Le « syndrome K », la fausse maladie qui a sauvé des Juifs de la Shoah
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Le « syndrome K », la fausse maladie qui a sauvé des Juifs de la Shoah

De peur d’être contaminés, les nazis n'ont pas osé pénétrer dans le service qui accueillait les patients faussement touchés par la maladie

L'île tibérine qui abrite l'hôpital de Fatebenefratelli à Rome. La synagogue de Rome se situe sur la gauche (Crédit : Jean-Pierre Dalbéra/CC BY 2.0)
L'île tibérine qui abrite l'hôpital de Fatebenefratelli à Rome. La synagogue de Rome se situe sur la gauche (Crédit : Jean-Pierre Dalbéra/CC BY 2.0)

Dans un article publié en mars dernier par la revue anglaise History Today, puis traduit en français par Courrier international, Francesco Buscemi, historien de la culture, s’est intéressé au « syndrome K », maladie imaginaire qui « sauvait les Juifs » durant la Shoah.

L’historien explique ainsi que, fin 1943, à l’hôpital Fatebenefratelli [« Faites le bien, mes frères »] de Rome, un service s’est retrouvé submergé de patients atteints du syndrome.

« Cette nouvelle maladie, inconnue – dont le nom évoque le bacille de Koch (la tuberculose) –, fait fuir les soldats allemands habituellement chargés de perquisitionner l’hôpital à la recherche de Juifs, de partisans et d’anti-fascistes. Redoutant d’être contaminés, les nazis n’osent pas pénétrer dans le service et poursuivent leurs recherches ailleurs », écrit-il.

Or, cette maladie n’existe pas et les Juifs qui en étaient « atteints » étaient en fait des fugitifs. Inventée par Giovanni Borromeo, opposant au fascisme et médecin-chef de l’hôpital, elle avait pour but de sauver les Juifs et les anti-fascistes venus trouver refuge dans l’établissement. L’hôpital accueillera des réfugiés jusqu’à la libération de Rome en juin 1944.

Le nom de la maladie est en référence à Albert Kesselring ou à Herbert Kappler. Le premier était un militaire nazi, le second chef de la police nazie à Rome. Coupables du massacre des Fosses ardéatines le 24 mars 1944 qui a coûté la vie à 335 civils italiens, les deux hommes ont par la suite été condamnés pour crimes de guerre.

Massacre des Fosses ardéatines le 24 mars 1944 qui a coûté la vie à 335 civils italiens (Crédit : antmoose/CC BY 2.0)

Au sein de l’hôpital, le médecin Giovanni Borromeo avait également installé un émetteur radio permettant de communiquer entre résistants.

Peu avant cet épisode, les nazis avaient déporté plus de 1 200 Juifs de Rome, dont seulement une quinzaine a survécu.

Décédé en 1961, Giovanni Borromeo a été reconnu « Juste parmi les nations » par le mémorial de Yad Vashem en 2004.

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