L’expulsion d’une Philippine et de son fils retardée après des protestations
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L’expulsion d’une Philippine et de son fils retardée après des protestations

Rosemary Peretz et son fils âgé de 13 ans sont de retour dans les prisons israéliennes ; le tribunal avait rejeté leur appel plus tôt dans la journée pour rester dans le pays

Des enfants philippins portent des banderoles lors d'une manifestation contre leur renvoi, à Tel Aviv, le 6 août 2019. (Gil COHEN-MAGEN / AFP)
Des enfants philippins portent des banderoles lors d'une manifestation contre leur renvoi, à Tel Aviv, le 6 août 2019. (Gil COHEN-MAGEN / AFP)

L’expulsion d’une Philippine et de son jeune fils né en Israël a été reportée dimanche soir après que la femme a vivement protesté son expulsion à bord de l’avion, avant d’être débarquée.

Rosemary Peretz et son fils Rohan, 13 ans, ont été placés en détention en Israël après l’incident.

La cour d’appel de Tel Aviv avait statué peu avant que Peretz et son fils pouvaient être expulsés d’Israël, et avait ainsi rejeté leur appel.

Peretz a été arrêtée par des agents de l’immigration avec son fils jeudi, car son visa de travail était arrivé à expiration, a expliqué Sabine Haddad, porte-parole de l’Autorité de la Population et de l’Immigration, à l’AFP. « Elle est ici illégalement depuis 10 ans », a précisé Haddad.

Dimanche soir, ils ont été escortés vers l’aéroport de Ben Gurion, près de Tel Aviv, pour embarquer sur un vol El Al à destination de Hong Kong, d’où ils devaient prendre un autre vol pour Manille, a déclaré l’organisation Beth Franco of United Children of Israel (UCI).

S’ils avaient quitté le pays, ils auraient été la première famille avec des enfants en âge d’être scolarisés à être expulsés, après une série d’arrestations menées ces dernières semaines. Une centaine de travailleurs étrangers ont été arrêtés, en grande majorité des Philippins.

Les avocats Carmel et Boaz Ben Tzur ont fait appel de cette décision.

Rohan Peretz, qui fréquente l’école Bialik Rogozin, dans le sud de Tel Aviv souffrait de « difficultés sociales et psychologiques » pour lesquelles il a reçu un traitement et a fait l’objet d’un suivi, ont déclaré les avocats.

« Plus jeune, il a fréquenté un programme d’éducation spécialisé, et l’an dernier, il a bénéficié d’un traitement psychologique de la part d’un centre de santé mentale du ministère de la Santé. Selon l’avis des prestataires de soin du centre – des autorités reconnues par l’Etat d’Israël – un déménagement pourrait causer des dégâts irréparables », indiquait l’appel émis par les avocats.

Les avocats ont également indiqué qu’une injonction temporaire pour éviter l’expulsion du jeune garçon serait appropriée, au regard de sa vulnérabilité.

« L’expulsion d’un garçon de 13 ans, né en Israël, qui y a vécu toute sa vie est inacceptable », a-t-il dit.

L’UCI a affirmé qu’il est cruel de renvoyer Rohan – ainsi que d’autres enfants – vers un pays qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue.

Un travailleur social, qui a rédigé un rapport sur le cas du jeune garçon, a écrit que « son transfert vers les Philippines, à un stade aussi critique de son développement, et le fait de le sortir d’un environnement familial, causera probablement des dégâts irréversibles et une réaction comportementale sévère », a rapporté le site Ynet.

Un rapport de l’Autorité de la Population et de l’Immigration indique au contraire que « l’enfant a grandi en Israël mais qu’il a été élevé selon les valeurs culturelles philippines. Il se considère comme appartenant à un sous-groupe au sein de l’Etat. Sa mère l’a élevé et a renforcé ses liens avec les membres de sa famille. L’existence d’une famille élargie [aux Philippines] devrait faciliter l’arrivée et l’intégration du mineur aux Philippines, de façon favorable. »

Rosemary Peretz, 42 ans, est arrivée dans le pays en 2000, pour y travailler dans la prestation de soins. Sept ans plus tard, son employeur est décédé et elle est restée illégalement en Israël et a travaillé comme employée de ménage ces dernières années. Elle n’a pas quitté Israël après sa période d’emploi légale parce qu’elle voulait y élever son fils. Elle dit ne pas avoir de famille proche aux Philippines, et que le père de l’enfant était un ressortissant turc, qui est retourné en Turquie.

Depuis leur arrestation mardi, la mère et le fils ont été placés dans un centre de détention situé à l’aéroport Ben Gurion.

Il s’agit de la troisième famille avec des enfants en âge d’être scolarisés à avoir été arrêtée ces dernières semaines. Les deux autres familles mènent une bataille juridique pour éviter l’expulsion.

La semaine dernière, des migrants, leurs enfants et des Israéliens ont organisé des manifestations à Tel Aviv contre la politique d’expulsion des enfants de migrants nés en Israël.

Des travailleurs étrangers, leurs enfants et leurs sympathisants participent à une manifestation contre l’expulsion des enfants des travailleurs philippins à Tel Aviv, le 6 août 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’expulsion des travailleurs étrangers, qu’elle soit volontaire ou contrainte, a été vivement critiquée en raison de son impact sur les enfants nés dans le pays, qui ont passé des années dans le système israélien.

En vertu de la loi israélienne, les travailleuses étrangères qui tombent enceintes doivent renvoyer leur bébé dans leur pays d’origine, afin d’obtenir un renouvellement de visa. Mais beaucoup ne le font pas et restent illégalement dans le pays en effectuant des travaux subalternes, en vue d’offrir à leurs enfants une vie meilleure que celle qu’ils auraient eue dans leur pays d’origine.

Quelque 60 000 travailleurs étrangers – principalement des femmes – sont actuellement employés en Israël, selon la Hotline for Migrant Workers, une organisation de défense des droits des migrants. La moitié d’entre eux provient des Philippines, 15 % du Népal, 10 % d’Inde, 10 % du Sri Lanka et 10 % de Moldavie, et le reste est originaire des petits pays d’Europe de l’Est.

L’AFP a contribué à cet article.

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