Israël en guerre - Jour 195

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Les US réaffirment l’illégalité des implantations, fustigeant la construction de 3 000 logements

Blinken a indiqué que les implantations sont "non-conformes au droit international", revenant sur le positionnement de son prédécesseur Pompeo, après l'annonce faite par Israël de nouvelles constructions en réponse à un attentat meurtrier

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le village de Turmus Ayya, près de Ramallah, avec l'implantation israélienne voisine de Shilo en arrière-plan en Cisjordanie, le 18 février 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)
Le village de Turmus Ayya, près de Ramallah, avec l'implantation israélienne voisine de Shilo en arrière-plan en Cisjordanie, le 18 février 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Les États-Unis ont rétabli, vendredi, leur politique de longue date qui établit le caractère illégal des implantations israéliennes en Cisjordanie, revenant sur un positionnement qui avait été adopté par l’administration précédente et quelques heures après l’annonce, par Israël, d’un plan visant à construire des milliers de nouveaux logements dans les implantations en guise de réponse à un attentat terroriste meurtrier à l’arme à feu qui avait été commis en Cisjordanie.

« Nous avons vu ces informations et je dois reconnaître que nous sommes déçus par cette annonce », a dit le secrétaire d’État Antony Blinken, interrogé sur le sujet pendant une conférence de presse en Argentine.

« C’est une politique de longue date – qui est revendiquée à la fois par des administrations républicaines et démocrates – de considérer que nouvelles implantations sont contre-productives en ce qui concerne la mise en place d’une paix durable », a-t-il ajouté.

« Les implantations sont également non-conformes au droit international », a-t-il continué, révoquant par ces propos ce qui était devenu connu sous le nom de « doctrine de Pompeo », le prédécesseur de Blinken à son poste ayant estimé, dans le passé, que les implantations « n’étaient pas, en elles-mêmes, contradictoires avec le droit international. » Cette politique adoptée par Mike Pompeo en 2019 était venue abroger un mémo datant de 1978 qui avait été rédigé par le conseiller juridique du département d’État Herbert Hansell et qui établissait le caractère illégal des implantations israéliennes.

Les propos tenus par Blinken ont redonné sa validité à ce mémo, a confié un responsable américain au Times of Israel, qui a ajouté qu’une initiative plus officielle n’était pas nécessaire dans la mesure où Pompeo avait fait part de sa politique dans une déclaration similaire à celle qui a été faite par son successeur en Argentine.

« Notre administration reste fermement opposée à l’expansion des implantations et selon nous, cette expansion ne fait qu’affaiblir – elle ne renforce pas – la sécurité d’Israël », a affirmé Blinken.

Le secrétaire d’État Antony Blinken pendant une conférence de presse après une réunion avec le président argentin Javier Milei au palais présidentiel de la Casa Rosada de Buenos Aires, le 23 février 2024. (Crédit : Juan Mabromata/AFP)

Évoquant ces paroles pendant une conférence de presse, le Conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, a déclaré que « nous ne faisons que réaffirmer une conclusion fondamentale, celle que ces implantations entrent en contradiction avec le droit international… ce qui est un positionnement qui a été constant de la part d’administrations républicaines et démocrates successives ».

« S’il y a eu une administration qui a fait preuve d’inconstance, c’est la précédente », a ajouté Kirby, parlant de l’administration Trump.

Des critiques qui ont trouvé un écho chez l’ambassadeur britannique au sein de l’État juif Simon Walters qui a écrit sur X, anciennement Twitter, que « les implantations sont illégales au regard du droit international et elles entravent les avancées en direction d’une solution à deux États ».

Malgré les pressions exercées par les organisations progressistes pro-israéliennes, l’administration Biden s’était abstenue, pendant trois ans, de révoquer la doctrine Pompeo, évitant de prendre des initiatives susceptibles d’entraîner un conflit avec Jérusalem.

