Le sinistre zoo de Gaza rouvre quelques mois après sa fermeture
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Le sinistre zoo de Gaza rouvre quelques mois après sa fermeture

Certains voient une astuce potentiellement lucrative consistant à rouvrir le zoo pour susciter l'indignation et ainsi toucher de l'argent d'ONG voulant venir en aide aux animaux

Une lionne placée sous sédatifs dans une cage avant son transfert du zoo de Rafah, à Gaza, vers la Jordanie, le 7 avril 2019. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)
Une lionne placée sous sédatifs dans une cage avant son transfert du zoo de Rafah, à Gaza, vers la Jordanie, le 7 avril 2019. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Des lionceaux séparés de leurs parents pour amuser des enfants, une lionne battue, des animaux prisonniers de cages minuscules : un zoo gardant des animaux dans des conditions affligeantes a rouvert dans la bande de Gaza quelques mois à peine après une campagne internationale ayant réussi à le fermer.

Connu pour ses cages exiguës et sales, et ses animaux émaciés, le zoo de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, enclave palestinienne contrôlée par les terroristes islamistes du Hamas, avait fermé ses portes au printemps dernier.

L’organisation internationale de défense des animaux Four Paws (Quatre pattes, ndlr) avait versé 55 000 dollars aux propriétaires l’année précédant la fermeture pour financer des soins et de la nourriture aux animaux dans un piteux état.

Et en avril dernier, l’ONG avait transféré la cinquantaine d’animaux, dont des lions, des singes et des paons, dans un sanctuaire en Jordanie en échange de la promesse que le zoo allait fermer pour de bon.

Amir Khalil, un vétérinaire de l’ONG Four Paws examine un renard sous sédatifs avant son transfert du zoo de Rafah, à Gaza, vers la Jordanie, le 7 avril 2019. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Mais le parc a rouvert le mois dernier avec notamment deux lions, et trois lionceaux, enfermés dans de toutes petites cages.

Le propriétaire affirme que la réouverture vise uniquement à égayer la vie de la population de la bande de Gaza, où le taux de chômage atteint 47 %, voire 64 % chez les jeunes, selon les dernières données officielles.

Mais d’autres voient plutôt une astuce potentiellement lucrative consistant à rouvrir le zoo pour susciter l’indignation et ainsi toucher de l’argent d’organisations voulant venir en aide aux animaux.

Lorsque l’AFP a visité les lieux récemment, un lion piteux, mal nourri, était exposé près de l’entrée, une autruche prisonnière d’une cage de trois mètres carré picorait frénétiquement les barreaux et deux singes mâchaient assis sur des déchets.

Un lion et une lionne étaient gardés dans deux cages distinctes, de quelques mètres carré chacune. Et les propriétaires du zoo tentaient de séparer les trois lionceaux de leur mère pour qu’ils puissent être pris en photos par des enfants en visite ce jour-là.

Pour séparer la mère de ses petits, ils ont frappé la lionne avec un bâton et donné des coups sur la cage pour la méduser, un employé allant jusqu’à la narguer lorsque ses petiots étaient hors de la cage.

Le dernier tigre de Gaza, Laziz, évacué du zoo de Khan Yunis, transporté par des membres de l’ONG Four Paws et des vétérinaires de l’université hébraïque de Jérusalem. à l’hôpital pour animaux Beit Dagan, près de Tel Aviv, le 24 août 2016, avant d’être tansféré en Afrique du Sud. (Crédit : AFP/ MENAHEM KAHANA)

« Un lion a besoin de 1 000 m2 pour jouer. Ici, ils n’ont que 7m2 », déplore Mohammed Aweda, un militant pour le droit des animaux à Gaza. « Le zoo ne pourra pas survivre à l’hiver car ils manquent de tout, que la nourriture coûte chère et que la situation économique à Gaza est très difficile », dit-il.

Le nouveau gérant de l’établissement, Ashraf Jumaa, qui est de la même famille que les premiers propriétaires, soutient que les lions ont été importés clandestinement de l’Egypte par des tunnels. Mais d’autres sources suggèrent plutôt qu’ils viennent d’un autre centre animalier dans le nord de Gaza.

« Notre but premier est divertir la population, pas de faire de l’argent », affirme M. Jumaa, précisant que la nouvelle version du zoo compte moins d’animaux et coûte donc moins cher à faire tourner.

Mais le zoo risque rapidement d’être déficitaire lorsque les lionceaux seront adultes. « Chaque jour, ils auront alors besoin de 22 à 30 kilos de viande, cela coûtera entre 100 et 150 shekels », entre 26 et 39 euros, reconnaît-il.

Or l’étrange mini-zoo de Rafah accueille en moyenne 50 visiteurs par jour à deux shekels chacun par ticket, soutient-il, pour un total de cent shekels par jour, ce qui ne sera même pas suffisant pour défrayer la note pour la nourriture des animaux…

Contactée par l’AFP, l’organisation Four Paws est consternée. « Les vidéos et les photos que nous avons vues sont vraiment alarmantes. Les animaux n’ont pas des conditions de vie appropriées. Ils semblent dans un piètre état et exigent en toute urgence des soins et de la nourriture », résume-t-elle.

Un haut responsable du ministère gazaoui de l’Agriculture, a déploré sous le couvert de l’anonymat qu’il n’y avait eu aucune coordination entre les autorités locales et la direction du zoo pour la réouverture. La bande de Gaza et ses deux millions d’habitants méritent un vrai zoo répondant aux normes internationales, fait-il valoir.

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