Le Shabbat prend de l’importance en Afrique, les rabbins côtoient la spiritualité – et le crime
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Le Shabbat prend de l’importance en Afrique, les rabbins côtoient la spiritualité – et le crime

Les communautés juives sont de plus en plus importantes alors que des milliers d'Israéliens s’installent en Afrique

Rabbi Avromy et Sternie déménagent au Kenya cette Rosh Hashanah. (Chabad.org via JTA)
Rabbi Avromy et Sternie déménagent au Kenya cette Rosh Hashanah. (Chabad.org via JTA)

Le rabbin Shmuel Notik était sur son chemin pour aller sonner le shofar un vendredi soir dans la capitale kenyane de Nairobi lorsque six hommes armés de couteaux l’ont intercepté dans une rue sombre.

Notik – un adepte du courant Habad-Loubavitch du judaïsme qui a déménagé en 2014, quelques jours avant cet incident, au Kenya pour servir les Juifs locaux – a donné aux assaillants son livre de prière et une épinglette avec son shofar, la corne de cérémonie qu’utilisent les Juifs le jour de Roch Hashana, le Nouvel an juif. C’était tout ce qu’il avait sur lui car les juifs pratiquants ne sont généralement pas autorisés à transporter des objets le jour du Shabbat.

Cette expérience fut choquante pour Notik, âgé de 28 ans et père de deux enfants nés en Israël. Mais avec le recul, il se souvient que ce fut une première leçon peu coûteuse des défis auxquels sont confrontés les Juifs en Afrique. Cinq couples affiliés au Habad ont d’ailleurs récemment emménagé comme émissaires pour aider la communauté grandissante d’Israéliens et de Juifs qui travaillent dans l’économie africaine, en plein développement.

Malgré la criminalité rampante et d’autres problèmes, un second rabbin doit venir s’installer au Kenya pour Roch Hashana : l’émissaire du Habad, Avromy, apporte ses idées pour transformer la synagogue centenaire de la ville en un centre communautaire. Son arrivée, avec son fils qui vient à peine de naître et sa femme, est le dernier volet du travail effectué qui a permis d’ouvrir 6 maisons Habad depuis 2011 au Kenya, en Ethiopie, au Ghana, au Nigeria et en Angola.

Notik n’a pas été envoyé par le mouvement Habad – il est arrivé en Afrique de son propre chef il y a deux ans pour servir les Israéliens qui y vivent – mais sa communauté située à Nairobi est passée de quelques dizaines de membres à une congrégation comptant des centaines au cours de la dernière décennie, une communauté avec son propre jardin d’enfants juif, ses activités extra-scolaires, ses cours d’hébreu, un mikvé et deux endroits qui servent de synagogues ainsi que des centres communautaires.

Comme dans de nombreux autres pays africains, la communauté est principalement composée d’experts en agriculture et en technologie vivant à Nairobi avec leurs familles, bien que les hommes d’affaires juifs qui voyagent fréquemment ici en provenance d’Israël représentent également un contingent important.

Rabbi Shmuel Notik tenant une perche du Nil à son domicile à Nairobi en 2015. (Crédit : autorisation Notik)
Rabbi Shmuel Notik tenant une perche du Nil à son domicile à Nairobi en 2015. (Crédit : autorisation Notik)

« L’Afrique sub-saharienne est un endroit difficile mais exaltant, dynamique et spirituel – un lieu qui attire les Israéliens en particulier », a déclaré Notik.

La présence croissante des Juifs occidentaux au Kenya – et en Afrique, en général – est un exemple de la façon dont « le continent se développe à un rythme effréné et attire particulièrement dans les secteurs des communications, de l’agriculture et de la construction des professionnels venus du monde entier, dont beaucoup viennent d’Israël, » explique Notik.

Mais la croissance n’est pas toujours visible dans une métropole que l’agence de conseil Mercer basée à New York, qui compile les niveaux de qualité de vie à l’échelle mondiale, a récemment classé Nairobi comme la septième ville la moins sûre au monde pour les expatriés – les habitants l’appellent d’ailleurs « Nairobbery » pour plaisanter.

Les crimes de rue forcent d’ailleurs certains juifs à rester chez eux durant Shabbat puisuq’ils ne peuvent pas conduire et se déplacer à pied est trop dangereux. Parfois, lors des couvre-feux se déroulent sans électricité en raison des pénuries qui affectent aussi les services médicaux. Le réseau Internet sans fil est irrégulier et les coupures de réseau sont fréquentes.

Au Ghana, l’émissaire Habad Rabbi Noach Majesky, qui a déménagé à Accra l’année dernière, dépend d’un générateur, car « pour 36 heures d’électricité, nous en avons 12 sans, » explique-t-il.

