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L’Iran démolit la maison d’une grimpeuse qui a participé à une compétition sans hijab

Une vidéo non-datée montre le frère d'Elnaz Rekabi sanglotant à côté des ruines de la maison ; les militants anti-gouvernementaux affirment qu'il s'agit d'une mesure punitive

La grimpeuse iranienne Elnaz Rekabi participant aux Championnats asiatiques d'escalade de l'IFSC à Séoul, en Corée du Sud, le 16 octobre 2022. (Crédit : Rhea Khang/International Federation of Sport Climbing via AP)
La grimpeuse iranienne Elnaz Rekabi participant aux Championnats asiatiques d'escalade de l'IFSC à Séoul, en Corée du Sud, le 16 octobre 2022. (Crédit : Rhea Khang/International Federation of Sport Climbing via AP)

Les médias d’État iraniens ont annoncé samedi que la maison familiale d’Elnaz Rekabi, une grimpeuse iranienne qui a concouru à l’étranger les cheveux découverts, avait été démolie.

Rekabi est devenue un symbole du mouvement anti-gouvernemental en octobre après avoir participé à une compétition d’escalade en Corée du Sud sans porter le foulard obligatoire exigé des athlètes féminines de la République islamique. Dans une publication Instagram publiée le lendemain, Rekabi a décrit le fait de ne pas porter de hijab comme étant « involontaire », mais on ne sait toujours pas si elle a elle-même écrit la publication et, si c’est le cas, dans quel état elle se trouvait à ce moment-là.

Rekabi a ensuite été placée en résidence surveillée et, selon certaines informations, son frère a également été détenu pendant un certain temps. La BBC a cité des sources anonymes affirmant que ses excuses avaient été publiées sous la contrainte.

L’agence de presse judiciaire officielle iranienne, Mizan, a déclaré que la destruction de la maison était due à sa « construction et à l’utilisation du terrain non-autorisés », ajoutant que la démolition avait eu lieu des mois avant que Rekabi ne concoure.

Les militants anti-gouvernementaux ont contesté cette affirmation, indiquant qu’il s’agissait d’une mesure punitive.

Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux la semaine dernière montre les ruines de la maison avec des médailles au sol. On y voit le frère de Rekabi, Davood, lui-même médaillé d’escalade, pleurer. La date à laquelle la vidéo a été prise n’a pas été précisée.

Depuis septembre, l’Iran est secoué par des manifestations nationales qui constituent l’un des plus grands défis à sa théocratie depuis les années chaotiques qui ont suivi la révolution islamique de 1979. Ces manifestations ont été déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, 22 ans, le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire strict imposé aux femmes par la République islamique. Le gouvernement iranien insiste sur le fait qu’Amini n’a pas été maltraitée, mais sa famille affirme que son corps présentait des ecchymoses et d’autres signes de maltraitance.

Dans un communiqué publié samedi par l’agence de presse publique IRNA, le conseil national de sécurité du pays a annoncé que quelque 200 personnes avaient été tuées au cours des manifestations, ce qui constitue le premier bilan officiel de l’organisme. La semaine dernière, le général iranien Amir Ali Hajizadeh a estimé le nombre de morts à plus de 300.

Ces chiffres contradictoires sont inférieurs au nombre de victimes rapporté par Human Rights Activists in Iran, une organisation basée aux États-Unis qui suit de près les manifestations depuis leur déclenchement. Dans sa dernière mise à jour, le groupe indique que 469 personnes ont été tuées et 18 210 autres détenues lors des manifestations et de la violente répression des forces de sécurité qui a suivi.

Depuis septembre, on signale une baisse du nombre d’agents de la police des mœurs dans les villes iraniennes. Ce groupe a été créé en 2005 avec pour mission d’arrêter les personnes qui enfreignent le code vestimentaire islamique du pays.

Dans un article publié samedi dernier par IRNA, le Procureur général d’Iran, Mohamed Jafar Montazeri, a déclaré que la police des mœurs avait été « fermée ». Il n’a fourni aucun autre détail sur l’état de cette unité, ni si sa fermeture était généralisée et permanente. « Le pouvoir judiciaire continue de surveiller les comportements au niveau communautaire », a ajouté Montazeri.

« La meilleure façon de faire face aux émeutes c’est de prêter attention aux véritables revendications du peuple », la plupart liées « aux moyens de subsistance et aux questions économiques », a déclaré dimanche le porte-parole de la présidence du Parlement, Seyyed Nezamoldin Moussavi, cité par Isna.

Cette annonce, considérée comme un geste envers les manifestants, est intervenue après la décision samedi des autorités de réviser une loi de 1983 sur le port du voile obligatoire en Iran, imposé quatre ans après la Révolution islamique de 1979.

Après 1979, des « comités de la Révolution islamique » relevant des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, menaient des patrouilles pour faire respecter le code vestimentaire et les « moeurs » en Iran.

Mais la police des moeurs a été créée sous le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), pour « répandre la culture de la décence et du hijab ».

Formée d’hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir qui couvre la tête et le haut du corps, cette unité avait commencé ses patrouilles en 2006 avec l’objectif de faire respecter le code vestimentaire strict qui interdit aussi aux femmes de porter des pantalons serrés ou des shorts.

Les femmes enfreignant le code risquaient d’être arrêtées.

La police des moeurs a été créée par le Conseil suprême de la Révolution culturelle, aujourd’hui dirigé par le président ultraconservateur Ebrahim Raïssi, élu en 2021.

En juillet dernier, M. Raïssi a même appelé à la mobilisation de « toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile », déclarant que « les ennemis de l’Iran et de l’islam voulaient saper les valeurs culturelles et religieuses de la société ».

Néanmoins, sous le mandat de son prédécesseur dit modéré Hassan Rohani, on pouvait croiser des femmes en jeans portant des voiles colorés.

Selon la loi en vigueur depuis 1983, les femmes iraniennes et étrangères, quelle que soit leur religion, doivent porter un voile et un vêtement ample en public.

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