Le Hezbollah piège des responsables israéliens pour apparaître dans son documentaire
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Le Hezbollah piège des responsables israéliens pour apparaître dans son documentaire

Deux ex-ministres et un vétéran blessé pensaient que le film était destiné à la télévision italienne ; le journaliste affirme avoir aussi été trompé

Amir Peretz, ancien ministre de la Défense, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Amir Peretz, ancien ministre de la Défense, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le Hezbollah a piégé trois responsables israéliens et un soldat blessé pour qu’ils accordent des entretiens pour son documentaire sur la deuxième guerre du Liban de 2006. Le groupe terroriste libanais a combattu Israël pendant 34 jours après avoir enlevé deux soldats israéliens le long de la frontière israélo-libanaise.

Selon un article publié mardi par le quotidien Yedioth Ahronoth, un journaliste italien a interrogé l’ancien ministre de la Défense Amir Peretz, l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni et le général (retraité) Eyal Ben-Reuven, à présent député de l’Union sioniste, en leur disant que le film serait diffusé sur la BBC et la télévision italienne.

Mais le journaliste Michela Moni a souligné qu’il avait aussi été trompé, affirmant que le producteur palestinien qui lui a donné ce travail lui avait dit que le film était destiné à la BBC et à Al-Jazeera.

Samedi, al-Mayadeen, une chaîne de télévision libanaise affiliée à l’organisation terroriste chiite, a diffusé des images inédites de combattants du Hezbollah s’entraînant pour l’attaque qui a lancé la deuxième guerre du Liban.

Le général (retraité) Eyal Ben-Reuven, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le général (retraité) Eyal Ben-Reuven, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Trois soldats israéliens avaient été tués et deux autres, Ehud Goldwasser et Eldad Regev, avaient été capturés pendant le raid. Cinq autres soldats avaient été tués peu après en tentant de les secourir.

Le film fait partie d’une série documentaire en trois épisodes commémorant le dixième anniversaire de la guerre. Il est vu en Israël comme une tentative du Hezbollah visant à redorer son image au Liban, où il est perçu comme une des causes de la souffrance du pays, en raison de la guerre de 2006 et à sa participation active à la guerre civile syrienne en soutien des forces armées du régime syrien et de l’Iran.

La vidéo, en arabe et en hébreu, est visible ci-dessous :

Tomer Weinberg, vétéran de l’armée israélienne qui a été blessé en 2006, a déclaré à Yedioth que Moni l’avait contacté en février.

« En février, Michela Moni s’est présenté comme journaliste pour l’agence de presse italienne ANSA de Rome. Il a demandé à m’interroger sur l’enlèvement. J’ai décliné l’offre quelques fois, et ai expliqué que la reconstitution de l’incident pourrait aggraver mon état physique et psychologique », a-t-il déclaré.

Mais Moni a été tenace, a ajouté Weinberg.

« Le journaliste italien n’a pas abandonné, et j’ai finalement accepté d’être interrogé. Quand il est venu chez moi, il m’a dit qu’il logeait à Jérusalem et était venu me rendre spécialement visite ‘parce que le peuple italien est extrêmement intéressé par votre histoire, et il est important qu’ils apprennent les circonstances de l’enlèvement’ », a déclaré Weinberg.

Tomer Weinberg, vétéran israélien de la deuxième guerre du Liban, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Tomer Weinberg, vétéran israélien de la deuxième guerre du Liban, interviewé dans un documentaire diffusé par al-Mayadeen, chaîne de télévision affiliée au Hezbollah, en juillet 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Pendant l’entretien, qui a duré une heure, Moni lui a demandé à plusieurs reprises de le filmer à côté d’une photo de l’embuscade de 2006 dans laquelle ses camarades ont été enlevés et tués, et où il a été blessé. Il a refusé. Et le documentaire du Hezbollah a déformé son témoignage, faisant penser qu’il avait abandonné ses camarades, a affirmé Weinberg.

« Mes amis m’ont humilié parce qu’après tout ce que j’ai dit au journaliste italien, ils n’ont montré qu’une toute petite partie de ça, qui implique que j’ai fui le véhicule et abandonné mes amis. Tout d’un coup, les souvenirs de l’accident sont revenus et j’ai commencé à être angoissé », a déclaré Weinberg.

« Depuis que le film a été diffusé, je n’ai pas été au travail », a-t-il ajouté.

Des porte-paroles de Livni et Peretz ont déclaré qu’ils n’avaient jamais été informés qu’ils étaient interrogés pour al-Mayadeen. L’ancien chef des renseignements militaires, Amos Yadlin, apparaît aussi dans le documentaire, mais il a déclaré à Yedioth qu’il pensait que les réalisateurs avaient simplement utilisé d’anciennes images de ses apparitions à la télévision israélienne.

Tens of thousands of demonstrators held a rally for kidnapped soldiers in Tel Aviv's Rabin Square in the fall of 2006. Ehud Goldwasser, Eldad Regev and Gilad Shalit were already in captivity for several months at the time of the demonstration. (photo credit: Flash90)
Des dizaines de milliers de personnes étaient présentes pendant un rassemblement de soutien aux soldats enlevés, sur la place Rabin de Tel Aviv, à l’automne 2006. Ehud Goldwasser, Eldad Regev et Gilad Shalit étaient déjà en captivité pendant plusieurs mois à ce moment. (Crédit : Flash90)

D’autre part, Moni a déclaré au quotidien qu’il avait été piégé par un producteur palestinien pour accepter la mission.

« Je ne savais pas non plus que les entretiens que j’avais faits en Israël étaient destinés au Hezbollah. » « Ahmed Barghouthi [producteur de télévision palestinien], qui m’a engagé à Jérusalem, m’avait dit qu’il préparait des entretiens pour une émission qui serait diffusée sur la BBC et sur Al-Jazeera. J’ai beaucoup travaillé avec ce producteur, et j’ai accepté la mission. »

« Je suis un journaliste professionnel, et je n’ai pas de liens avec al-Mayadeen ou avec le Hezbollah, et je n’ai aucun intérêt à être en contact avec eux. Tomer Weinberg est une personne extrêmement agréable et il dit qu’il n’avait aucune idée que l’entretien finirait sur al-Mayadeen », a ajouté Moni.

« Quand j’ai réalisé que la chaîne du Hezbollah diffusait les entretiens, et pas Al-Jazeera ou la BBC, j’ai compris que j’avais été utilisé et je suis apparu comme un menteur aux yeux des personnes que j’ai interrogées. J’ai peur de perdre mon travail », a-t-il déclaré.

Le film du Hezbollah comprenait aussi des vidéos de reconnaissance prises par le groupe terroriste d’un emplacement situé le long de la frontière, le point 105 de l’armée israélienne, près du village libanais d’Aita el-Shaab, où l’attaque a eu lieu. Des enregistrements sonores de la radio de communication militaire israélienne, où l’on entend la voix de Goldwasser peu avant l’attaque, ont également été diffusés.

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