Le plan d’expansion de Modiin crée des divisions entre écologistes et résidents
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Le plan d’expansion de Modiin crée des divisions entre écologistes et résidents

Alors qu'une organisation environnementale cherche à préserver un corridor écologique pour la faune, les habitants souhaitent préparer la ville au changement climatique

Fruits mûrs et vue sur la ville moderne de Modiin depuis le jardin archéologique de Givat Titora. (Shmuel Bar-Am)
Fruits mûrs et vue sur la ville moderne de Modiin depuis le jardin archéologique de Givat Titora. (Shmuel Bar-Am)

Après une campagne victorieuse pour préserver les collines méridionales de Modiin dans le centre d’Israël et en faire un parc national, les militants de la ville tentent maintenant de protéger des terres supplémentaires contre les bulldozers en exigeant des modifications du plan directeur visant à faire passer la population de la ville de 90 000 à 250 000 habitants.

Dix-huit organisations locales appartenant à la Coalition de Modiin pour la durabilité ont fait appel à la Commission de planification du district de la région Centre pour construire plus densément à l’intérieur de la ville afin de conserver autant que possible les 2,5 acres (10 000 dunams) d’espaces verts au nord qui ont été zonés pour la construction.

Ils sont soutenus par plusieurs membres de la Knesset ; 5 000 personnes ont signé une pétition.

Modiin a été conçue par l’architecte israélo-canadien Moshe Safdie, suite à la décision du gouvernement de créer une nouvelle ville entre Tel Aviv et Jérusalem. La construction a commencé dans les années 1990 et en 2003, les communautés voisines de Maccabim et Reut ont été absorbées dans la nouvelle municipalité.

La ville, que de nombreux habitants quittent chaque jour pour aller travailler, est composée principalement d’un grand nombre de maisons à un étage au toit rouge et d’immeubles bas, de larges boulevards traversés surtout par des voitures privées, et de nombreux parcs et espaces verts.

Le plan régional initial pour la période allant jusqu’en 2020 prévoyait une deuxième étape de construction qui aurait étendu Modiin au sud et au nord. Mais suite à une longue campagne menée par des groupes environnementaux et de la société civile, les planificateurs ont convenu plus tôt cette année de transformer les collines du sud en parc national.

Une promenade printanière dans les collines au sud de Modiin qui sont maintenant destinées à devenir un parc national. (Sue Surkes / Times of Israel)

Le plan régional révisé à l’horizon 2040, contre lequel des objections pouvaient être déposées jusqu’au 9 septembre, concentre la quasi-totalité de la deuxième phase de construction dans la partie nord de la ville et dans et autour d’un grand centre commercial (appelé Ligad) à l’extrême Nord.

Le plan a reçu le soutien du ministère de la Protection de l’environnement, de la Société pour la protection de la nature en Israël (SPNI) et du Fonds national juif KKL-JNF. L’Autorité israélienne de la nature et des parcs n’avait pas finalisé sa position au moment de la publication de cet article.

Moshe Perelmuter, qui représente le SPNI dans la région Centre d’Israël depuis 1997, est satisfait du plan car il préserve comme espace vert la partie principale du corridor écologique qui s’étend à l’ouest de la zone construite existante de Modiin.

Les gazelles ont besoin de corridors écologiques pour se déplacer. (CC BY-SA 3.0 Bassem18 / Wikipédia)

À l’échelle du pays, ces corridors sont des espaces verts qui relient entre elles les « zones centrales » des réserves naturelles et des parcs nationaux, et sont essentiels pour garantir à la faune de conserver un degré élevé de mobilité et de diversité génétique – élément clé pour la santé et la résilience, le bon fonctionnement de la chaîne alimentaire, et sur le long terme, la survie des espèces.

Modiin occupe déjà une partie du corridor par lequel des animaux tels que gazelles, hyènes, renards, chacals et porcs-épics circulent entre la forêt de Ben Shemen, la plaine de l’Ayalon et les collines de Jérusalem. La ville appartient à un vaste réseau de corridors qui s’étend des montagnes du Carmel près de Haïfa, dans le nord d’Israël, jusqu’au nord du Néguev.

Perelmuter a félicité les planificateurs, pour avoir accepté de déplacer les installations initialement prévues au milieu du corridor, de renoncer à une route qui aurait traversé le corridor, de construire quatre viaducs écologiques pour permettre à la faune de traverser en toute sécurité les autres routes, et de donner une protection juridique à une section d’espace vert autour du centre commercial Ishpro, qui a créé un goulot d’étranglement pour les animaux sauvages lorsqu’il a été construit dans le corridor dans les années 1990.

Les plans de Modiin. (Avec l’aimable autorisation de Google Earth)

Selon Perelmuter, ce plan 2040 est le meilleur projet de ce type qu’il ait vu à ce jour. « Nous avons fixé les limites [de la ville] une fois pour toutes », a-t-il ajouté.

Mais les opposants au projet considèrent que Perelmuter et les autres ne se sont pas assez battus.

Selon le document que l’un des groupes, Residents with Influence, Modiin, envisage de soumettre au comité de planification, il y reste beaucoup d’espace pour des constructions supplémentaires dans la ville existante, à la fois en rehaussant les bâtiments existants et en investissant les terrains libres, ce qui devrait être prioritaire.

Vue aérienne du quartier Hanahalim, Modiin, 5 juillet 2017. (Gidi Avinary / FLASH90)

Augmenter ainsi la densité de construction permettrait à certains des espaces libres zonés pour la construction d’être plutôt utilisés pour élargir le corridor écologique, et la construction nécessaire pourrait être limitée à des espaces libres moins sensibles pour l’environnement.

Contrairement à Perelmuter, qui prend une position ferme contre les pins hautement inflammables, le groupe soutient que le projet de déraciner quelque 6 000 arbres dans le cadre de ce plan est inacceptable, compte tenu de leur capacité à absorber le dioxyde de carbone qui participe au réchauffement de la planète.

L’autre axe principal de l’opposition de ce groupe tient au fait que la question du dérèglement climatique et la nécessité de protéger la ville contre ses conséquences n’apparaissent nulle part dans le projet.

Parmi leurs doléances, ils réclament que tous les nouveaux bâtiments soient construits conformément aux normes de construction écologique les plus strictes et que la ville existante soit modernisée pour la rendre plus résiliente face au dérèglement climatique.

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