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Manifestations en Iran: que s’est-il passé lors du « vendredi sanglant » à Zahédan ?

Selon Iran Human Rights, les manifestations ont été déclenchées par des accusations selon lesquelles un chef de police de Chabahar aurait violé une adolescente baloutche de 15 ans

Capture d'écran d'une vidéo d'émeutes à Zahedan, dans la province du sud-est du Sistan-Baloutchistan, en Iran, le 30 septembre 2022. (Crédit : Twitter. Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Capture d'écran d'une vidéo d'émeutes à Zahedan, dans la province du sud-est du Sistan-Baloutchistan, en Iran, le 30 septembre 2022. (Crédit : Twitter. Utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Les forces de sécurité iraniennes ont tiré sur des manifestants et tué des dizaines de personnes la semaine dernière à Zahédan, ville de la province du Sistan-Baloutchistan dans le sud-est de l’Iran, au moment où l’Iran est secoué par une importante vague de protestation, accusent plusieurs ONG.

Les médias proches du pouvoir iranien ont pour leur part décrit les affrontements de Zahédan, ayant commencé le 30 septembre après la prière du vendredi, comme un « incident terroriste » dirigé contre un poste de police et ayant conduit à la mort de cinq membres des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

Mais au cours du « vendredi sanglant de Zahédan », les forces de sécurité ont « réprimé dans le sang » une manifestation qui avait éclaté après la fin de la prière, affirment plusieurs ONG, selon qui  les images de blessés par balle gisant dans la rue à même le sol après des heurts avec les forces de sécurité sont révélatrices de la politique de discrimination et de répression de Téhéran dans cette région.

Où les heurts ont-ils eu lieu ?

Les affrontements ont eu lieu à Zahédan, capitale de la province du Sistan-Baloutchistan située à proximité de la frontière avec l’Afghanistan et le Pakistan. Le Sistan-Baloutchistan est l’une des régions les plus pauvres d’Iran et abrite la minorité baloutche, qui adhère majoritairement à l’islam sunnite et non au chiisme dominant en Iran.

Or militants et ONG  déplorent de longue date que la région est victime de discrimination de la part du pouvoir religieux chiite au pouvoir, avec un nombre disproportionné de Baloutches tués dans des heurts avec les forces de l’ordre chaque année ou condamnés et exécutés, au moment où les pendaisons se multiplient dans la République islamique.

L’organisation Amnesty International estime qu’en 2021, au moins 19 % de tous les condamnés à mort étaient membres de la « minorité ethnique baloutche, qui représente 5 % de la population iranienne dans son ensemble ».

Quelle est l’origine des manifestations ?

Ces affrontements ont éclaté dans un contexte tendu. L’Iran est secoué depuis plus de deux semaines par une vague de manifestations dans tout le pays après la mort de Mahsa Amini, une Iranienne kurde de 22 ans, décédée trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique, qui oblige notamment les femmes à porter le voile dans l’espace public.

Selon l’ONG  Iran Human Rights, les manifestations de Zahédan ont été déclenchées par des accusations selon lesquelles un chef de police de la ville portuaire de Chabahar, également située dans la province du Sistan-Baloutchistan, aurait violé une adolescente baloutche de 15 ans.

L’accusation avait été rendue publique en septembre par le responsable de la prière du vendredi dans la ville de Rask, au sud de Zahédan, provoquant des protestations qui se sont ensuite propagées à la principale ville de la région.

Quel a été le déroulé des événements ?

Une manifestation a été planifiée à Zahédan le 30 septembre, après la prière du vendredi, a relaté à l’AFP Abdollah Aref, directeur de l’ONG Baluch Activists Campaign (BAC).

Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le poste de police pour protester contre le viol présumé de la jeune fille et ont scandé des slogans hostiles au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

Certains manifestants ont jeté des pierres et les forces de sécurité ont répliqué en ouvrant le feu, a raconté M. Aref, précisant que « de nombreuses personnes ont été tuées par des snipers, y compris des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les manifestations ».

Les manifestations se sont ensuite propagées à travers la ville, ciblant d’autres postes de police.

Combien de personnes ont-elles été tuées

Au moins 82 personnes, dont des enfants, ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors de ces manifestations à Zahédan, a affirmé jeudi Amnesty International, précisant que seize autres personnes avaient été tuées dans des incidents séparés.

Le BAC a affirmé pour sa part sur la messagerie Telegram avoir eu confirmation que 88  personnes étaient décédées.

Selon l’ONG, le nombre de morts s’est aggravé en raison d’une pénurie de sang, de bandages et autres fournitures médicales, ce qui signifie que beaucoup de blessés sont morts de leurs blessures et que le bilan pourrait encore s’alourdir.

« Beaucoup de gens ne sont pas allés à l’hôpital de peur d’y être arrêtés par des fonctionnaires. Ils ont préféré se soigner à domicile mais ont ensuite perdu beaucoup de sang », a souligné M. Aref.

Quelle est la situation désormais ?

Selon M. Aref, la situation à Zahédan est désormais revenue au calme, bien que de nouvelles manifestations soient possibles après la prière de ce vendredi.

De nombreuses personnes ont toutefois été arrêtées lors d’opérations de répression visant les individus ayant pris part aux manifestations, a ajouté M. Aref, tout en précisant que le nombre exact de ces arrestations n’est pas encore tiré au clair.

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