Les publicitaires ne peuvent pas refuser les encarts d’un parti homophobe
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Les publicitaires ne peuvent pas refuser les encarts d’un parti homophobe

Le juge de la Cour suprême Neal Hendel a statué qu'une loi interdit aux entreprises de "faire une distinction" entre les différentes publicités de campagne en période électorale

Des panneaux d'affichage du parti Noam sur les autoroutes de Tel Aviv qui disent "Israël choisit d'être normal". (Autorisation)
Des panneaux d'affichage du parti Noam sur les autoroutes de Tel Aviv qui disent "Israël choisit d'être normal". (Autorisation)

Un juge de la Cour suprême a statué mardi en faveur du parti politique homophobe Noam et ordonné à deux agences de publicité de diffuser les publicités du parti accusant les homosexuels « d’acheter des enfants ».

Noam, un parti religieux d’extrême droite ayant fait du combat contre l’acceptation des LGBT le point central de sa campagne, a acheté des espaces publicitaires à côté d’un hôtel situé à l’entrée principale de Jérusalem et sur des bus.

Mais les deux entreprises leur ayant vendu — Knaan Media in Motion Ltd. pour les bus et Y. Mor Advertising Ltd. pour l’hôtel — n’a découvert le contenu des publicités qu’après la vente.

Deux slogans, visant les homosexuels et les Juifs réformés, sont au cœur de la campagne de Noam. Ils évoquent un choix entre une société « normale » et une anormale.

« [La Gay] pride et l’achat d’enfants, ou que mon fils épouse une femme – Israël choisit d’être normal », clame l’un d’eux. « [Le judaïsme] réformé ou mon petit-fils qui reste juif – Israël choisit d’être normal », dit l’autre.

Neal Hendel, juge de la Cour suprême, le 15 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les agences ont refusé d’afficher les publicités, car les messages insultaient des segments importants de la population israélienne et qu’elles leur nuiraient financièrement car associées à des opinions impopulaires.

Noam a ainsi fait appel auprès de la commission centrale électorale, l’entité de la Knesset chargée d’organiser les élections et de veiller au respect des lois électorales.

Son président Hanan Melcer, un juge de la Cour suprême, a confié l’affaire à son adjoint Neal Hendel, également juge.

Dans sa décision, publiée mardi, Neal Hendel a statué en faveur de Noam et ordonné aux agences d’afficher les publicités et de payer les frais de justice de la formation homophobe.

Le magistrat a expliqué sa décision en soulignant la différence dans le droit israélien entre la publicité ordinaire et la publicité électorale.

Des manifestants pour les droits des LGBT défilent sur l’autoroute Ayalon de Tel-Aviv, le 22 juillet 2018 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Les sociétés de marketing privées ont le droit de refuser de diffuser des publicités avec lesquelles elles ne sont pas d’accord — avec une exception. La Loi électorale de 1959 (Moyens de publicité) restreint strictement cette liberté quand cela concerne des annonces de parties politiques en campagne électorale.

Cette loi interdit aux entreprises possédant des espaces publicitaires publiquement visibles et décidant de diffuser des messages de campagnes de partis en campagne électorale de refuser celles d’autres formations. Elles n’ont pas le droit de faire de distinction entre les partis « de quelle que manière que ce soit, notamment par le prix, la date de publication et le placement de supports de campagne dans des espaces publicitaires publics », stipule la loi.

Dans son verdict, le juge a noté qu’un publicitaire « n’a pas besoin d’accorder des espaces publicitaires aux messages de campagne » pour commencer. Mais si une entreprise de marketing « se joint à de la publicité de campagne et lui alloue des espaces publicitaires, ces moyens sont alors ouverts à tous les partis et candidats, et le publicitaire n’a pas le droit de faire une distinction entre eux ».

Les deux entreprises au centre de cette décision font partie des plus grands fournisseurs d’espaces publicitaires publics du pays. Y. Mor Advertising Ltd. possède en effet des dizaines de panneaux sur d’importants ponts autoroutiers et sur les flancs de bâtiments majeurs. Knaan Media in Motion Ltd. contrôle, elle, les espaces de centaines de bus dans tout le pays.

Des juifs religieux assistent à la cérémonie d’ouverture du nouveau bâtiment de la Yeshiva Har Hamor dans le quartier de Har Homa à Jérusalem, le 22 août 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le parti Noam, auquel les sondages ne donnent presque aucune chance de franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 % des voix, a centré sa campagne sur des panneaux et vidéos provocants accompagnés du slogan « Israël choisit d’être normal ». La formation clame que la communauté LGBT a « imposé ses priorités » au reste de la société israélienne, qui croit, selon Noam, en une structure familiale « normale ».

Le leader spirituel de ce parti marginal est le rabbin Tzvi Tau, fondateur de la yeshiva Har Hamor de Jérusalem. Âgé de 81 ans, il est une des grandes voix de la communauté nationale religieuse contre l’acceptation des LGBT. En 2017, il écrivait que l’homosexualité était la « plus grande déviance, qui brise la vie familiale… et contredit le premier fondement de l’existence humaine ».

Parmi les fondateurs du parti figurent le responsable de l’organisation anti-LGBT Hazon, Dror Aryeh ; le rabbin de l’implantation de Migron, Itai Halevi ; l’entrepreneur high-tech Ariel Shahar et un résident de Kfar Adumim, Yigal Canaan, qui travaille dans le tourisme.

Jacob Magid a contribué à cet article..

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