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Interview

Malgré les risques judiciaires, un israélo-américain ouvre un centre R&D tech à TLV

Selon le fondateur de Fairmatic, les nouveaux employés, craignant qu’Israël ne devienne une dictature suite à la refonte judiciaire, demandent des options de relocalisation

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Jonathan Matus, fondateur et PDG de Fairmatic. (Crédit : Autorisation)
Jonathan Matus, fondateur et PDG de Fairmatic. (Crédit : Autorisation)

Le fondateur israélo-américain de la startup d’assurance Fairmatic, Jonathan Matus, poursuit comme prévu la construction de son centre de R&D à Tel-Aviv, … pour le moment. Il prévient toutefois qu’il pourrait être amené à reconsidérer la viabilité d’Israël comme lieu d’activité si les changements judiciaires étaient adoptés.

« En cas de crise constitutionnelle qui transformerait Israël en une dictature, je vais devoir avoir une discussion avec mon conseil d’administration, parce que j’ai une obligation fiduciaire, non seulement de développer le meilleur produit et de servir nos clients, mais aussi de protéger les intérêts de nos investisseurs », a déclaré Matus lors d’une interview accordée au Times of Israel jeudi dernier. « Mon histoire n’est pas conventionnelle. Je ne suis pas le PDG israélien qui pense à partir, je suis un PDG international qui arrive dans le pays, mais il y en a d’autres qui sont ici, et parmi eux quelques-uns des plus grands employeurs en Israël, dans le secteur de la technologie, comme Facebook, Microsoft et Intel. Ils sont beaucoup plus grands que moi, mais nous partageons les mêmes préoccupations. »

« Si mon conseil d’administration décidait de revoir sa stratégie de construire un bureau de recherche et développement ici, ce ne serait pas dramatique, mais dans le cas des grandes sociétés qui contribuent à hauteur de milliards de shekels au régime fiscal israélien et qui ont de nombreux employés ou ménages sur place, leur départ serait catastrophique », a-t-il ajouté.

Les entrepreneurs et les travailleurs du secteur de la technologie comptent parmi les nombreux groupes qui ont manifesté leur opposition à la réforme du système judiciaire au motif qu’elle éroderait la démocratie israélienne et affaiblirait les mécanismes de contre-pouvoirs. Le shekel a atteint son niveau le plus bas depuis quatre ans par rapport au dollar cette semaine, alors que la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu poursuit son projet de loi qui accorderait au gouvernement le contrôle de la nomination des juges, y compris des juges de la Cour suprême, et qui ôterait pratiquement tout pouvoir à la Cour suprême d’examiner et d’invalider une législation.

L’une des principales inquiétudes du secteur high-tech est que les investisseurs en capital-risque et les autres bailleurs de fonds deviennent réticents à l’idée d’investir leur argent dans le pays, ce qui provoquerait un exode des fonds. La licorne technologique israélienne Riskified est la dernière entreprise locale à avoir annoncé qu’elle allait transférer 500 millions de dollars hors du pays et qu’elle offrait un nombre limité de forfaits de relocalisation aux membres du personnel intéressés.

« Les entreprises ont envie de développer leurs activités et créer des emplois dans le pays, mais elles sont alarmées par ce qui se passe », a déclaré Matus.

L’équipe de Fairmatic au centre de R&D de Tel Aviv. (Crédit : Autorisation)

Fondée en 2017, la société américaine Fairmatic a développé une technologie basée sur l’intelligence artificielle (IA) et les données pour les assurances commerciales destinées aux parcs automobiles. La technologie suit les comportements des conducteurs tels que les freinages brusques, les accélérations rapides, les excès de vitesse et l’utilisation du téléphone, afin de motiver et d’améliorer une conduite plus sûre et de réduire les risques. Le suivi des prestations de conduite crée une option d’assurance plus personnalisée qui permet de déterminer et d’ajuster la tarification des primes en fonction des prestations des chauffeurs de flottes commerciales.

La semaine dernière, la startup a levé 46 millions de dollars, six mois seulement après avoir obtenu 42 millions de dollars dans le cadre d’un tour de table de série A. Ce dernier tour de table a été mené par Battery Ventures et Bridge Bank, ainsi que par des investisseurs existants tels que Foundation Capital et Aquiline Technology Growth, et soutenu par des investisseurs providentiels dans le domaine de la technologie, tels que Jerry Yang, cofondateur de Yahoo.

Avec ce nouveau capital, Matus est en train de réaliser un rêve qu’il caressait depuis longtemps : s’implanter en Israël grâce au lancement d’un centre de recherche et développement. Né à New York et élevé à Tel-Aviv, l’entrepreneur a construit sa carrière en travaillant pour Google et Facebook aux États-Unis et en Asie-Pacifique avant de cofonder la plateforme de renseignements sur les risques liés à la mobilité Zendrive en 2013.

« Ayant grandi ici et a passé 20 ans dans la Silicon Valley, cela a toujours été à la fois un fantasme et un désir de rejoindre l’écosystème local et même si les développements récents compliquent certains de ces efforts, je suis toujours très engagé à contribuer à la communauté, aux gens et à l’économie », a déclaré Matus. « Je crois aussi que les talents israéliens sont les meilleurs du monde ».

