Les geeks israéliens se tournent vers la science-fiction pour parfois échapper à la réalité
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Les geeks israéliens se tournent vers la science-fiction pour parfois échapper à la réalité

Des milliers de personnes ont assisté à l’Icon Festival à Tel Aviv pour du cosplay et des jeux de rôle grandeur nature

Les combattants du jeu de rôles s'affrontant au Festival Icon à Tel Aviv, le 18 octobre 2016 (Crédit : Autorisation de l'Icon Festival)
Les combattants du jeu de rôles s'affrontant au Festival Icon à Tel Aviv, le 18 octobre 2016 (Crédit : Autorisation de l'Icon Festival)

Tel Aviv (JTA) – Enfant, Ben Engelman rêvait de devenir un guerrier.

Jusqu’à ce qu’il soit assez vieux pour rejoindre l’armée israélienne, il s’est contenté des jeux de rôle comme combattant de l’épée. Maintenant à 25 ans, Engelman a fait la guerre à Gaza et a terminé son service dans une unité des forces spéciales. Mais il n’a pas cessé de se battre.

« C’est comme ça que j’imaginais les combat en grandissant. Il y avait la gloire mais pas de sang », a-t-il décrit au JTA la semaine dernière, quelques instants après l’attaque à l’épée en mousse d’un adversaire. « La vraie guerre n’est pas amusante ou glamour. Ça craint ».

Lorsqu’il n’est pas engagé dans un combat, Engelman supervisait l’arène des combats au Festival Icon, le plus grand événement de science-fiction et de fantaisie dans le pays. Il était l’un des milliers d’Israéliens qui s’y sont rendus la semaine dernière pour partager leur amour de réalités alternatives – et pour s’échapper temporairement de la réalité parfois un peu plus dure dans laquelle ils vivent.

« C’est une grande forme d’évasion et une grande forme de divertissement », a expliqué Tomer Shalev, 34 ans, le directeur général d’Icon et un directeur financier dans la vie réelle au JTA.

« La science-fiction et la fantaisie vous permettent de faire des choses que vous ne pouvez pas faire dans la vie réelle : mettre sur un masque, prétendre que vous êtes sur le pont du vaisseau l’Enterprise ou en train de lutter comme des chevaliers au Moyen Âge.

Deux jeunes hommes portant des costumes de Spider-Man au Festival Icon, le 19 octobre 2016 (Crédit : Dan Ofer / JTA)
Deux jeunes hommes portant des costumes de Spider-Man au Festival Icon, le 19 octobre 2016 (Crédit : Dan Ofer / JTA)

« A l’Icon, nous les geeks nous permettons aux gens d’entrer pendant trois jours dans nos passe-temps et dans nos cœurs. Je pense que nous avons eu raison parce que chaque année, il y a plus de gens ».

Près de 8 000 personnes ont participé à l’Icon Festival cette année, qui s’est tenu du 18 au 20 octobre. Un personnel de plus de 300 volontaires de la société israélienne pour la science-fiction et la fantaisie et la société israélienne pour le jeu de rôle a participé à l’organisation du festival, qui est entré dans sa 20e année.

L’Icon a été divisé entre la Cinémathèque de Tel-Aviv et l’école secondaire Iloni Alef. Le festival comprenait des projections de films, des pièces théâtrales originales, des jeux de rôles et des conférences sur des sujets allant des imprécisions scientifiques dans les films de science-fiction à la « musique filk » créée par les fans de science-fiction et de fantaisie, connus sous le nom de ‘fandom’.

L’homme derrière la conférence sur le filk était Eugeny Reznikov, un programmeur de 33 ans de Herzliya.

« Les gens aiment la musique et les fans sont des gens. Donc, le fandom aime la musique, et ils font de la musique sur ce qu’ils aiment », a-t-il expliqué au JTA.

Sur la place extérieure entre les deux bâtiments, des douzaines de kiosques offraient toute une panoplie comme des bandes dessinées, des romans de fantaisie et de science-fiction et des bijoux. On pouvait entrer en possession de baguettes magiques d’Harry Potter si on acceptait de payer le prix.

La plupart des visiteurs du festival étaient des ados ou âgés d’une vingtaine d’années, beaucoup déguisés en leur personnage fictif préféré. Les ‘super-méchants’ du film ‘Suicide Squad’ de cet été, basé sur les personnages de DC Comics, étaient particulièrement bien représentés.

Deux personnes déguisées en Harley Quinn et Joker de Suicide Squad au Festival Icon à Tel Aviv, le 19 octobre 2016 (Crédit : Idan Ofer / JTA)
Deux personnes déguisées en Harley Quinn et Joker de Suicide Squad au Festival Icon à Tel Aviv, le 19 octobre 2016 (Crédit : Idan Ofer / JTA)

Engelman a passé son temps dans l’arène de combat, une section d’un terrain de basket-ball délimitée par une barrière en bois et affectueusement appelée « le Colisée ». Des armes en mousse ont été mises à la disposition du public et des duels entre amis, parents et enfants et étrangers ont fait rage pendant toute la journée.

