Un eurodéputé grec, ex-cadre du parti néonazi Aube Dorée, arrêté à Bruxelles
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Un eurodéputé grec, ex-cadre du parti néonazi Aube Dorée, arrêté à Bruxelles

Ioannis Lagos avait été condamné par la cour pénale d'Athènes à 13 ans et huit mois de prison ferme pour "direction d'une organisation criminelle"

Ioannis Lagos, député grec, membre du parti néo-nazi Aube Dorée. (Crédit : Jébulon/Wikimedia)
Ioannis Lagos, député grec, membre du parti néo-nazi Aube Dorée. (Crédit : Jébulon/Wikimedia)

Six mois après sa condamnation par la cour pénale d’Athènes à 13 ans et huit mois de prison ferme pour « direction d’une organisation criminelle », l’eurodéputé Ioannis Lagos, un ancien cadre du parti néonazi grec Aube dorée, a été arrêté mardi à Bruxelles.

Cette arrestation est intervenue au lendemain de la levée de son immunité parlementaire par les députés européens, suivie de l’émission d’un mandat d’arrêt par les autorités judiciaires grecques, selon une source policière grecque.

A Bruxelles, le parquet a déclaré que l’eurodéputé avait été privé de sa liberté, sans donner aucune autre information.

« Je suis dans un véhicule de police, les voleurs, les athées, les antihellènes vont m’emprisonner », a écrit Ioannis Lagos mardi sur Twitter.

Déclenchée à la demande d’Athènes juste après sa condamnation en octobre dernier, la levée de l’immunité a été décidée lundi soir à une très large majorité par le Parlement européen : 658 eurodéputés se sont prononcés pour, 25 contre et 10 se sont abstenus, selon le résultat du vote en séance plénière qui s’est déroulé lundi soir à bulletins secrets.

« L’impunité ne peut pas être tolérée « 

Ioannis Lagos fait partie de la quarantaine de membres d’Aube dorée condamnés en octobre à Athènes à l’issue d’un procès marathon de cinq ans et demi.

Cadre de haut rang d’Aube dorée, il avait été placé en détention provisoire, comme l’ensemble de la direction de cette formation, après le meurtre près d’Athènes d’un musicien antifasciste, Pavlos Fyssas, en septembre 2013. Il avait été remis en liberté conditionnelle 18 mois plus tard dans l’attente de son procès.

Ioannis Lagos bénéficiait de l’immunité parlementaire depuis son élection en juillet 2019 au Parlement européen sous la bannière d’Aube dorée, une formation qu’il a quittée quelques mois plus tard pour devenir indépendant.

Il avait, le jour du verdict de la cour pénale d’Athènes en octobre, « quitté la Grèce pour Bruxelles afin d’échapper à sa condamnation », a expliqué l’eurodéputée française Marie Toussaint (Verts), la rapporteure du Parlement européen sur ce dossier, dans un communiqué.

« Il était impératif pour l’Union européenne de lever l’immunité de Ioannis Lagos afin qu’il puisse faire face à la justice de son pays. La condamnation prononcée par celle-ci est grave. L’impunité ne peut être tolérée », a-t-elle ajouté.

Ancien agent de sécurité, cet homme avait été le chef local d’Aube dorée dans la zone où Pavlos Fyssas a été tué. « Rien n’aurait été fait sans l’approbation de Lagos », avait affirmé la mère de la victime pendant le procès.

Réagissant au vote au Parlement européen, Ioannis Lagos avait écrit lundi soir sur Twitter qu' »il ne retournait pas en Grèce dans les prochains jours ». Il a aussi déclaré qu’il resterait « fort et libre ».

L’ancien député et chef du parti Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, témoigne devant un tribunal d’appel, le 6 novembre 2019, dans le cadre d’un procès phare sur un homicide ayant impliqué Aube dorée. (Photo par Aris MESSINIS / AFP)

Le chef d’Aube dorée, Nikos Michaloliakos, et la majeure partie des condamnés ont été emprisonnés mais le numéro deux de l’organisation, Christos Pappas, est en fuite.

Au pic de la crise financière en Grèce en 2012, Aube dorée avait réussi à entrer Parlement grec, profitant du désespoir des Grecs et du discrédit alors des partis traditionnels, la Nouvelle-Démocratie (droite), au pouvoir actuellement, et le Pasok (socialiste).

Créé dans les années 90, ce parti avait bénéficié pendant longtemps d’une quasi impunité malgré au moins deux meurtres et de nombreuses violences perpétrées contre des migrants, des homosexuels et des militants de gauche.

Son déclin avait commencé après l’assassinat de Pavlos Fyssas et l’inculpation de sa direction et de ses principaux autres cadres.

Son échec dans sa tentative d’entrer au Parlement grec aux dernières législatives en 2019 ainsi que la condamnation de sa direction en octobre dernier ont provoqué son éclatement et lui ont valu la perte de la majeure partie de son électorat.

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