Les Etats-Unis labellisent les produits des implantations comme « Made in Israel »
Rechercher

Les Etats-Unis labellisent les produits des implantations comme « Made in Israel »

Un groupe de sénateurs républicains avait auparavant envoyé une lettre au président américain Donald Trump l'exhortant à modifier la politique américaine

Des employés israéliens inspectent des fûts de vin dans le domaine viticole de Psagot en Cisjordanie, le 11 février 2014. (AP Photo/Dan Balilty)
Des employés israéliens inspectent des fûts de vin dans le domaine viticole de Psagot en Cisjordanie, le 11 février 2014. (AP Photo/Dan Balilty)

Les Etats-Unis vont labelliser les exportations de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée comme provenant directement d’Israël, a indiqué Mike Pompeo, qui a effectué jeudi la première visite d’un secrétaire d’Etat dans l’une de ces implantations.

« Tous les producteurs dans les zones où Israël exerce son autorité (…) devront inscrire sur leurs produits « Israël », « Produit en Israël » ou « Fabriqué en Israël » lorsqu’ils exporteront aux Etats-Unis », a déclaré M. Pompeo dans un communiqué, après sa visite du vignoble de Psagot située dans une implantation.

Les accords israélo-palestiniens d’Oslo dans les années 1990 avaient divisé la Cisjordanie en trois zones – A, B et C.

Les deux premières forment 40 % du territoire et sont placées principalement sous contrôle palestinien. La Zone C (60 %) se trouve sous contrôle militaire et civil israéliens mais avec l’idée, d’un transfert prévu, et à définir, aux Palestiniens lors d’un accord de paix définitif, selon ces mêmes accords.

Pour Israël, la « Zone C » – lieu de l’essentiel de la vallée agricole du Jourdain et de la totalité des implantations – ne peut être considérée comme un territoire « palestinien » mais « disputé » car aucun accord n’est encore intervenu pour sceller une paix définitive entre Palestiniens et Israéliens.

La nouvelle approche américaine « reconnaît que les producteurs de la zone C opèrent sous le cadre administratif et juridique d’Israël et que leurs produits doivent être considérés comme tels », a dit M. Pompeo.

Ce changement semble ainsi impliquer que les produits par exemple de fermiers palestiniens vivant en « Zone C » tomberont sous la coupe du label « Israël ».

Le chef de la diplomatie, qui fait une tournée d’adieu à l’Etat hébreu de mercredi à vendredi, a par ailleurs indiqué que les produits venant des zones A et B devront être labellisés de « Cisjordanie ». Et ceux de la bande de Gaza comme étant de « Gaza ».

« Gaza et la Cisjordanie sont politiquement et administrativement (des territoires séparés) et doivent être considérés comme tel », a ajouté M. Pompeo, en référence à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qui siège en Cisjordanie, et au mouvement terroriste islamiste du Hamas, au pouvoir à Gaza, une enclave palestinienne sous blocus israélien et égyptien.

Les Palestiniens ont condamné jeudi la visite du chef de la diplomatie américaine à Psagot.

« Cette décision fait fi de façon flagrante du droit international (…) », a fustigé le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina dans un communiqué.

« Elle ne permettra pas de légitimer les colonies israéliennes, qui disparaîtront tôt ou tard », a-t-il affirmé, appelant « la communauté internationale à prendre ses responsabilités et mettre en pratique ses résolutions ».

Un groupe de sénateurs républicains avait auparavant envoyé une lettre au président américain Donald Trump l’exhortant à modifier la politique américaine qui fait la différence entre les produits fabriqués de part et d’autre de la Ligne verte et à permettre à la place que les produits des implantations de Cisjordanie soient étiquetés comme ayant été « fabriqués en Israël ».

« Cette décision serait une nouvelle réalisation de votre administration qui soutiendrait Israël et ferait reculer l’antisémitisme et le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions », avaient écrit les sénateurs Tom Cotton, Marco Rubio, Kelly Loeffler et Ted Cruz dans une lettre envoyée lundi.

Depuis 1967, la politique américaine consiste à faire la différence entre Israël et les territoires qu’il a conquis lors de la guerre des Six Jours. Une directive de 1995 du département du Trésor exigeant que les biens provenant de Cisjordanie ou de la bande de Gaza soient étiquetés comme tels reste en vigueur aujourd’hui. La directive a été republiée en 2016 par l’administration Obama, qui a averti que le fait d’étiqueter des marchandises comme étant « fabriquées en Israël » pouvait entraîner des amendes.

Israël s’est retiré de Gaza en 2005.

« Si nous comprenons que cette politique d’étiquetage n’est pas appliquée par les autorités américaines, nous sommes inquiets qu’une future administration puisse choisir d’appliquer ces règles et ainsi différencier les produits israéliens produits en Judée et en Samarie, ce qui en ferait des cibles privilégiées pour les boycotts du BDS », ont écrit les sénateurs, en faisant référence à la Cisjordanie par son nom biblique.

Le sénateur Tom Cotton aux côtés du Premier ministre Netanyahu dans son bureau de Jérusalem, le 31 août 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Ils ont ajouté que ce changement de politique serait une réponse appropriée à la publication par le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme d’une « liste noire » de plus de 100 entreprises opérant dans les implantations.

« Votre administration devrait poursuivre sa série de changements politiques en faveur d’Israël en annulant ces directives malavisées de l’ère Clinton », ont ajouté les sénateurs.

Tom Cotton avait cherché à faire passer une loi rendant le changement de politique obligatoire en 2016, mais elle n’a pas réussi à obtenir le soutien du Congrès.

L’administration Trump a déjà reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, qu’Israël a pris à la Syrie en 1967.

Le changement de politique demandé par les sénateurs serait conforme à un accord signé par les États-Unis et Israël au début de ce mois, qui a supprimé toutes les restrictions géographiques précédentes de leur coopération scientifique, une démarche considérée par certains comme un premier pas vers une éventuelle reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...