Mais la rapidité avec laquelle les États-Unis ont réagi à l’annonce faite vendredi souligne l’impatience et la frustration de Washington face aux politiques mises en œuvre par Israël en Cisjordanie, alors que l’administration est âprement critiquée par les progressistes, sur le sol américain, et par de nombreux pays alliés à l’international pour son large soutien apporté à l’État juif dans le contexte de la guerre contre le Hamas.

La colère n’a fait que monter tout au cours de l’année dernière, Washington évitant toutefois de renverser la « doctrine Pompeo », qui reste largement symbolique.

L’ ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman (à gauche) et le Secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo (2e à gauche), lors d’une visite au vignoble Psagot en Cisjordanie, le 19 novembre 2020. (Crédit : Département d’État/Twitter)

L’approbation, l’année dernière, d’un nombre record de nouveaux logements dans les implantations et l’expansion de la présence israélienne en Cisjordanie avaient décidé les États-Unis à convoquer l’ambassadeur de Jérusalem à Washington pour la première fois depuis plus d’une décennie. Les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantation ont également, pour la toute première fois, amené les Américains à prendre une série de sanctions contre les extrémistes – et d’autres mesure punitives devraient par ailleurs être annoncées dans les semaines et dans les mois à venir, avaient confié des responsables américains au Times of Israel au début de la semaine dernière.

Un officiel américain de premier plan avait, en outre, indiqué que la doctrine Pompeo pourrait être révoquée si Israël prenait une initiative significative en faveur de l’élargissement de sa présence en Cisjordanie – des propos tenus dans la journée de mardi, soit deux jours avant l’annonce faite par Israël. De manière notable, l’État juif a évité de convoquer la sous-commission de planification depuis le début de la guerre contre le Hamas. La dernière réunion de l’instance remonte au mois de juin 2023 – elle avait permis toutefois de battre le record du nombre de nouvelles constructions avancées sur une année, avec 12 349 logements.

Une pause qui devrait se terminer dans les prochains jours, le ministre des Finances Bezalel Smotrich ayant annoncé, jeudi soir, qu’Israël allait promouvoir un plan visant à faire construire plus de 3 000 habitations en réponse à l’attentat meurtrier à l’arme à feu qui a été commis à proximité de l’implantation de Maale Adumim.

Smotrich a expliqué que cette décision – qui porte sur 2350 logements qui seront construits à Maale Adumim ; sur 300 qui seront construits à Keidar et sur 694 qui seront construits à Eifrat – a été prise pendant une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Yoav Gallant et le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer. C’est la dernière démonstration en date de l’influence du ministre d’extrême droite au sein du gouvernement de Netanyahu, le Premier ministre ne pouvant se passer du soutien de ses partenaires orthodoxes de la coalition pour rester au pouvoir.

La police sur les lieux d’un attentat terroriste sur la Route 1, près de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 22 février 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/FLASH90)

« Que ce soit clair pour tous les terroristes qui envisagent de nous attaquer : la moindre agression contre des citoyens israéliens entraînera un coup mortel et la destruction, ainsi que la consolidation de notre emprise éternelle sur l’ensemble de la terre d’Israël » a affirmé Smotrich, qui a estimé que cette décision était « une réponse sioniste appropriée ».

Précédemment, dans la même journée de jeudi, trois Palestiniens avaient ouvert le feu près d’un poste de contrôle entre Jérusalem et la ville de Maale Adumim, une implantation en Cisjordanie, tuant un Israélien et en blessant 11 autres.

Dans ce qui pourrait être une tentative visant à adoucir la réaction de Washington, les trois implantations retenues par les principaux ministres israéliens pour la construction – Maale Adumim, Efrat et Kedar – sont toutes situées à l’ouest de la barrière de sécurité en Cisjordanie, dans des zones perçues comme bénéficiant d’un soutien israélien plus consensuel, à la différence des implantations plus isolées situées à des dizaines de kilomètres à l’est de la Ligne verte.

Ce qui n’a apparemment pas été suffisant pour convaincre l’administration Biden de renoncer à dénoncer l’illégalité des implantations en tant que telles dans la journée de vendredi.

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