L’enquête sur l’affaire « des sous-marins » révèle des « défaillances systémiques »
Selon la commission d'État, le gouvernement a mis en danger la sécurité nationale ; les conclusions sur la responsabilité individuelle seront rendues publiques après les audiences de la Haute Cour

La commission d’enquête publique sur l’affaire « des sous-marins », un scandale politique vieux de plus d’une dizaine d’années, a déclaré dimanche avoir constaté des « défaillances systémiques » dans l’acquisition de navires militaires par Israël sous le précédent gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu.
La commission d’enquête a également constaté des défaillances dans la vente de navires militaires à l’Égypte par l’Allemagne avec l’accord d’Israël, ce qui, selon elle, a mis en danger la sécurité nationale.
L’affaire dite « des sous-marins », également connue sous le nom de l’Affaire 3 000, porte sur des allégations de corruption massive lors de l’achat par l’État, pour plusieurs milliards de shekels, de navires de guerre auprès du constructeur naval allemand Thyssenkrupp au début des années 2010. Cette affaire a donné lieu à plusieurs mises en accusation de proches collaborateurs de Netanyahu, mais pas du Premier ministre lui-même.
Israël a acheté ces navires à Thyssenkrupp dans le cadre d’une série de transactions opaques d’une valeur d’environ 2 milliards de dollars, qui ont fait l’objet d’une enquête pour corruption et pots-de-vin.
Créée en 2022 sous le mandat de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, la commission d’enquête nationale a pour mission d’examiner les achats de sous-marins et de navires de guerre effectués sous la supervision de Netanyahu, ainsi que la vente par la société allemande Thyssenkrupp de sous-marins et de navires de guerre à l’Égypte, avec l’approbation manifestement tacite de ce dernier.
Dans ses conclusions publiées dimanche, la commission a déclaré que les gouvernements israéliens n’avaient pas établi de politiques et de stratégies claires, avaient pris des décisions au cas par cas et avaient ignoré la situation globale des besoins du pays en matière de sécurité « d’une manière qui mettait en danger la sécurité de l’État ».
« Les décisions des dirigeants politiques doivent être prises dans le cadre d’un processus organisé, auquel participent des agents professionnels, et qui prend en compte des considérations politiques et professionnelles… Ce n’est pas ce qui s’est passé dans l’affaire des navires de guerre », a conclu la commission.
Dans ses conclusions, la commission a écrit que « la gestion de la vente de systèmes d’armes par des alliés à des tiers – une question stratégique sensible – s’est déroulée dans le chaos et sans orientation claire, d’une manière qui a mis en danger la sécurité de l’État ».
Elle a également constaté que les « conversations et ententes » entre les ministres, le Premier ministre et des entités étrangères « n’étaient pas documentées », alors que cette pratique demeure obligatoire.
La commission a appelé le gouvernement à définir clairement ses priorités, en classant les menaces auxquelles l’armée israélienne doit se préparer, et à demander à Tsahal de « formuler un plan pluriannuel en conséquence » qui servira de base aux décisions relatives au renforcement des forces.
La commission d’enquête sur l’Affaire 3 000 était dirigée par Asher Grunis, juge à la retraite de la Cour suprême, hospitalisé dans un état grave la semaine dernière.
Le document contenant les recommandations de la commission, publié dimanche, ne comprenait pas d’analyse de la responsabilité personnelle dans ces manquements. La formulation et la publication de ces conclusions n’auront lieu qu’une fois les recours déposés auprès de la Haute Cour de justice par les personnes averties de leur éventuelle culpabilité par la commission, y compris Netanyahu, examinés.
En juin 2024, la commission a envoyé des lettres d’avertissement à Netanyahu, à l’ancien directeur de l’agence de renseignement du Mossad, Yossi Cohen, à l’ancien chef de la marine israélienne, Ram Rothberg, à l’ancien ministre de la Défense, Moshe Yaalon, ainsi qu’à Avner Simchoni, employé du Conseil de sécurité nationale (NSC), pour leur rôle dans cette affaire.
Les membres du panel ont accusé Netanyahu d’avoir utilisé le NSC pour contourner le gouvernement et l’armée afin de faire avancer les achats navals d’une « manière mettant en danger la sécurité nationale ».
Selon la commission, le Premier ministre « a écarté le gouvernement et neutralisé sa capacité à influencer les questions liées au cœur de la sécurité nationale et au développement militaire de l’État d’Israël ».
Cohen, qui dirigeait le NSC au moment des faits, a été accusé l’an dernier par la commission d’avoir promu les accords « de manière imprudente et sans l’expertise nécessaire », tout en induisant les responsables de la sécurité en erreur.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a déclaré dimanche que les conclusions de la commission « prouvent une fois de plus que les questions de sécurité les plus sensibles de l’État d’Israël ont été gérées avec une négligence destructrice et un amateurisme flagrant ».
Le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, qui était chef de Tsahal lors de certains de ces achats, a déclaré dimanche que les conclusions de la commission « prouvent une fois de plus combien il est important de créer une commission d’enquête nationale pour enquêter sur la plus grande catastrophe que nous ayons connue », le 7-Octobre.
Netanyahu s’oppose fermement à la création d’une commission d’État et résiste à la pression exercée en ce sens depuis plus de deux ans, depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 .
S’efforçant plutôt de mettre en place une enquête sous contrôle politique, il affirme qu’une commission d’État serait partiale à l’égard du gouvernement, car elle est nommée par le pouvoir judiciaire, dont son gouvernement cherche à limiter les pouvoirs.







