ
90 % des végétaux et qui sont susceptibles d’absorber d’importantes quantités de carbone.

« Les réseaux fongiques sous-tendent à la vie sur Terre. Si les arbres sont les ‘poumons’ de la planète, les réseaux fongiques sont son ‘système circulatoire’, » a expliqué Mark Terceka, membre de la direction de la SPUN, au journal Guardian.

Alors que les champignons sont la partie la plus visible des moisissures, ils ne sont que leurs organes reproducteurs – un peu comme les fruits pour les plantes – même s’ils produisent des spores plutôt que des graines.

Sous les champignons s’étendent des réseaux fongiques massifs, connus sous le nom de mycélium. La SPUN estime que les dix centimètres qui se trouvent directement sur la surface du sol contiennent suffisamment de champignons mycorhiziens pour recouvrir « environ la moitié de la largeur de notre galaxie ».

Et ces réseaux stockent des quantités très importantes de carbone – entre cinq et 17 milliards de dioxyde de carbone par an, selon les estimations de la SPUN. L’estimation la plus basse correspond à plus de la moitié de toutes les émissions de CO2 liées à l’énergie pour l’année 2021.

Mycélium. (Crédit : Lex vB at Dutch Wikipedia, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

« On suppose généralement que ce sont les forêts tropicales qui contiennent la majorité du carbone terrestre de la planète mais les écosystèmes souterrains en contiennent 13 fois plus », explique la SPUN.

Ces réseaux sont toutefois menacés dans un contexte où « plus de 90 % du sol terrestre pourrait être dégradé d’ici 2050 » en raison des activités humaines – perte d’habitats, produits chimiques agricoles, pollution, déforestation, risques liés à des températures extrêmes suite au changement climatique, sécheresse ou, au contraire, inondations.

C’est la raison pour laquelle les scientifiques de la SPUN espèrent cartographier les zones et les écosystèmes les plus menacés et, selon le Guardian, s’associer aux organisations de préservation de l’environnement locales pour mettre en place des « couloirs de préservation » de ces systèmes souterrains.

Ce qui serait l’équivalent, sous la surface du sol, des couloirs écologiques terrestres qui ont été mis en place dans le passé et qui sont considérés aujourd’hui comme déterminants pour relier les réserves naturelles et pour permettre le libre déplacement des animaux (et des plantes), à une période de développement urbain intense.

Réseau de mycélium haute-résolution. (Crédit : Victor Caldas)

La SPUN, dont le travail est financé par l’investisseur britannique milliardaire Jeremy Grantham, a d’ores et déjà cartographié ses 10 000 premiers échantillons et, au cours des dix-huit prochains mois, elle en collectera encore 10 000 dans des écosystèmes variés, sur tous les continents.

Outre le désert du Negev dans le sud d’Israël, le projet concerne le Maroc, les steppes du Kazakhstan, le Sahara occidental, les prairies et les hautes plaines du Tibet, la toundra du Canada, la forêt boréale de Russie, le plateau du Mexique et les hautes montagnes d’Amérique du sud.

Les réseaux fongiques sont également responsables de ce qui a été appelé la « super autoroute de l’information » grâce à laquelle les végétaux peuvent échanger des informations et même de la nourriture.

Il y a déjà des recherches significatives qui ont été entreprises sur les réseaux fongiques du Negev.

La docteure Isabella Grishkan, maître de conférences à l’université de Haïfa, dans le nord d’Israël, étudie les réseaux fongiques dans le Negev depuis 40 ans, même si son travail se concentre particulièrement sur les réseaux évoluant librement qui fonctionnent indépendamment des racines des végétaux.

Les réseaux qu’elle étudie tiennent un rôle déterminant : celui de décomposer la matière organique.

Grishkan, qui a identifié par moins de 450 espèces de réseaux fongiques indépendants, note la diversité étonnamment riche des champignons dans un environnement particulièrement hostile.

Elle dit avoir découvert qu’ils parvenaient à survivre dans la chaleur et la sécheresse extrême du Negev grâce à la mélanine, ce pigment sombre qui aide également les humains à s’adapter aux environnements désertiques.

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