Le stratagème électoral de Netanyahu ? Elisez-moi et j’annexe les implantations
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Notes d'un reporter

Le stratagème électoral de Netanyahu ? Elisez-moi et j’annexe les implantations

Pompeo a dit que la reconnaissance du Golan par Trump ne constitue pas un précédent. Le Premier ministre voit les choses différemment. A-t-il une idée en tête pour son immunité ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un olivier dans la zone de Netiv Haavot, dans l'implantation d'Elazar en Cisjordanie, le 28 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un olivier dans la zone de Netiv Haavot, dans l'implantation d'Elazar en Cisjordanie, le 28 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)

WASHINGTON, DC – La visite écourtée du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux Etats-Unis a été dominée par l’escalade de la violence provoquée par une attaque à la roquette du Hamas lundi matin qui a rasé une maison au centre d’Israël et par la réunion historique à la Maison Blanche le même jour lors de laquelle le président américain Donald Trump a officiellement reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Les déclarations de Netanyahu sur son intention de conserver définitivement tout ou partie de la Cisjordanie contestée ont été quelque peu éclipsées.

Dans les coulisses de l’AIPAC, cependant, des sources israéliennes et américaines proches des deux dirigeants ont indiqué que Netanyahu pense effectivement à une annexion partielle s’il est réélu Premier ministre le 9 avril prochain.

Peu après la cérémonie à la Maison Blanche au cours de laquelle Trump a signé un décret proclamant que « les États-Unis reconnaissent que le plateau du Golan fait partie de l’État d’Israël », un Netanyahu jubilatoire a déclaré aux journalistes que la décision américaine avait souligné « un principe très important dans la vie internationale : Quand vous commencez des guerres d’agression, [et] que vous perdez du territoire, ne venez pas le réclamer après. Il nous appartient ».

Plus tard, vers la fin du voyage de retour, il a été plus précis en parlant à la presse qui l’accompagnait dans son avion : « Tout le monde dit qu’on ne peut pas conserver un territoire conquis, mais ce qu’il vient de se produire prouve qu’on le peut. Si le territoire a été pris lors d’une guerre défensive, alors il nous appartient ».

Le président américain Donald Trump remet son stylo plume au Premier ministre Benjamin Netanyahu après avoir signé un décret relatif au plateau du Golan dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche, le 25 mars 2019. (Saul Loeb/AFP)

Réalisant immédiatement que Netanyahu invoquait peut-être la reconnaissance du Golan par Trump comme justification ostensible d’une annexion potentielle en Cisjordanie – « territoire occupé », comme dit Netanyahu, conquis « dans une guerre défensive » – le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo s’est précipité pour clarifier que la situation sur le plateau du Golan ne ressemblait à aucune autre, et ne constituait pas un précédent pour d’autres mesures de ce genre.

Interrogé lors d’une conférence de presse sur la question de savoir si la reconnaissance par le président de la souveraineté israélienne sur le Golan – où Israël avait étendu la loi israélienne en 1981, dans un geste équivalant à une annexion – établit « un précédent que les pays puissants peuvent en fait prendre le pas sur le droit international », Pompeo a répondu catégoriquement par la négative. « La réponse est catégoriquement non », répondit le secrétaire. « C’est une situation incroyablement unique. Israël menait une bataille défensive pour sauver sa nation [lorsqu’il a conquis le plateau en 1967], et il ne saurait être question qu’une résolution de l’ONU [exigeant la cession du territoire à la Syrie] constitue un acte de suicide ».

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo salue le public lors de son discours à la conférence de 2019 de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), au Washington Convention Center, à Washington, le lundi 25 mars 2019. (AP Photo/Jose Luis Magana)

Néanmoins, les sources israéliennes et américaines avec lesquelles je me suis entretenu ont présenté un scénario post-électoral dans lequel Netanyahu chercherait effectivement à annexer au moins les principaux blocs d’implantations – comme le Gush Etzion, Maale Adumim et Ariel – et à le faire, dans l’idéal, avec le soutien américain dans une certaine mesure.

