Les prochaines élections palestiniennes pourraient être mauvaises pour Abbas
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Analyse

Les prochaines élections palestiniennes pourraient être mauvaises pour Abbas

Contrairement aux années passées, les responsables sont optimistes quant à la tenue d'un vote en février 2020, avec une possible avancée du Hamas au détriment du Fatah

Avi Issacharoff

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) et le Premier ministre palestinien Ismail Haniyeh du Hamas (à gauche) à la tête de la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement de coalition au bureau d'Abbas à Gaza, le 18 mars 2007. (AP Photo/Khalil Hamra, File)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) et le Premier ministre palestinien Ismail Haniyeh du Hamas (à gauche) à la tête de la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement de coalition au bureau d'Abbas à Gaza, le 18 mars 2007. (AP Photo/Khalil Hamra, File)

L’Autorité palestinienne (AP) pourrait se diriger vers ses premières élections législatives et présidentielles en 14 ans, ce qui, jusqu’à récemment, n’était même pas considéré comme une possibilité lointaine, certainement pas du vivant du président de l’AP Mahmoud Abbas.

Depuis les élections présidentielles palestiniennes de 2005 et les législatives de 2006, parler d’un autre vote s’est avéré n’être que des slogans creux utilisés par les factions palestiniennes rivales du Fatah et du Hamas pour se dresser l’une contre l’autre.

Cette fois-ci, cependant, des sources en Cisjordanie et à Gaza prétendent que tout indique que des élections palestiniennes – d’abord pour le Parlement, puis pour la présidence – pourraient avoir lieu dès février 2020, après qu’Abbas eut annoncé son intention de voter à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.

Mardi, le chef de la commission centrale électorale de l’Autorité palestinienne, Hanna Nasser, s’est rendu à Gaza pour la troisième fois en trois semaines, pour s’entretenir avec le chef du Hamas, Ismail Haniyeh. Nasser aurait présenté aux hauts responsables du Hamas une note de service d’Abbas détaillant diverses clarifications concernant les élections.

Les responsables du Fatah et du Hamas semblent de plus en plus optimistes quant à la tenue des élections, bien qu’il reste encore quelques obstacles à surmonter avant que les Palestiniens ne se rendent aux urnes, dont un posé par Israël lui-même.

Yahya Sinwar, (à droite), le chef du groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza, en compagnie du chef du Hamas Ismail Haniyeh, (au centre), alors qu’ils rencontrent le chef de la commission centrale électorale, Hanna Nasser, à Gaza City, le 28 octobre 2019. (AP Photo/Khalil Hamra)

Lorsque le Hamas a chassé le Fatah de Gaza lors d’un coup d’État sanglant en 2006, il a pour ainsi dire divisé en deux l’Autorité palestinienne. Gaza et Ramallah sont deux entités politiques totalement distinctes et l’une des questions les plus immédiates devant être abordées est celle de savoir qui dirigera un organe conjoint chargé de décider des élections dans les deux territoires palestiniens.

Parmi les autres questions urgentes figurent les élections au Conseil national palestinien – l’organe législatif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ; qui supervisera l’intégrité des élections ; et le calendrier de l’élection présidentielle lorsque l’élection parlementaire sera terminée.

Le Hamas avait initialement exigé que les deux élections aient lieu le même jour, mais il s’est par la suite ravisé, acceptant la suggestion du Fatah, que les élections présidentielles soient fixées à trois mois après les élections parlementaires, à condition que la date effective soit fixée.

Le Hamas, semble-t-il, est prêt à prendre un certain nombre de risques et à faire plus que quelques concessions pour assurer la tenue d’élections.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’adresse à l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 74e session, le 26 septembre 2019. (AP Photo/Richard Drew)

La position relativement conciliante du Hamas sur les élections a pris le Fatah et Abbas par surprise. Selon des sources palestiniennes, le plan de promotion des élections venait du bureau d’Abbas mais visait à embarrasser le Hamas.

Abbas et ses conseillers pensaient qu’une fois qu’il aurait lancé un appel à des élections législatives en Cisjordanie et à Gaza, le Hamas refuserait, ce qui permettrait à Abbas d’affirmer que les élections se tiendront uniquement en Cisjordanie – où le Fatah pense avoir une réelle chance de gagner.

