Le parti travailliste néerlandais « préoccupé » par l’antisémitisme du Labour
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Le parti travailliste néerlandais « préoccupé » par l’antisémitisme du Labour

La porte-parole a exprimé son inquiétude face à la présence de Jeremy Corbyn sur les tombes des cerveaux du massacre du Munich et suite à ses déclarations sur les "sionistes"

Le chef néerlandais du Labour Lodewijk Asscher (Capture d'écran : YouTube)
Le chef néerlandais du Labour Lodewijk Asscher (Capture d'écran : YouTube)

AMSTERSDAM (JTA) — Le parti travailliste, aux Pays-Bas, a qualifié de « préoccupants » certains agissements de Jeremy Corbyn, le leader de son homologue britannique qui est accusé d’attiser la haine antisémite.

Une déclaration faite mercredi au JTA par la porte-parole officielle du parti néerlandais, le PvdA, est la plus importante réprimande à ce jour de la part d’un mouvement travailliste européen à l’égard du parti britannique sur son problème d’antisémitisme.

Femke van Zijst, porte-parole de la faction parlementaire travailliste néerlandaise, a expliqué que son parti avait trouvé « les informations récentes préoccupantes » concernant Corbyn.

Elle a spécifiquement réagi à la présence du britannique en 2015 à une cérémonie de dépôt de gerbe en Tunisie pour ceux qui avaient ourdi le massacre de Munich, en 1972, au cours duquel des terroristes palestiniens avaient assassiné 11 athlètes et entraîneurs israéliens lors des Jeux olympiques, parfois après de graves actes de torture et des mutilations. Des photos montrant Corbyn poser une gerbe sur la tombe de l’un des cerveaux de l’attaques ont fait leur apparition le mois dernier.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Autre sujet d’inquiétude, la révélation, le mois dernier, d’un enregistrement dans lequel Corbyn disait que les sionistes n’avaient « pas le sens de l’ironie » malgré « avoir vécu dans ce pays pendant très longtemps », voire pendant toute leur vie. Les critiques, parmi lesquels un ancien grand rabbin britannique, Lord Jonathan Sacks, qui a lui-même qualifié le chef travailliste « d’antisémite » en raison des enregistrements, ont estimé que l’usage du mot sioniste était un euphémisme pour désigner les Juifs. Une accusation rejetée par Corbyn qui a insisté sur le fait qu’il parlait de ceux qui souscrivaient à cette idéologie.

Mercredi, Gidi Markuszower, sénateur néerlandais du parti populiste de droite pour la Liberté, a critiqué la formation travailliste de son pays durant un débat parlementaire au sujet de l’antisémitisme et pour « avoir invité [Corbyn], antisémite notoire » aux Pays-Bas. La formation néerlandaise avait en effet accueilli Corbyn au mois de juillet, suscitant les protestations de certains Juifs du pays et des partisans d’Israël.

Markuszower, qui est Juif, a demandé au cours du débat avec Ron van der Wieken, président du bureau central juif néerlandais, « quel effet cette visite a eu sur la confiance accordée par les Juifs néerlandais au parti travailliste dans la lutte contre l’antisémitisme ».

Gidi Markuszower (Robin van Lonkhuijsen/via JTA)

Van der Wieken, qui a également qualifié Corbyn « d’antisémite de la vieille école », a indiqué que les Juifs font confiance au parti travailliste local. Mais « il a été hautement malheureux » que le chef du parti, Lodewijk Asscher, « s’associe à Corbyn », a ajouté van der Wieken. Mais, a-t-il continué, « pour autant que je le sache, il y a une baisse de la confiance dans le parti travailliste néerlandais en tant que formation pour laquelle les Juifs peuvent voter, et cette baisse est directement liée aux contacts avec le Labour britannique ».

Corbyn, leader politique d’extrême-gauche, a été élu à la tête du Labour en 2015, menant des milliers de ses partisans à rejoindre la formation. Les discours antisémites, avec notamment des cas de harcèlement des députés et membres juifs, ont explosé suite à son élection. Corbyn a promis de s’en prendre au problème et d’exclure les antisémites mais ses critiques, et notamment les responsables de la communauté juive britannique, affirment qu’il a échoué à agir et qu’il fait, en fait, partie lui-même du problème qu’il prétend résoudre.

Le chef du parti d’opposition du Labour Jeremy Corbyn lors d’un discours pour les élections législatives à Londres, le 29 avril 2017 (Crédit : Niklas Hallen/AFP)

Le parti travailliste israélien a rompu tous les contacts avec son homologue britannique. Mais avant la déclaration du mouvement néerlandais, les autres formations européennes liées au Labour avaient largement gardé le silence sur ce problème.

La déclaration du parti travailliste néerlandais, apparemment mécontent des explications données par Corbyn, survient deux mois après que la formation a accueilli le leader britannique à La Haye. Au mois de juillet, Asscher avait défendu cette invitation après qu’elle a été critiquée par le groupe pro-israélien CIDI. Asscher, qui est d’origine juive et qui a lui-même subi des violences antisémites, avait écrit au CIDI en disant que Corbyn avait promis de s’attaquer au problème et qu’il soulèverait la question avec l’homme politique britannique au cours de réunions.

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