Matan Kahana veut réformer la casheroute ; tollé chez les ‘haredim
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Matan Kahana veut réformer la casheroute ; tollé chez les ‘haredim

Le ministre des Affaires religieuses prévoit la création d'agences privées, supervisées par le Grand Rabbinat et chargées de fournir des certifications aux entreprises localement

Des représentants ultra-orthodoxes du Grand Rabbinat traversent la rue Jaffa à Jérusalem alors qu'ils remettent un certificat de cacherout à un restaurant local, le 31 décembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des représentants ultra-orthodoxes du Grand Rabbinat traversent la rue Jaffa à Jérusalem alors qu'ils remettent un certificat de cacherout à un restaurant local, le 31 décembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana a dévoilé mardi un plan visant à remanier le secteur de la certification de la casheroute en Israël, suscitant le mécontentement du grand rabbinat et des législateurs ultra-orthodoxes.

« Le système de casheroute de l’État d’Israël doit être considérablement rationalisé », a déclaré Kahana dans une vidéo annonçant les réformes proposées. « La révolution que je mène renforcera le Grand Rabbinat et créera une concurrence qui améliorera la casheroute et engendrera une baisse du prix de la certification casher pour les entreprises. »

Le plan publié par Kahana prévoit la création d’une série d’agences privées de certification de la casheroute qui seront tenues de respecter les normes religieuses établies par le Grand Rabbinat.

Les agences privées seront autorisées à délivrer des certifications indiquant qu’elles sont « sous la supervision du Rabbinat ». Chaque agence devra être dirigée par un rabbin certifié par le rabbinat de sa ville. Les agences – qui devront également démontrer leur viabilité financière – rendront publiques les standards religieux qu’elles garantissent dans leur certification.

Le plan proposé prévoit également la création d’un organe de supervision global du grand rabbinat, chargé de contrôler les agences privées et de s’assurer qu’elles respectent les critères qu’elles ont promis de respecter.

Selon le plan, cependant, si une agence veut délivrer un certificat avec un niveau de casheroute inférieur à celui du Grand Rabbinat, elle peut le faire avec l’approbation de trois rabbins agréés par le rabbinat de la ville, et délivrer une certification différente – y compris une certification qui peut être délivrée aux restaurants ouverts le Shabbat.

« Le système actuel de la casheroute est miné par des problèmes de qualité, des normes inégales, de mauvaises conditions d’emploi pour les superviseurs, une supervision problématique et des niveaux de compétence variables », a déclaré Kahana.

Le ministre a fait référence à une tragédie survenue il y a plusieurs mois, au cours de laquelle une jeune femme de 23 ans souffrant de graves symptômes d’allergies aux produits laitiers est décédé après avoir commandé un dessert dans un restaurant de viande casher à Rosh Pina, qui aurait acheté par erreur de la crème fouettée à base de produits laitiers après en avoir été à court.

Newly appointed Minister of Religious Affairs Matan Kahana with outgoing Minister Yaakov Avitan (unseen), at a ceremony for replacing of minister, held at the Ministry for Religious Affairs in Jerusalem on June 14, 2021. Photo by Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption *** טקס החלפת שרים
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« Les citoyens d’Israël méritent une meilleure casheroute », a ajouté Kahana, affirmant que son plan permettra aux entreprises de choisir entre des agences de certification de casheroute concurrentes, ce qui entraînera une baisse des prix, et « sera une excellente nouvelle pour la communauté des gardiens de la casheroute. »

Le Grand Rabbinat résiste depuis (très) longtemps à toute réforme de son monopole sur la certification de casheroute en Israël, et a cherché à étouffer les agences privées concurrentes.

En 2018, l’organisation religieuse-sioniste Tzohar a lancé sa propre agence privée de certification de casheroute, quelques mois après qu’un arrêt de la Cour suprême a ouvert la voie à la concurrence dans le domaine de la casheroute. Cet arrêt autorisait les agences de certification de casheroute à délivrer des certifications à des entreprises privées, à condition que les certificats n’utilisent pas le mot « Casher ». Au cours des trois dernières années, de plus en plus de restaurants ont adopté les services de l’agence privée, portant des certificats avec le mot « Tzohar », mais pas « Casher ».

Le Grand rabbinat lui-même a publié une déclaration rejetant le nouveau plan de Kahana, le qualifiant « d’initiative dangereuse visant à détruire la casheroute en Israël. » Selon le rabbinat, la proposition « signe la fin de la casheroute dans l’État et la création d’un ‘bazar’ de groupes aux motivations impures qui commenceront à délivrer des certifications. »

Le rabbin Rafi Feuerstein (2L), le rabbin Dr. Moshe Be’eri (C) et Shai Berman, PDG de l’Israël Restaurant Association (L) lors d’une conférence de presse sur l’établissement d’une nouvelle autorité Tzohar Kashrut à Tel Aviv, le 26 février 2018. (Flash90)

Plusieurs législateurs ‘haredi ont également réagi avec colère à la proposition de Kahana.

Le chef de Yahadout HaTorah, le député Moshe Gafni, a déclaré au radiodiffuseur public Kan que la proposition « éliminerait la casheroute en Israël ». Gafni a déclaré que si le ministère des Affaires religieuses « voulait rationaliser le système, il aurait dû le faire en collaboration avec le Conseil rabbinique ».

Gafni a déclaré qu’il pensait que la casheroute en Israël devait être gérée au niveau national : « Je ne pense pas que quiconque se fiera à ce nouveau système ».

Le chef de Shas, le député Aryeh Deri, a critiqué la proposition comme source de « destruction et de corruption ».

« Il ne fait aucun doute que l’objectif principal est de reconnaître les agences réformées de certification de casheroute », a affirmé Deri sur les ondes de la radio de l’armée. « Il n’y a aucune considération économique dans ce processus, seulement de la destruction et de la corruption ».

Il a ajouté que le plan vise à « écraser l’identité juive de l’État ».

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