La police évacue les maisons d’Ofra avant leur démolition
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La police évacue les maisons d’Ofra avant leur démolition

La police, non armée, négocie avec les habitants et les manifestants pour qu'ils évacuent volontairement ; 1 manifestant arrêté

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

La police des frontières a commencé mardi matin à évacuer les habitants et des centaines de manifestants de neuf maisons de l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, avant la démolition ordonnée par la cour de ses maisons, construites sans autorisations sur des terrains privés palestiniens.

Un manifestant de 17 ans a été arrêté après avoir « attaqué des policiers qui arrivaient sur place », a indiqué la police.

Des centaines de garde-frontières, généralement non armés et habillés de pull-overs bleu vif, ont affronté les manifestants, dont beaucoup s’étaient barricadés dans certaines des maisons, grimpant sur les toits et appelant la police à refuser les ordres d’évacuation.

« L’évacuation de neuf maisons a commencé, conformément à l’ordre de la Haute cour. Parallèlement, les négociations continuent avec les habitants et les dirigeants municipaux pour permettre à l’opération de se dérouler sans violence », a déclaré la police dans un communiqué.

La police évacue une manifestante de l'implantation d'Ofra, le 28 février 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
La police évacue une manifestante de l’implantation d’Ofra, le 28 février 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Mardi à midi, trois des neuf maisons avaient déjà été évacuées, a indiqué la police.

Lundi, la Haute cour de Justice avait rejeté un appel des habitants pour interrompre la démolition. Ils demandaient que les neuf bâtiments soient scellés et non détruits.

Les policiers ont approché les propriétaires des neuf maisons en expliquant qu’ils étaient « désolés, mais nous faisons simplement notre travail », selon les vidéos filmées sur place.

Les vidéos de la police filmées dans l’implantation montrent les policiers raisonnant les manifestants qui refusent de quitter les bâtiments de leur plein gré.

Certains des militants ont été évacués en marchant, et d’autres ont été portés par la police.

Des policiers parlent aux manifestants et aux habitants des neuf maisons qui ont été construites illégalement dans l'implantation d'Ofra, en Cisjordanie, et doivent être démolies, le 28 février 2017. (Crédit : police israélienne)
Des policiers parlent aux manifestants et aux habitants des neuf maisons qui ont été construites illégalement dans l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, et doivent être démolies, le 28 février 2017. (Crédit : police israélienne)

D’autres policiers ont utilisé des mégaphones pour demander aux centaines de manifestants d’éviter toute violence.

Des dizaines de jeunes manifestants ont grimpé sur les toits de certaines des maisons, tandis que d’autres s’installaient aux fenêtres et que bien plus se massaient en dansant et chantant sur le sol.

De grandes affiches ont été placées sur les maisons, montrant les familles qui y vivaient mais ont depuis déménagé.

Dans certaines maisons, les habitants étaient debout solennellement, accueillant leurs soutiens et attendant l’arrivée de la police.

Les habitants de ces maisons n’ont pas cherché la confrontation, et ont déclaré dans un communiqué que « nous n’utiliserons pas de pied-de-biche et nous ne nous barricaderons pas » dans les maisons.

Huit familles qui vivaient dans les maisons étaient déjà parties, a annoncé la police.

Les policiers espéraient éviter les protestations violentes qui ont eu lieu au début du mois, quand l’avant-poste voisin d’Amona a été évacué. Ils portaient cette fois des lunettes de sécurité en cas d’affrontements.

Des manifestants sur le toit d'une maison pendant l'opération d'évacuation de neuf maisons dans l'implantation d'Ofra, en Cisjordanie, le 28 février 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des manifestants sur le toit d’une maison pendant l’opération d’évacuation de neuf maisons dans l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, le 28 février 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Pendant l’opération d’évacuation d’Amona, des manifestants avaient jeté de l’eau de javel et d’autres produits chimiques corrosifs sur les policiers. Un policier avait failli perdre un œil quand un manifestant l’avait frappé à la tête avec une chaîne métallique.

Quelques affrontements mineurs avaient été signalés mardi matin, quand certains jeunes manifestants et des policiers se sont bousculés à l’arrivée des manifestants, pendant que la police fermait les maisons.

Dans un communiqué publié mardi matin, l’armée avait indiqué que l’opération d’évacuation ne commencerait pas avant 9h00.

