L’Iran ne « reculera pas » face aux manifestations, avertit Khamenei
Devant ses partisans scandant en écho "mort à l'Amérique", Ali Khamenei a adopté un ton offensif, dans un discours diffusé par la télévision d'Etat
Le guide suprême iranien a signalé, vendredi, que les forces de sécurité allaient sévir contre les manifestants après des défilés et des manifestations qui ont duré toute la nuit – défiant directement la promesse faite par le président américain Donald Trump de soutenir les protestataires pacifiques.
Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a rejeté Trump, affirmant qu’il avait « les mains tachées du sang des Iraniens », tandis que ses partisans criaient « Mort à l’Amérique ! » dans des images qui ont été diffusées par la télévision d’État iranienne.
Les manifestants « détruisent leurs propres rues pour faire plaisir au président d’un autre pays », a dit Khamenei, faisant référence à Trump. Washington n’a pas réagi – mais Trump a toutefois réitéré sa promesse de frapper l’Iran si des manifestants étaient tués.
Le chef religieux a qualifié les manifestants de « vandales » et de « saboteurs » dans un discours diffusé à la télévision d’État.
Khamenei a prédit que le dirigeant américain « arrogant » serait « renversé » comme l’avait été la dynastie impériale qui avait régné sur l’Iran jusqu’à la révolution de 1979.
« Tout le monde sait que la République islamique est arrivée au pouvoir grâce au sang de centaines de milliers de personnes honorables, elle ne reculera pas face aux saboteurs », a-t-il ajouté.
Si la théocratie iranienne a coupé l’accès à Internet et aux appels téléphoniques internationaux, de courtes vidéos en ligne qui ont été partagées par des militants ont montré des manifestants scandant des slogans contre le gouvernement iranien autour de feux de joie, des débris jonchant les rues de la capitale, Téhéran, et d’autres régions, dans la matinée de vendredi.
Les médias d’État iraniens ont affirmé que des « agents terroristes » américains et israéliens avaient allumé des incendies et déclenché des violences. Ils ont également fait état de « victimes », sans donner plus de détails.
L’ampleur totale des manifestations n’a pas pu être déterminée suite au black-out des communications – mais elles ont représenté une nouvelle escalade dans les mouvements de protestation qui avaient commencé en raison de la mauvaise santé économique de l’Iran, se transformant finalement en défi sans précédent pour le gouvernement depuis plusieurs années. Les manifestations se sont intensifiées de manière constante depuis leur début, le 28 décembre.
À ce jour, les violences liées aux manifestations ont fait au moins 42 morts et plus de 2 270 personnes ont été arrêtées, selon l’agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency.
« Ce qui a renversé le cours des manifestations, ce sont les appels lancés par l’ancien prince héritier Reza Pahlavi aux Iraniens pour qu’ils descendent dans la rue à 20 heures jeudi et vendredi », commente Holly Dagres, chercheuse senior au Washington Institute for Near East Policy. « D’après les publications qui sont parues sur les réseaux sociaux, il est apparu clairement que les Iraniens avaient répondu à l’appel et qu’ils prenaient au sérieux la nécessité de manifester pour renverser la République islamique ».
« C’est exactement pour cette raison qu’internet a été coupé : pour empêcher le monde de voir les manifestations. Malheureusement, cela a probablement aussi permis aux forces de sécurité de tuer des manifestants en toute impunité », a-t-elle ajouté.
Quand l’horloge a sonné 20 heures dans la soirée de jeudi, les quartiers de Téhéran ont éclaté en chants, ont déclaré des témoins. Parmi les slogans, « Mort au dictateur ! » et « Mort à la République islamique ! ». D’autres ont salué le shah en criant : « C’est la dernière bataille ! Pahlavi reviendra ! ».
Des milliers de personnes ont été vues dans les rues avant que toutes les communications avec l’Iran ne soient coupées.
« Les Iraniens ont réclamé leur liberté ce soir. En réponse, le régime iranien a coupé toutes les lignes de communication », a dit Pahlavi. « Il a coupé Internet. Il a coupé les lignes téléphoniques fixes. Il pourrait même tenter de brouiller les signaux satellites ».
Il a ensuite appelé les responsables européens à se joindre à Trump pour promettre de « demander des comptes au régime ».
« Je leur demande d’utiliser toutes les ressources techniques, financières et diplomatiques disponibles pour rétablir la communication avec le peuple iranien afin que sa voix et sa volonté puissent être entendues et vues », a-t-il ajouté. « Ne laissez pas les voix de mes courageux compatriotes être réduites au silence ».
Pahlavi avait indiqué qu’il proposerait d’autres plans en fonction de la réponse à son appel. Son soutien à Israël et celui qu’il a reçu de la part de l’État juif lui ont valu des critiques dans le passé, en particulier après la guerre de 12 jours qui avait été menée par Israël contre l’Iran au mois de juin dernier. Si les manifestants ont pu crier leur soutien au shah lors de certaines manifestations, il est difficile de dire s’il s’agissait d’un soutien à Pahlavi lui-même ou d’un désir de revenir à l’époque antérieure à la révolution islamique de 1979.
La coupure d’Internet semble également avoir mis hors ligne les agences de presse officielles et semi-officielles iraniennes. La déclaration qui a été faite par la télévision d’État vendredi à 8 heures du matin a été la première annonce officielle concernant les manifestations.
La télévision d’État a affirmé que les rassemblements avaient donné lieu à des violences qui avaient fait des victimes, sans donner plus de détails. Elle a également déclaré que lors des manifestations, « des voitures particulières, des motos, des lieux publics tels que le métro, des camions de pompiers et des bus ont été incendiés ».
L’Iran a connu plusieurs vagues de manifestations nationales ces dernières années. Alors que les sanctions se durcissaient et que l’Iran était en difficulté après la guerre de 12 jours, sa monnaie, le rial, s’est effondrée en décembre, atteignant 1,4 million pour 1 dollar. Les manifestations ont commencé peu après, les manifestants scandant des slogans contre la théocratie iranienne.
Il est difficile de dire la raison pour laquelle les autorités iraniennes n’ont pas encore réprimé plus durement les manifestants. Trump a averti la semaine dernière que si Téhéran « tuait violemment des manifestants pacifiques », les États-Unis « viendraient à leur secours ».







