Les vagues de chaleur augmentent déjà les décès et hospitalisations – chercheurs
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Les vagues de chaleur augmentent déjà les décès et hospitalisations – chercheurs

Le ministère de la Santé n'a pas reçu de fonds pour faire face à la crise ; un expert avertit les Israéliens qu'ils ignorent que le changement climatique est "déjà là et tue"

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz s'adresse à une conférence de l'Université Ben Gurion sur la santé publique et le changement climatique, le 12 septembre 2021. (Capture d'écran)
Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz s'adresse à une conférence de l'Université Ben Gurion sur la santé publique et le changement climatique, le 12 septembre 2021. (Capture d'écran)

Le changement climatique pèse déjà sur le système de santé israélien : les décès prématurés dus à une exposition à la chaleur extrême et les consultations hospitalières liées à la météo sont en augmentation. Mais le ministère de la Santé ne dispose d’aucun plan d’action ni d’aucun budget spécifique pour faire face aux conséquences du changement climatique.

La chaleur extrême peut provoquer des accouchements prématurés et des éclampsies, augmenter les risques d’accidents vasculaires cérébraux et de fortes réactions allergiques, a-t-on appris dimanche lors d’une conférence sur le changement climatique et la santé publique à l’université Ben Gurion, dans le sud d’Israël.

En outre, avec le réchauffement de la planète, les parasites porteurs de maladies se propagent dans des zones où ils n’ont pas de prédateurs naturels. Les inondations provoquées par de fortes pluies peuvent entraîner des polluants dans le réseau hydrographique. Il s’agit notamment de l’urine animale, qui peut transmettre la leptospirose, une maladie potentiellement mortelle, dont la menace a déjà entraîné la fermeture temporaire de cours d’eau dans le nord d’Israël.

Le Dr. Tamar Berman, toxicologue environnementale de l’Université hébraïque de Jérusalem qui travaille avec le ministère de la Santé, a déclaré lors de la conférence en ligne que si le gouvernement avait approuvé une décision en 2018 pour se préparer au changement climatique, aucun des ministères concernés n’avait reçu de financement pour effectuer les travaux nécessaires.

Un porte-parole du ministère de la Santé a confirmé au Times of Israël « qu’il n’y a pas de budget dédié pour faire face à la crise climatique ».

Le Dr. Tamar Berman lors d’une conférence de l’Université Ben Gurion sur la santé publique et le changement climatique, le 12 septembre 2021. (Capture d’écran)

Des progrès ont été réalisés, a déclaré Berman, avec la création d’une direction spéciale et de sept sous-commissions et des mesures telles que la cartographie des dangers liés à la chaleur. Dans le domaine de la santé, ces dangers incluent une pression accrue sur les services d’urgence et d’accident, une augmentation des maladies pathogènes et des maladies physiologiques et mentales, une plus grande pollution de l’air (par exemple par les tempêtes de sable), et la contamination des aliments (les bactéries se développent dans les températures chaudes et les agriculteurs peuvent être poussés à utiliser plus de pesticides).

Le projet de loi sur le climat, dévoilé en avril par l’ancienne ministre de la Protection de l’environnement, Gila Gamliel, qui appelle à la création d’un programme national de lutte contre le changement climatique, ne mentionne pas non plus de financement, poursuit Berman. Le projet propose une date limite de 2025 pour la réalisation d’un tel programme. Mais Israël ne dispose pas de ce temps, a déclaré Berman.

La chaleur extrême a des effets directs, qui peuvent aggraver les maladies chroniques et même causer la mort, a déclaré Berman, citant les chiffres du Lancet Countdown, qui répertorie les travaux gouvernementaux sur la santé en rapport avec le changement climatique. Ceux-ci ont montré que les décès dus à l’exposition à la chaleur extrême en Israël étaient passés de 83 entre 2000 et 2004 à 130 entre 2014 et 2018. Ces chiffres, a déclaré Berman, témoignent « d’un changement très inquiétant ».

Les températures élevées pendant les premier et troisième trimestres de la grossesse pourraient provoquer une prééclampsie ou un accouchement prématuré, a-t-elle ajouté.

Des infirmières de l’hôpital Hadassah Ein Kerem de Jérusalem dans la salle des urgences, le 27 août 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En outre, l’analyse des données a montré que les visites aux urgences en Israël avaient été multipliées par six entre 2010 et 2019 en raison des canicules et que davantage de personnes souffrant de maladies cardiaques et sanguines étaient hospitalisées pendant l’été.

