Le fragile cessez-le-feu à Gaza marque la reprise de la bataille Gantz-Netanyahu
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Analyse

Le fragile cessez-le-feu à Gaza marque la reprise de la bataille Gantz-Netanyahu

N'acceptant pas vraiment le plan d'unité du président, le leader de Kakhol lavan dit que le Premier ministre "veut des élections" et non négocier. Netanyahu se tait, pour l'instant

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent au siège de l'armée israélienne à Tel Aviv, le 27 octobre 2019. (Crédit : Elad Malka)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent au siège de l'armée israélienne à Tel Aviv, le 27 octobre 2019. (Crédit : Elad Malka)

Le cessez-le-feu conclu jeudi matin entre Israël et le groupe terroriste du Jihad islamique palestinien dans la bande de Gaza mettra probablement un jour un terme aux derniers combats transfrontaliers intenses. Mais il menace aussi de raviver une bataille très différente sur le front politique, une bataille qui a connu une accalmie dans les hostilités pendant l’escalade dans le sud.

Après qu’Israël a annoncé mardi matin qu’il avait tué un commandant du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien dans une attaque ciblée, et alors que des centaines de roquettes étaient tirées sur des agglomérations israéliennes, l’armée israélienne a lancé plusieurs raids sur des cibles dans Gaza, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz ont fait une pause dans leurs attaques directes l’un contre l’autre dans le cadre des négociations de coalition qui sont dans l’impasse.

La flambée de violence à Gaza est survenue alors que Gantz essayait de mettre sur pied un gouvernement, après que Netanyahu a échoué à le faire après les élections en septembre. Faute d’une majorité gouvernementale avec leurs alliés politiques respectifs, le Premier ministre et le Premier ministre désigné ont été pressés – notamment par le président Reuven Rivlin et le futur faiseur de rois Avigdor Liberman – de former un gouvernement d’unité, mais sont en désaccord sur la composition d’un tel gouvernement et sur la personne à sa tête.

Kakhol lavan et le Likud se rejettent régulièrement la responsabilité de l’absence de progrès dans les négociations et cherchent à se rejeter mutuellement la faute si le pays est contraint de faire face à une troisième élection.

Les combats à Gaza, cependant, en suscitant un sentiment d’unité nationale et un cessez-le-feu dans les échanges enflammés entre Gantz et Netanyahu, semblaient avoir augmenté les chances de former un gouvernement d’unité, et pas seulement en limitant la possibilité que Gantz constitue un gouvernement minoritaire appuyé par la Liste arabe unie, une alliance formée essentiellement par des partis arabes.

Des chars israéliens sont postés près de la frontière avec la bande de Gaza, le 13 novembre 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

La première déclaration publique de M. Gantz après le fragile accord de cessez-le-feu conclu jeudi matin avec le Jihad islamique, prononcé parallèlement et après une réunion avec le président de Yisrael Beytenu Liberman – une réunion qui devait initialement avoir lieu mardi, mais avait été reportée en raison des problèmes de sécurité – a montré que le combat politique était loin d’être fini.

« Nous ne voulons pas d’élections et nous ferons tout notre possible jusqu’à la dernière minute [pour les éviter] », a dit M. Gantz. Netanyahu, par contre, est déterminé à tenir la troisième élection en moins d’un an, et ne veut pas vraiment négocier la formation d’un gouvernement d’unité, a-t-il accusé.

« A mon avis, Netanyahu garde le bloc et se dirige vers des élections », a dit M. Gantz, faisant référence au groupe de 55 députés de droite et religieux du Likud, qui a insisté pour négocier ensemble.

Au sujet du plan d’unité de Rivlin, qui permettrait à Netanyahu de servir comme Premier ministre d’abord dans une coalition Likud-Kakhol lavan, mais de s’écarter temporairement s’il est accusé dans les affaires de corruption auxquelles il fait face, Gantz a déclaré qu’il est « prêt à envisager toute option qui respectera mes principes en termes d’inculpation ». Jusqu’à présent, M. Gantz a déclaré qu’il ne servirait pas sous les ordres d’un Premier ministre qui fait face à de graves soupçons en matière d’actes délictueux.