« Conformément aux instructions de l’échelon politique pour évacuer les neuf bâtiments d’Ofra, les troupes sont à présent déployées dans l’implantation pour préparer l’évacuation et maintenir l’ordre sur place », a annoncé l’armée israélienne.

La cour avait ordonné la démolition de ces bâtiments en février 2015, et, après plusieurs reports, fixé une date limite au 5 mars pour leur démantèlement.

La demande des habitants que les maisons soient scellées et non démolies auraient permis de les rendre éligibles à l’application de la loi de Régulation, adoptée ce mois-ci. La loi légalise les maisons juives construites illégalement sur des terrains palestiniens privés si leurs habitants peuvent prouver avoir construit leur maison de bonne foi ou avoir été aidé par le gouvernement d’une manière ou d’une autre.

Gardes-frontières et jeunes manifestants devant une maison devant être démolie dans l'implantation d'Ofra, en Cisjordanie, le 27 février 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Gardes-frontières et jeunes manifestants devant une maison devant être démolie dans l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, le 27 février 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les Palestiniens qui seront expropriés en application de cette loi recevront des compensations financières ou d’autres terrains.

Les juges ont cependant tranché à l’unanimité lundi pour le démantèlement des bâtiments.

Les neuf bâtiments d'Ofra qui doivent être démantelées avant le 5 mars 2017. (Crédit : capture d'écran Google Maps)
Les neuf bâtiments d’Ofra qui doivent être démantelées avant le 5 mars 2017. (Crédit : capture d’écran Google Maps)

En réponse, les habitants d’Ofra ont appelé la population à venir manifester sur place.

Pendant le week-end, la police avait arrêté de manière préventive des militants d’extrême-droite pour éviter de répéter les scènes violentes de l’évacuation d’Amona.

D’anciens habitants d’Amona ont annoncé mardi qu’ils commençaient une grève de la faim pour protester contre la démolition de leur avant-poste, et pour dénoncer les démolitions de maisons à Ofra.

Démantèlement par le ministère de la Défense de l'avant-poste illégal d'Amona, dans le centre de la Cisjordanie, le 6 février 2017. (Crédit : conseil d'Amona)
Démantèlement par le ministère de la Défense de l’avant-poste illégal d’Amona, dans le centre de la Cisjordanie, le 6 février 2017. (Crédit : conseil d’Amona)

Ofer Inbar, porte-parole d’Amona, a déclaré au Times of Israël que la coïncidence entre le début de leur grève de la faim et l’évacuation d’Ofra n’avait pas été prévue. « Cela fait un mois que nous avons été évacués. Nous en avons assez », a-t-il déclaré.

La grève de la faim sera menée par le dirigeant de la campagne contre la destruction de l’avant-poste, Avichai Boaron, le directeur du secrétariat d’Amona, Ori Shag, et le rabbin de l’avant-poste, Yair Frank, a indiqué Inbar. « Ils seront probablement rejoints par d’autres [personnes] de la communauté, a-t-il déclaré. Principalement des hommes, mais je pense que des femmes viendront aussi. »

Ce mois-ci, 5 000 personnes ont manifesté contre l’évacuation à Ofra, où le rabbin Haim Druckman, important leader national religieux, avait juré que « nous continuerons à nous installer en Terre d’Israël […]. Nous ne sommes pas des voleurs. »

Le rabbin Haim Drukman pendant une manifestation contre la démolition de neuf maisons dans l'implantation d'Ofra, en Cisjordanie, le 5 février 2017. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le rabbin Haim Drukman pendant une manifestation contre la démolition de neuf maisons dans l’implantation d’Ofra, en Cisjordanie, le 5 février 2017. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

L’affaire des neuf bâtiments avait été portée devant la Haute cour en 2008 par l’organisation juridique de gauche Yesh Din, qui représentait le propriétaire palestinien du terrain.

Un rapport publié la même année par une autre association israélienne de défense des droits de l’Homme, B’Tselem, indiquait que près de 60 % de la zone construite d’Ofra se trouvait sur des terrains appartenant à des Palestiniens.

Les revendications relatives à la propriété privée de terrains dans des implantations comme Ofra et l’avant-poste d’Amona sont fondées sur le cadastre jordanien antérieur à 1967, qu’Israël a adopté après avoir conquis la Cisjordanie aux Jordaniens cette année-là.

L’AFP, Raoul Wootliff, Raphael Ahren et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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