Avec l’aridité croissante des terres, il faut également se préparer à une recrudescence des tempêtes de sable, qui peuvent provoquer des lésions pulmonaires, a-t-elle ajouté.

Un homme se couvre le visage en traversant la rue alors qu’une tempête de sable frappe Israël, le 4 novembre 2015. (Crédit : Flash90)

Les effets indirects sont notamment la propagation d’insectes porteurs de maladies et des changements dans la disponibilité de l’eau ainsi que dans la quantité et la variété des aliments.

Berman a souligné que la gravité des effets dépendrait de la situation géographique et du statut socio-économique des populations concernées.

« Il existe des recommandations d’action et nous savons ce que nous devons faire, mais il n’y a pas de budget ni de personnel et sans cela, ça ne se fera pas », a déclaré Berman. « Nous sommes très bons dans les exercices d’urgence, nous savons comment nous préparer aux événements extrêmes. Nous avons l’Autorité nationale d’urgence et le Commandement de la défense passive. Nous avons besoin d’un investissement aussi important que celui qui a été fait pour la pandémie de COVID-19. »

Un système de feux tricolores similaire à celui qui classe les zones touchées par le coronavirus en fonction de leur gravité pourrait être conçu pour alerter les zones géographiques du pays en cas de prévision de canicule, a-t-elle suggéré. Et tout comme il existe un chargé de la lutte contre le coronavirus, il faudrait une personne centrale qui serait chargée de coordonner la réponse nationale au changement climatique.

Berman a déclaré qu’elle avait pu constater la rapidité et l’efficacité avec lesquelles le gouvernement pouvait agir lorsqu’il le souhaitait, donnant l’exemple d’un plan du cabinet du Premier ministre visant à réduire la réglementation pour booster l’économie post-COVID.

Prof. Nadav Davidovitch. (Autorisation)

Le professeur Nadav Davidovitch, épidémiologiste, médecin de santé publique, professeur à l’université Ben Gurion et dirigeant du syndicat des médecins israéliens, a déclaré qu’il n’y avait aucun sentiment de crise immédiate, ni dans le monde médical ni au sein du gouvernement.

Il a joué un rôle clé dans la création, en mars, de la première École de la durabilité et du changement climatique à l’université Ben Gurion.

« Les gens ne comprennent pas que le changement climatique est déjà là et qu’il tue des gens. Le problème n’est pas perçu comme une crise. C’est un marathon, mais les dirigeants ne sont pas à l’écoute », a déclaré Davidovitch.

La plupart des Israéliens sont conscients des vagues de chaleur et des tempêtes extrêmes, mais ne les associent pas au changement climatique ou à un quelconque type d’urgence, comme l’a reconnu le Dr. Stav Shapira, de l’université Ben Gurion. Elle mène des recherches sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence et aux catastrophes.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz s’adresse à une conférence de l’Université Ben Gurion sur la santé publique et le changement climatique, le 12 septembre 2021. (Capture d’écran)

Dans un discours passionné prononcé à l’ouverture de la conférence, le ministre de la Santé Nitzan Horowitz (Meretz), ancien journaliste et ancien lauréat du prix Pratt pour le journalisme environnemental, a déclaré que l’Organisation mondiale de la santé avait déclaré que le changement climatique était le défi sanitaire le plus important du siècle.

« Nous prenons cette question très au sérieux au ministère de la Santé », a-t-il déclaré. « Il existe un programme national qu’il convient de faire avancer et d’affiner, en collaboration avec d’autres ministères, pour préparer le pays au changement climatique… De mon point de vue, c’est une priorité absolue. C’est la principale question d’urgence et de santé pour les années à venir. »

Un porte-parole du ministère de la Santé a déclaré au Times of Israël que le service de santé publique se préparait au changement climatique à plusieurs niveaux, en collaboration avec le personnel de l’aile gériatrique du ministère et du département d’épidémiologie environnementale. Les activités de ce dernier comprennent la collecte de données de recherche et la conception de mécanismes permettant à la fois de mesurer les effets du changement climatique sur la population (dont la mise en œuvre dépend de la disponibilité de fonds) et d’assurer la coordination avec les autres organismes concernés.

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