Le centre de Tel Aviv, où la startup d’assurance automobile prévoit d’embaucher une trentaine d’ingénieurs, de Data Scientists et de chefs de produits, s’ajoute au pôle R&D qu’elle exploite en Inde et à sa présence aux États-Unis, portant son effectif à environ 90 personnes. La startup a récemment fait appel à Guy Shaviv, un ancien chercheur de la NASA qui a dirigé des centres de R&D israéliens, pour diriger l’équipe d’ingénierie à Tel Aviv.

« À Tel-Aviv, nous en sommes à un tiers ou à la moitié du processus d’embauche », a confié Matus. « L’année prochaine, nous allons probablement doubler nos effectifs et aux États-Unis, nous allons passer de 15 à environ 30 employés.

Les travailleurs de la high-tech protestent contre la refonte judiciaire du gouvernement « le temps presse pour la high-tech israélienne », à Tel Aviv, le 23 mars 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ancien cadre mobile d’Android et de Facebook, qui se dit sioniste, affirme que revenir en Israël pour de bon n’est pas une option, en raison de ses relations familiales et des distances géographiques.

« J’ai une femme et un enfant qui sont américains. Nous avons donc décidé de vivre en Europe et avons choisi le Portugal, qui se trouve à mi-chemin entre les grands-parents à Tel-Aviv et ceux à New York », explique-t-il.

Matus se rend désormais régulièrement en Israël pour interviewer et embaucher personnellement des ingénieurs pour la plate-forme de Tel-Aviv.

« Pendant les entretiens, j’ai remarqué un nombre alarmant de conversations où dès que je mentionnais que je vivais au Portugal, cela devenait le centre de la discussion », a raconté Matus. Certaines des questions qui reviennent sont les suivantes : « Quelle est la politique de relocalisation ? Prévoyez-vous de construire un bureau au Portugal ? Si je vous rejoins maintenant et que, dans six mois, je déménage en Grèce, pourrai-je garder mon emploi ? »

Bien qu’initialement surpris par ces questions, Matus dit avoir beaucoup d’empathie pour les personnes qui les posent.

« Je partage leur sentiment d’inquiétude et de préoccupation quant à la nature démocratique d’Israël », a-t-il déclaré. « Je suis optimiste et j’espère qu’une solution élégante pour sortir de cette situation sera trouvée. »

Les employés du secteur hi-tech manifestent contre les réformes du système de la justice à Tel Aviv, le 7 février 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Mais si, d’ici une semaine ou deux, un désastre constitutionnel se produit, il y aura de plus en plus de gens qui chercheront des opportunités de travailler avec des multinationales pour obtenir des packages de relocalisation, ce qui aggravera encore la situation et nuira à l’économie israélienne à un moment où elle est déjà si fragile », a mis en garde Matus.

Avec cela, des cadres supérieurs israéliens du secteur tech seraient en pourparlers avec des pays européens, dont la Grèce, Chypre et le Portugal, en vue d’une délocalisation. Des ministres et diplomates grecs, ainsi que d’autres hauts fonctionnaires, se seraient récemment réunis à plusieurs reprises avec des entrepreneurs israéliens pour tenter de les convaincre de s’installer ailleurs.

Au cours de ces réunions, de généreuses offres de relocalisation ont été présentées aux dirigeants israéliens, notamment des allègements fiscaux, une accélération de l’obtention de la citoyenneté et la construction de quartiers spéciaux dotés d’écoles et de bureaux pour eux et leurs familles.

« Les conditions au Portugal pour les Israéliens sont très attrayantes, notamment le processus d’immigration, une politique fiscale avantageuse et un coût de la vie nettement moins élevé », a déclaré Matus.

Matus s’est récemment rendu à Tel-Aviv pour participer à des manifestations contre la refonte judiciaire israélienne. Selon lui, les manifestations qui ont lieu cette semaine et ce week-end sont « cruciales » dans le processus de la législation proposée, qui, on le craint, pourrait transformer la démocratie israélienne en dictature.

La coalition a déclaré qu’elle souhaitait faire passer toutes ses réformes radicales avant les vacances parlementaires de la Knesset pour Pessah, dans un peu plus de deux semaines.

Matus dit qu’il ressent également une grande inquiétude et un sentiment d’urgence lorsqu’il parle à ses pairs du secteur tech, tant en Israël qu’à l’étranger, parce que la communauté de la technologie est déjà dans une situation de financement très difficile.

« Les grandes entreprises technologiques se serrent la ceinture, les valorisations baissent et la récente explosion de la Silicon Valley Bank a eu des répercussions sur l’ensemble du système de financement des jeunes entreprises », explique Matus. « Tous ces facteurs ont déjà fragilisé l’environnement des startups en Israël et, en plus de cela, les investisseurs des sociétés de capital-risque refusent d’investir leur argent dans des régions où le statut de la protection juridique de la propriété intellectuelle et de la propriété ou des droits civils risque d’être remis en question. »

« Il y a une crainte qu’Israël devienne un État paria, un pays isolé avec lequel les gens ne voudront plus faire d’affaires. J’espère vraiment que ce ne sera pas le cas. Mais cela fait partie des discussions qui ont lieu en ce moment. »

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