Ce faisant, il convient de noter que Netanyahu pourrait se prévaloir d’un large soutien israélien : Un sondage Haaretz a révélé cette semaine que 42 % des personnes interrogées étaient en faveur de l’annexion totale ou partielle de la Cisjordanie. (Ce chiffre a été ventilé comme suit : 27 % pour l’annexion complète et 15 % pour l’annexion de la zone C, soit environ 60 % du territoire. Le sondage n’a pas interrogé les sondés sur l’annexion moins dramatique des seuls principaux blocs d’implantation. Seuls 28 % se sont dits opposés à toute annexion. Environ un quart des personnes interrogées étaient des Israéliens non-juifs.)

De plus, selon le Times of Israel, le Premier ministre pourrait chercher à faire miroiter la perspective d’annexer les principaux blocs d’implantations – largement préconisés par son parti le Likud et par des partis à sa droite comme HaYamin HaHadash et l’Union des partis de droite – afin d’inciter les députés qui le soutiennent à veiller à ce que son maintien au poste de Premier ministre ne soit pas entravé par la menace imminente que des accusations criminelles soient portées contre lui.

En d’autres termes, Netanyahu pourrait explicitement ou implicitement encourager les députés qui veulent voir l’annexion partielle de la Cisjordanie à soutenir une législation qui le protégerait des poursuites pendant son mandat. (Netanyahu fait face à des accusations de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires, et il est accusé de corruption dans l’une d’elles, en attendant une audience. Il nie tout acte répréhensible.)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est interviewé par la Douzième chaîne d’information israélienne dans leur studio, le 23 mars 2019. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Dans une très rare interview télévisée sur la Douzième chaîne d’information, samedi soir, Netanyahu a d’abord rejeté l’idée qu’il demanderait ou appuierait une loi le mettant à l’abri de poursuites tant qu’il serait Premier ministre.

Quelques secondes plus tard, lorsqu’on lui a demandé de promettre qu’il ne le ferait pas, il a fait marche arrière pour dire qu’il ne savait pas, puis il a fini par dire qu’il ne « croyait » pas qu’il allait demander ou appuyer une telle loi.

Une série d’acquis irréversibles

Les sources israéliennes et américaines ont noté l’immense succès dont Netanyahu a bénéficié en remportant des acquis irréversibles et difficiles à annuler grâce à Trump : la reconnaissance par le président de Jérusalem comme capitale d’Israël ; son transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem ; son retrait de l’accord nucléaire iranien de 2015 ; et la reconnaissance par les États-Unis cette semaine de la souveraineté israélienne sur le Golan.

Le secrétaire au Trésor américain Steve Mnuchin et la fille et conseillère du président américain Donald Trump, Ivanka Trump, dévoilent la plaque d’inauguration lors de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem le 14 mai 2018. (AFP Photo/Menahem Kahana)

Après les élections, ont noté les sources, l’attention devrait rapidement se porter sur la proposition de paix israélo-palestinienne, sur laquelle l’administration travaille depuis longtemps.

Comme on pouvait s’y attendre, le Times of Israel a été mis au courant, le plan étant finalisé par une équipe de Trump qui comprend le conseiller principal du président (et gendre) Jared Kushner, le représentant spécial de Trump Jason Greenblatt et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman a vu diverses formulations envisagées – dont certaines seraient presque certainement rejetées par la direction palestinienne, et d’autres qui pourraient être moins désagréables.

L’appel de Friedman pour plus de progrès

Dans une allocution prononcée mardi devant l’AIPAC, l’ambassadeur Friedman a exposé avec passion une approche qui, si elle se reflète dans la proposition de Trump, risque d’être rapidement rejetée par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Le président de l’AP a de toute façon rejeté par anticipation le plan américain, et boycotte l’administration Trump depuis qu’elle a reconnu Jérusalem, capitale israélienne en décembre 2017).