Le parti de Gantz avait précédemment demandé à Netanyahu de démissionner de son poste de chef du en raison des inculpations possibles en cours contre lui dans trois affaires de corruption. Un porte-parole de Kakhol lavan n’a pas voulu préciser si Gantz était maintenant prêt à servir sous Netanyahu dans le cadre du plan de Rivlin.

En chargeant Netanyahu de former un gouvernement à la fin du mois de septembre (avant de donner le mandat à Gantz après l’échec du Premier ministre), Rivlin a déclaré avoir proposé un changement juridique au poste de « Premier ministre intérimaire » qui accorderait au titulaire du poste « plein pouvoir » dans le cas où le Premier ministre ne pourrait exercer ses fonctions.

Le président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un gouvernement lors d’une conférence de presse à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Un tel changement pourrait théoriquement permettre à Netanyahu de prendre congé s’il est formellement accusé dans le trio d’affaires de corruption en cours contre lui, et à Gantz d’éviter de servir dans un gouvernement avec un Premier ministre qui est sous mise en accusation. En même temps, Rivlin proposait également de prolonger la période pendant laquelle un Premier ministre pourrait prendre un congé sans renoncer à son poste au-delà du maximum actuel de 100 jours.

Liberman a exigé que Kakhol lavan accepte entièrement le plan, qui, bien que Rivlin ne l’ait pas explicitement dit, verrait aussi Netanyahu servir comme Premier ministre en premier.

S’exprimant après Gantz jeudi, Liberman a fait allusion à des désaccords au sein de la direction de Kakhol lavan, en disant : « Ce qui me manque, c’est une annonce claire de tous les dirigeants de Kakhol lavan qu’ils acceptent le plan du président ».

Liberman, se référant aux réponses des deux parties à sa proposition, selon laquelle Gantz accepterait le cadre d’unité de Rivlin et Netanyahu abandonnerait son bloc fort de 55, dit que, « De Netanyahu nous avons entendu un ‘non’ clair – il n’acceptera pas le plan complet comme je le propose. Ici [de Gantz], je n’ai pas entendu ‘non’ mais je n’ai pas non plus entendu ‘oui’ d’une manière positive. Cela manque cruellement. »

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche) et son homologue d’Yisrael Beytenu Avigdor Liberman, à l’hôtel Kfar Maccabiah, de Ramat Gan, le 14 novembre 2019. (Crédit : Elad Malka)

Samedi soir, Liberman a présenté un ultimatum à Netanyahu et Gantz, disant que si l’un d’eux n’accepte pas les concessions difficiles nécessaires pour former une coalition ensemble, il soutiendra le candidat qui fait des compromis et renie sa promesse de soutenir uniquement un gouvernement d’union nationale.

Mais avec l’option d’un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur par la Liste arabe unie, le pouvoir de négociation de Kakhol lavan sur Netanyahu a considérablement diminué. Gantz n’avait jamais publiquement confirmé une telle option, Liberman s’y est opposé, et les députés arabes de la Liste arabe unie l’ont encore plus réduite en s’opposant farouchement à l’assassinat ciblé mardi par Tsahal du terroriste Baha Abu al-Ata, le chef du Jihad islamique palestinien, en accusant le gouvernement de crimes de guerre et en agissant pour des motifs politiques très précis.

Le Premier ministre sort donc de la mini-guerre de Gaza politiquement plus fort, indépendamment de toute critique sur la gestion du conflit par le gouvernement.

Tout en continuant à gérer la situation sécuritaire aux côtés du nouveau ministre de la Défense Naftali Bennett jeudi, Netanyahu n’a pas immédiatement répondu aux accusations de Gantz qui l’accuse de vouloir des troisièmes élections. Mais dans cette bataille politique en cours, il est peu probable qu’il retienne son souffle longtemps.

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