Après que Haniyeh a annoncé qu’il saluait l’initiative, le Fatah a augmenté les enjeux et Abbas a exigé que les élections législatives soient basées sur des listes de partis et non sur la représentation géographique.

Le Hamas a de nouveau surpris le Fatah et a accepté, pour une raison principale : Le groupe terroriste islamique pense qu’il peut gagner en Cisjordanie, potentiellement par un glissement de terrain, étant donné le soutien décroissant du Fatah au sein des Palestiniens. Le groupe terroriste souligne également le fait qu’il a réussi à acheminer des fonds d’aide du Qatar à Gaza et à améliorer les infrastructures sans avoir à accepter un véritable cessez-le-feu avec Israël.

De plus, le Hamas sait que même s’il ne bat pas le Fatah en Cisjordanie, Abbas sera confronté à des défis de taille de la part de ses rivaux au sein de son parti, plus ceux qu’il a chassés du mouvement.

Deux personnalités palestiniennes de premier plan, qui ne manqueront pas de défier Abbas en présentant leurs propres listes, sont destituées : Mohammed Dahlane, l’homme fort du Fatah, expulsé de l’Autorité palestinienne en 2011 après une dispute avec Abbas, et Marwan Barghouti, un ancien commandant de la branche armée des Tanzim, condamné à cinq peines de prison à vie en Israël.

Selon des sources palestiniennes, une combinaison du Hamas et des listes présentées par les partisans de Dahlan et Barghouti pourrait entraîner l’effondrement du Fatah en Cisjordanie.

Ismail Haniyeh, (à gauche), sourit alors qu’il est en compagnie de Mohammed Dahlan, un homme fort du Fatah, le samedi 17 mars 2007 à Gaza City. (AP Photo, File)

Barghouti n’a pas caché son intention de défier Abbas à la présidence. L’identité du candidat du Hamas reste cependant inconnue.

Lorsque l’envoyé du Qatar Mohammed Al-Emadi s’est rendu pour la dernière fois à Gaza et a rencontré des députés du Hamas, il leur aurait conseillé d’adopter le « modèle tunisien », selon lequel tout candidat qu’ils soutiennent ne devrait pas être un responsable du Hamas mais plutôt un haut responsable palestinien qui sera amical envers cette organisation et répondra à ses besoins.

Marwan Barghouti comparaît devant un tribunal de Jérusalem le 25 janvier 2012. (Flash90)

Plusieurs candidats potentiels ont été évoqués lors de la réunion, dont Barghouti. Un scénario dans lequel le Hamas soutient l’homme fort du Fatah emprisonné comme président n’est pas tiré par les cheveux, surtout s’il devient clair que Barghouti est celui qui a le plus de chances de battre Abbas.

Quant à Abbas, le président palestinien vieillissant a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections présidentielles. Cet homme de 84 ans n’est pas pressé de quitter la politique, mais si ses chances de gagner s’avèrent minces, il annoncera probablement son départ à la retraite ou, à défaut, il décidera d’annuler les élections.

Le dilemme de Jérusalem-Est pour Israël

Un scénario dans lequel les élections palestiniennes sont annulées à la dernière minute – ou même plus tôt – est également possible, surtout à la lumière de l’incertitude entourant la position d’Israël sur cette question.

En 2006, Israël a cherché à bloquer les élections législatives palestiniennes et ce n’est qu’après que la Maison Blanche eut fait pression sur le Premier ministre Ariel Sharon qu’il a accepté de les autoriser à avoir lieu, également à Jérusalem-Est. A l’époque, de hauts responsables palestiniens avaient supplié Israël de s’opposer à ce que l’AP organise des élections à Jérusalem-Est pour empêcher une éventuelle victoire du Hamas, comme cela a finalement été le cas.

On ne sait pas très bien ce que fera le gouvernement israélien actuel ou un gouvernement futur s’il doit décider d’autoriser ou non des élections palestiniennes à Jérusalem-Est.

Accepter un vote à Jérusalem-Est peut être perçu comme une renonciation d’Israël à sa souveraineté sur cette partie de la ville. D’autre part, la communauté internationale fera sans aucun doute pression sur Israël sur la question et trouvera un mécanisme technique pour empêcher tout signe de souveraineté palestinienne à Jérusalem-Est, afin d’obtenir le consentement d’Israël.

Le résultat pourrait être le contrôle du Parlement par le Hamas et un radical soutenu par le Hamas dans le bureau du président de l’AP.

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