Le transfert d’Erekat à Hadassah aurait dû être négocié, estiment des députés
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Le transfert d’Erekat à Hadassah aurait dû être négocié, estiment des députés

Plusieurs parlementaires ont déclaré qu'Israël aurait dû demander que le groupe terroriste du Hamas restitue les corps et les captifs qu'il détient en échange des soins d'Erekat

Le négociateur palestinien Saeb Erekat lors de la Conférence J street à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le négociateur palestinien Saeb Erekat lors de la Conférence J street à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Plusieurs députés ont dénoncé dimanche la décision d’admettre Saeb Erekat, haut responsable de l’OLP, dans un hôpital de Jérusalem après qu’il a contracté la Covid. Ils estiment qu’Israël aurait dû réclamer en échange que le groupe terroriste du Hamas à Gaza restitue les corps et les captifs qu’il détient.

Cet appel a été lancé par plusieurs députés issus de la coalition et de l’opposition, après que Saeb Erekat a été admis en Israël dans la journée, depuis son domicile de Jéricho, en Cisjordanie. Il est soigné à l’hôpital Hadassah Ein Kerem, qui a fait savoir que son état était critique mais stable, et qu’il était pris en charge en soins intensifs.

Âgé de 65 ans, M. Erekat, l’une des personnalités palestiniennes les plus connues à l’étranger, est atteint de fibrose pulmonaire et avait subi en 2017 une greffe de poumon dans un hôpital américain.

L’OLP a annoncé le 9 octobre qu’il avait été contaminé par le nouveau coronavirus.

« M. Erekat a passé une nuit calme, mais ce matin son état s’est détérioré et est maintenant considéré comme critique », a indiqué l’hôpital Hadassah Ein Kerem dans un communiqué. « En raison de difficultés respiratoires, il a été mis sous respirateur et endormi ».

Soigner le responsable de l’OLP, « pose un défi » en raison de ses problèmes pulmonaires, selon l’établissement.

L’hôpital Hadassah Ein Kerem l’a admis dimanche dans l’unité de soins intensifs dédiée aux malades du coronavirus à la demande de responsables de l’Autorité palestinienne.

« Il est arrivé dans un état grave, nécessitant une assistance et de fortes doses d’oxygène », avait indiqué l’établissement.

Son transfert en Israël a été approuvé par le ministre de la Défense Benny Gantz.

La députée Michal Cotel-Wunsh (Kakhol lavan) a déclaré qu’Israël pouvait soigner Erekat, mais en contrepartie de concessions de la part de Palestiniens. Elle a appelé le gouvernement à appliquer une politique « de l’humanitaire contre de l’humanitaire »

« Une fois de plus, l’opportunité d’avoir des exigences est évidente : une aide médicale en échange du retour d’Hadar, Oren, Avraham et Hissam, qui sont à Gaza depuis plus de six ans, ce qui constitue une violation flagrante du droit international et de l’ordre moral, a déclaré le parlementaire, en référence aux soldats Hadar Goldin et Oron Shaul qui ont été tués et capturés par le groupe terroriste, et aux civils Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, qui sont entrés à Gaza de leur propre chef en 2014 et 2015.

Dans le sens des aiguilles d’une montre, à partir du haut à gauche : Avera Mengistu, Hisham al-Sayed, Hadar Goldin et Oron Shaul. (Flash 90/Times of Israel)

Bezalel Smotrich, député du parti d’opposition Yamina, estime quant à lui qu’offrir une assistance humanitaire médicale « à notre ennemi » sans exiger en retour le rapatriement des Israéliens retenus à Gaza n’était « ni moral ni logique ». Il a également dit qu’Israël aurait d’abord dû demander le retour des captifs.

On ignore si les députés estiment que le groupe terroriste du Hamas, qui gouverne Gaza depuis qu’il en a évincé l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas en 2007, ferait une telle concession pour sauver Saeb Erekat, l’un des principaux conseillers d’Abbas.

Architecte des accords de paix d’Oslo, il est négociateur en chef de l’OLP depuis 1995. Ce proche du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait participé aux pourparlers de paix avec Israël, qui sont dans l’impasse depuis des années. Il continue de jouer un rôle central dans la politique palestinienne.

Le Hamas exige la libération de centaines de prisonniers en échange des quatre Israéliens détenus. Cette question est un obstacle majeur aux efforts visant à obtenir une trêve à long terme avec le groupe terroriste.

Le député Yamina Bezalel Smotrich s’exprime lors d’une session plénière de la Knesset à Jérusalem le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/Pool/Flash90)

Bezalel Smotrich a toutefois avancé que dans une telle situation, « il n’y a pas de différence entre Gaza et Ramallah ».

Ce n’est pas la première fois qu’Israël soigne des responsables palestiniens ou leurs familles.

Le député du Likud Ariel Kallner a tweeté que le fait qu’Israël se montre disposé à soigner « celui qui hait Israël » n’est « pas un signe de moralité excessive. C’est l’inverse. »

L’Autorité palestinienne a tenté de minimiser l’ampleur des soins reçus par Saeb Erekat en Israël étant donné qu’elle a coupé ses liens avec l’Etat hébreu pour protester contre les projets israéliens d’annexion de pans de la Cisjordanie, qui ont été ensuite suspendus en échange d’un accord normalisation avec les Emirats arabe unis.

L’AP a, entre autres mesures, arrêté de transférer des patients palestiniens vers les hôpitaux israéliens et risque un mouvement de protestation pour avoir approuvé une telle décision pour un haut fonctionnaire.

Saeb Erekat a encore multiplié ces dernières semaines les déclarations contre la normalisation des relations entre Israël et des pays du Golfe effectuée sans paix préalable entre les Palestiniens et l’Etat hébreu. Selon les Palestiniens, ces accords ont sapé un consensus arabe selon lequel la reconnaissance d’Israël ne vient qu’en échange de concessions dans les pourparlers de paix – une source rare de pression pour les Palestiniens.

Les dirigeants palestiniens, tant au sein du Fatah que de son rival le Hamas, ont attaqué les EAU et le Bahreïn ; les accords conclus constituent selon eux depuis le début des actes de trahison et un « coup de poignard dans le dos ». « Vous récompensez l’agression… En faisant cela, vous avez détruit toute possibilité de paix entre Palestiniens et Israéliens. »

Il a été admis dans un hôpital israélien le jour de l’officialisation des relations diplomatiques entre Israël et Bahreïn.

Un porte-parole du Fatah a tweeté dimanche que Saeb Erekat avait été transféré à l’hôpital Hadassah suites aux complications liées à sa transplantation pulmonaire trois ans plus tôt, et non pas à cause du coronavirus.

Il a expliqué que le choix de Hadassah s’est fait parce que c’était le centre médical disposant du matériel et des équipes adaptées le plus proche. De plus, en raison de la pandémie, il était impossible d’envoyer le responsable de l’OLP à l’étranger, a rapporté Ynet.

Sa famille a demandé à ce qu’il soit hospitalisé en Israël plutôt qu’à Amman, en Jordanie. Cela indique, selon Ynet, que son état est assez grave.

Le centre médical Hadassah a fait savoir dans un communiqué que Saeb Erekat se trouvait en soins intensifs.

Il est arrivé « dans un état grave et avait besoin d’aide et d’oxygène. Ces dernières heures, son état est grave mais stable. »

Le directeur de l’hôpital, le professeur Zeev Rothstein a déclaré : « M. Erekat bénéficie d’un traitement professionnel exactement comme n’importe quel patient gravement atteint de la Covid et l’équipe fait tout son possible pour sauver le patient ».

L’AFP a contribué à cet article.

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