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FONCTIONNAIRE :L'ACCORD NUCLÉAIRE EST LOIN DE SERVIR LES INTÉRÊTS D'ISRAËL

Les Etats-Unis prépareraient un plan offensif contre l’Iran – responsable israélien

La réunion à Washington avec Jake Sullivan s'est bien déroulée, bien que le ministre de la Défense ait précisé les objections israéliennes à l'accord nucléaire émergent

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, et le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, à Washington DC, le 26 août 2022. (Crédit : Yossi Mai/Ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense, Benny Gantz, et le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, à Washington DC, le 26 août 2022. (Crédit : Yossi Mai/Ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré vendredi, au conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden, qu’Israël « a besoin » que les États-Unis disposent d’une option militaire crédible contre l’Iran, selon la déclaration d’un haut responsable israélien aux journalistes vendredi, alors que des informations font état d’un nouvel accord nucléaire émergent entre la République islamique et les puissances mondiales.

Selon le responsable de la Défense, Israël a reçu de « bonnes indications » concernant le fait que les États-Unis disposent d’un plan offensif opérationnel contre l’Iran. Il n’a pas donné plus de détails, mais a déclaré que cela pourrait contraindre Téhéran à faire preuve de plus de souplesse lors des négociations sur le nouvel accord. Dans le cas contraire, les États-Unis seraient prêts à agir contre l’Iran, aux côtés d’Israël, qui a également mis en place une option militaire.

Le fonctionnaire a déclaré que la rencontre entre Gantz et Jake Sullivan à Washington s’était déroulée de façon « positive » et en « petit comité ». Il a ajouté que Gantz a souligné l’objection d’Israël à l’accord potentiel, qu’il a qualifié de « très mauvais ».

Le haut responsable a rappelé que le programme nucléaire iranien s’était considérablement développé depuis 2018, lorsque le président américain de l’époque, Donald Trump, s’était retiré du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA). Le fonctionnaire a déclaré qu’il considérait personnellement la décision de Trump comme une erreur.

Il a ajouté que la situation avait atteint un point où il n’y a désormais que deux scénarii possibles : pas d’accord, ce qui permettrait à l’Iran d’étendre progressivement son programme nucléaire, ou un « mauvais accord » qui ne servirait pas les intérêts d’Israël.

Le haut responsable a précisé qu’Israël a deux principales préoccupations concernant l’accord potentiel : la clause dite de caducité, qui lèverait les restrictions sur le programme nucléaire de l’Iran à l’expiration de l’accord, et l’allègement des sanctions qui permettrait à l’Iran d’augmenter le financement de ses mandataires.

Le fonctionnaire a ajouté qu’Israël a tenté d’influencer autant que possible certains aspects de l’accord, mais qu’ « à l’heure actuelle, il est loin de servir les intérêts d’Israël tels qu’il les voit ». Israël cherche à rendre l’accord « plus long et plus solide », a déclaré le haut responsable.

Néanmoins, selon le fonctionnaire les objections de Gantz ont été accueillies positivement par Sullivan. « Je pense que nous sommes entendus, même si les Américains, in fine, n’ont pas validé toutes nos requêtes », a déclaré le haut responsable.

Il a déclaré qu’Israël conserverait sa liberté d’action contre l’Iran, ajoutant qu’un accord soit ou non signé, Jérusalem poursuivrait ses efforts contre ce qu’elle considère comme les actions hostiles de l’Iran.

Un compte-rendu publié par le porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis indique que « Sullivan a souligné l’engagement inébranlable du président Biden en faveur de la sécurité d’Israël », et que « les deux hommes ont échangé leurs points de vue sur les moyens d’approfondir le partenariat entre les États-Unis et Israël en matière de sécurité, notamment par le biais de la coopération et de la coordination régionales ».

« Ils ont discuté de l’engagement des États-Unis à veiller à ce que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire et de la nécessité de contrer les menaces de l’Iran et de ses mandataires basés en Iran. Ils ont également discuté de la nécessité d’assurer des mesures égales de sécurité, de liberté et de prospérité pour les Palestiniens et les Israéliens, et de l’importance d’un suivi continu des initiatives annoncées lors du voyage du président Biden en Israël », a indiqué le communiqué.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, à gauche, rencontrant le commandant du CENTCOM américain, le général Michael Kurilla, au quartier général du CENTCOM américain, le 25 août 2022. (Crédit : CENTCOM)

Jeudi, Gantz a rencontré le chef du Commandement central des États-Unis, le général Michael Kurilla, au quartier général du CENTCOM en Floride. Gantz a été informé des plans des États-Unis pour les jours suivant la conclusion, ou non, d’un accord nucléaire. Il a également visité une flotte d’avions de ravitaillement, utilisés pour les missions à longue distance.

La discussion entre Gantz et Kurilla a essentiellement porté sur les moyens d’accroître la coopération entre Israël et l’armée américaine, sur les méthodes pour contrer la menace iranienne au Moyen-Orient et sur un « plan B » à l’accord nucléaire.

Gantz a prévenu Kurilla que si aucun accord n’était signé, l’Iran se sentirait plus « libre » d’agir, et qu’Israël et les Etats-Unis devront, par conséquent, renforcer la coopération avec les alliés régionaux afin de combattre les actions potentielles de l’Iran ou de ses mandataires.

Gantz a également insisté auprès de Kurilla sur les capacités d’action des Etats-Unis en Iran, si Téhéran venait à poursuivre le développement d’une arme nucléaire. Le mois dernier, Biden a déclaré à la Douzième chaîne qu’il n’utiliserait la force contre l’Iran qu’en « dernier recours » pour l’empêcher d’obtenir des armes nucléaires.

Le CENTCOM a officiellement assumé la responsabilité des relations entre l’armée américaine et Israël en septembre dernier. Jusqu’alors, Israël était maintenu dans la zone de responsabilité du Commandement européen (EUCOM) afin d’éviter d’éventuelles tensions entre le CENTCOM et les nations arabes et musulmanes qui étaient sous sa responsabilité, dont beaucoup n’entretenaient pas de liens officiels avec Israël et ne voulaient donc pas être considérées comme des alliés mutuels.

Ces dernières années, cependant, les alliés arabes du CENTCOM ont de plus en plus développé leurs relations avec Israël, parfois de manière informelle, de sorte que le problème s’est largement estompé.

« L’influence israélienne dans la région est de plus en plus forte », a déclaré le haut responsable de la Défense aux journalistes, vendredi.

« Les acteurs de la région ne sont pas moins perturbés que nous par l’accord qui se profile. Nous disposons de canaux de communication et, à bien des égards, ils nous font confiance en pensant que nous saurons convaincre et influencer », a-t-il ajouté.

Le responsable a précisé que ce dialogue avait lieu « sous l’égide du CENTCOM ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’entretenant avec le personnel de l’US Air Force à l’aile de ravitaillement de la base aérienne MacDill, à Tampa, en Floride, le 25 août 2022. (Crédit : Ministère de la Défense)

Si un nouvel accord est signé, les responsables israéliens s’attendent à ce que l’Iran augmente considérablement le financement de ses mandataires au Moyen-Orient, notamment du groupe terroriste libanais du Hezbollah, à la frontière nord d’Israël.

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