Les juifs pratiquants à travers l’Afrique ne bénéficient pas d’un approvisionnement fiable pour la viande fraîche casher. De nombreuses familles lavent leurs enfants dans de l’eau préalablement bouillie par crainte de la pollution et de la présence du paludisme qui constitue toujours une inquiétude, en particulier chez les familles avec enfants.

Ces difficultés signifient que les émissaires Habad en Afrique doivent être endurants, motivés et ne pas se montrer trop inquiets devant la faible présence de la médecine occidentale standard, selon le Rabbin Shlomo Bentolila, chef Habad des opérations dans le secteur.

Bentolila vit en République démocratique du Congo depuis le début des années 1990, lorsqu’il s’est installé dans la capitale Kinshasa pour s’occuper des expatriés Juifs principalement venus de France, Belgique et Israël.

Mais les assistants de Bentolila ne peuvent pas être trop agressifs non plus, explique t-il, ou ils vont se fâcher avec les Africains locaux de bonne volonté et qui coopèrent. Deux éléments dont ils ont besoin.

« L’aspect relationnel est très important en Afrique », explique-t-il. « Vous devez être avenant et aimer aller vers les autres. L’impolitesse est très mal vue et ne vous mènera nulle part. »

Venant d’une société informelle où la dernière minute et l’improvisation sont la norme, les Israéliens ont la réputation de bien s’intégrer en Afrique, où ils maintiennent de façon étonnante une forte présence compte tenu de leur pays d’origine qui ne compte que 8,5 millions d’habitants.

Bentolila raconte que l’arrivée de milliers d’Israéliens depuis les années 1990 a donné un coup de pouce aux opérations Habad. Ainsi il exige désormais que tous ses émissaires parlent couramment hébreu.

Mais Majesky travaille également sur la participation des Africains locaux. En août, il a parlé à 400 étudiants universitaires à Accra sur les éléments clés du judaïsme – une religion dont beaucoup de membres de la nation chrétienne se sentent proches.

« Cet endroit est en réalité spirituel », détaille-t-il à propos Ghana.

Majesky et son collègue kenyan, Notik, organisent tous les deux des opérations de charité pour aider à « combler l’écart énorme qui existe au sein des sociétés africaines entre aisées et pauvres » comme l’explique Notik, qui propose également des cours du soir pour les Kenyans sur les points communs entre juifs et chrétiens.

Alors que l’impact des Rabbins Habbad sur les sociétés africaines reste limité, l’arrivée de Majesky l’an dernier au Ghana « a fait une énorme différence » pour Gali Zimmer, âgé de 37 ans, d’origine israélienne, et mère de trois enfants. Elle explique vivre dans ce pays avec son mari.

Zimmer, qui continue de manger casher, avait pour habitude de transporter au moins 90 livres de viande casher retourner au Ghana avec elle chaque fois qu’elle se rendait en Israël. Mais Majesky, qui est un shochet certifié ou abatteur rituel, a fait le désagrément inutile en fournissant à la communauté un approvisionnement fiable de poulet casher.

L'ambassadeur d'Israël au Ghana Sharon Bar-li (à droite) avec les responsables ghanéens dans la ville d'Accra, au Ghana (Crédit : MFA)
L’ambassadeur d’Israël au Ghana Sharon Bar-li (à droite) avec les responsables ghanéens dans la ville d’Accra, au Ghana (Crédit : MFA)

Avec Rabbi Noach, nous avons des dîners de vacances appropriées conformes à la Halakha [loi juive] », dit-elle des orthodoxes lois religieuses juives. « Voilà quelque chose qui est devenu particulièrement important pour moi car nous nous sommes éloignés du reste du monde juif. »

Retour au Kenya, où Notik égorge aussi des poules. Pendant ce temps, son collègue Super a récemment commandé une importante cargaison de viande cachère en provenance d’Afrique du Sud.

Un nouvel élan a été donné cette année au renforcement des liens entre Israël et l’Afrique lorsque des dizaines d’hommes d’affaires en provenance d’Israël ont accompagné le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une tournée dans quatre pays – la première visite depuis des décennies sur le continent par un leader israélien. Bentolila a déclaré que le développement aidait également le Chabad à conquérir les cœurs et les esprits locaux.

La réputation de l’Etat juif en Afrique est partagée, allant de la vente d’armes et au fait de faciliter le pillage des ressources naturelles pour construire des infrastructures de secours et des installations médicales.

Mais, Bentolila explique que « la majorité des Israéliens et des juifs sont reconnus en Afrique comme une force qui œuvre pour le bien, et qui aide le continent à s’améliorer chaque année ».

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