Le dernier jour du festival, un adolescent en fausse cotte de maille a paré les coups d’un garçon portant une kippa tricotée, dont les coups latéraux volaient alors qu’il balançait une énorme hache de bataille. A proximité, les femmes déguisées en servantes de bar médiéval servaient des sodas et des collations dans la tente « auberge ».

Les structures comprenaient l’aire de jeu de rôle en plein air de l’Icon, ou LARP, sous la direction d’Engelman. Le LARP en plein air est essentiellement un monde imaginaire dont vous n’avez pas à sortir. Les joueurs interagissent comme des personnages des mondes fantastiques créés ce qui peut inclure des vêtements personnalisés, des accessoires, des bâtiments et même de la monnaie. Le 20 octobre, le monde était basé au Moyen Âge, d’où les chevaliers et les servantes de bar.

Ben Engleman brandissant une arme au Festival Icon, le 18 octobre 2016. (Crédit : Autorisation de l'Icon Festival)
Ben Engleman brandissant une arme au Festival Icon, le 18 octobre 2016. (Crédit : Autorisation de l’Icon Festival)

Les LARP en plein air sont l’un des trois principaux types de jeux de rôle. Les autres sont des « LARP de chambre » où les « maîtres de jeu » conduisent les joueurs à travers des scénarios dramatiques d’improvisation et des « jeux de rôles de table » comme Donjons & Dragons où les joueurs mettent leurs personnages dans un monde structuré par un livre de règles. Ces deux types de jeux de rôle sont également représentés à l’Icon.

Haggai Elkayam, 28 ans, l’ancien président de la Société Israélienne de Role Playing et psychologue socialiste, a déclaré qu’Israël jouait un rôle important et qui devient de plus en plus important dans le monde du jeu de rôle. Le pays a même créé son propre type de LARP en salle, qui donne au maître du jeu le pouvoir de façonner les interactions entre les joueurs, pas seulement dans le monde fantastique, dans le but de créer des réponses émotionnelles spécifiques.

Dans une LARP en salle, un maître de jeu a réussi avec succès à rendre des immigrants en Israël de l’ex-Union soviétique si nostalgiques qu’ils ont quitté le jeu en pleurant « parce que leurs camps d’été de leur enfance à Moscou leur manquait », selon Elkayam.

« Les jeux de rôles permettent à la science-fiction et à la fantaisie de faire un pas de plus », a-t-il déclaré. « Vous ne vous contentez pas de juste jeter un coup d’œil dans un autre monde. Vous y entrez. Nous l’appelons le meilleur passe-temps du monde ».

Engelman a d’abord été attiré par l’aspect combatif du LARP. Petit, il admirait son frère, qui avait 10 ans de plus et était un combattant dans l’armée israélienne. Il a pris des cours de judo et de Krav Maga, et quand il avait 13 ans, il est tombé dans la même arène de combat à Icon qu’il gère maintenant. Il est devenu immédiatement accro.

Pendant son service dans l’unité commando d’Egoz, Engelman a mis LARPing de côté. Le peu de temps libre qu’il avait, il le passait avec sa famille ou sa petite amie.

« Vous n’avez pas le temps d’investir un week-end entier à faire semblant parce que vous voulez vraiment vivre », a-t-il expliqué.

Mais quand il a été libéré de ses obligations en 2014, peu de temps après avoir pris part à l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, il est revenu à la communauté LARP. Bien qu’Engelman soit occupé ces jours-ci par ses études à la prestigieuse université du Technion d’Israël, il trouve du temps pour son passe-temps. Il participe à des LARPs en salle et d’extérieur.

« C’est totalement une forme d’évasion, et nous sommes en Israël, donc c’est une échappatoire à la réalité israélienne. Mais les gens font cela partout dans le monde. Donc, je suppose que tout le monde a des choses auxquelles ils veulent échapper », a-t-il fait valoir, notant que la communauté est « amicale et chaleureuse ».

Michal Kapuller, âgée de 17 ans, originaire d’Ashkelon, dans le sud d’Israël, travaillait à l’auberge le 20 octobre en costume médiéval pourvu d’un maquillage gothique. Elle a expliqué que le LARPing l’a aidée à faire face à la vraie vie.

« La plupart d’entre nous les geeks, nous sommes harcelés à l’école parce qu’on est différent. Donc, les gens se soutiennent vraiment », a-t-elle déclaré au JTA. « Je suis vraiment timide dans la vraie vie. Mais en costume, je ne suis pas timide. En faisant cela, j’ai découvert de nouveaux aspects de ma personnalité et je me suis développée et des trucs comme ça ».

Kapuller se souvient qu’avant la guerre de Gaza de 2014, des sirènes d’alerte à la roquette se sont mises à sonner au milieu d’un LARP auquel elle participait. Plutôt que de sortir de son personnage, s’est-elle remémorée, elle a prétendu que cela faisait partie du jeu.

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