Benny Gantz, dirigeant de Kakhol lavan, intervient lors de la conférence politique de l’AIPAC à Washington DC, le 25 mars 2019. (Shmulik Almani)

Exprimant la crainte qu’une administration américaine ultérieure n’apprécie pas « le risque existentiel pour Israël si la Judée et la Samarie sont submergées par le terrorisme comme ce fut le cas pour la bande de Gaza après le retrait de Tsahal de ce territoire, Friedman souligne la nécessité pour Israël de maintenir une sécurité générale en Cisjordanie – une nécessité qui a également été soulignée lors de son discours à l’AIPAC par le principal rival de Netanyahu, le dirigeant de Kakhol lavan Benny Gantz, et qui a longtemps été une pierre angulaire de la politique de Netanyahu.

Friedman a posé la question : « Pouvons-nous laisser cette problématique [de rétablissement de la paix et du conflit palestinien] à une administration qui ne comprendrait peut-être pas la nécessité pour Israël de maintenir un contrôle de sécurité absolu sur la Judée et la Samarie et une position de défense permanente dans la vallée du Jourdain ? »

En affirmant clairement que l’administration Trump est profondément sensible à l’idée qu’Israël doit maintenir un contrôle global de la sécurité en Cisjordanie, une position qui empêche nécessairement un État palestinien totalement indépendant, Friedman a indiqué – bien qu’il ne l’ait pas dit explicitement – que la proposition imminente de paix Trump ne fournirait pas une solution à deux États, et serait donc certainement rejetée par les Palestiniens. (Soit dit en passant, le sondage Haaretz de cette semaine a révélé que les Israéliens n’étaient favorables qu’à 34 % à la solution des deux États.)

Si Abbas rejette le plan, Netanyahu réitérerait probablement publiquement sa conviction répétée qu’Abbas n’est pas un partenaire de paix viable et, selon les sources, s’emploierait à annexer les blocs d’implantations.

Les remarques de Pompeo, mardi, suggéraient que les Etats-Unis n’approuveraient pas une telle décision. Le discours de Friedman le même jour à l’AIPAC a laissé ouverte la possibilité que les Etats-Unis le pourraient, comme il l’a plaidé pour « plus de progrès » dans des domaines où Israël et cette administration sont d’accord.

« Pouvons-nous laisser cette [question du rétablissement de la paix et du conflit palestinien] à une administration qui pourrait ne pas comprendre qu’au Moyen Orient, la paix passe par la force, pas seulement par les mots sur un papier ? » demanda Friedman à son auditoire. « Pouvons-nous courir le risque qu’un jour le gouvernement d’Israël regrettera, et se dise : pourquoi n’avons-nous pas fait plus de progrès quand la politique étrangère américaine était entre les mains du président Trump, du vice-président Pence, du secrétaire Pompeo, de l’ambassadeur Bolton, de Jared Kushner, Jason Greenblatt, et même David Friedman ? Comment pourrions-nous faire ça ? »

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, prend la parole lors de la conférence annuelle de l’AIPAC à Washington le 26 mars 2019. (Jim Watson/AFP)

« La réponse, poursuit Friedman, c’est qu’on ne peut pas. Nous continuerons de travailler avec le gouvernement israélien, avec les Palestiniens et avec d’autres acteurs régionaux pour rechercher la paix, en reconnaissant que la diversité et la force des opinions sur ce sujet laissent présager qu’il y aura des turbulences en cours de route. Nous continuerons à rechercher la paix, parce que nous croyons que nous pouvons être sûrs d’avoir la bonne perspective et la bonne approche. »

Friedman, un fier partisan de longue date des implantations, a ensuite conclu cette partie de son discours par un plaidoyer : « A vous tous ici présents, à tous ceux qui écouteront peut-être ce discours à l’avenir, à tous ceux qui aiment Israël et soutiennent le lien indissoluble entre les Etats-Unis et Israël, travaillez avec nous, restez avec nous, priez avec nous pour la paix en Terre Sainte ».

Si l’on en croit le discours de Friedman, une source américaine a suggéré au Times of Israel que, « le prochain tweet [de Trump] sera de reconnaître l’annexion israélienne des implantations ».

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