Matisyahu « expulsé » même si l’Espagne est plus sympathique avec les Juifs
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Matisyahu « expulsé » même si l’Espagne est plus sympathique avec les Juifs

La campagne du BDS au festival musical de Valence jette un froid sur une loi historique de citoyenneté

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Le rappeur juif américain Matisyahu (Larry Busacca/Getty via JTA)
Le rappeur juif américain Matisyahu (Larry Busacca/Getty via JTA)

Le gouvernement espagnol a passé une loi qui a fait les gros titres le 11 juin dernier accordant la citoyenneté espagnole aux descendants de Juifs sépharades.

L’effort de haut niveau, célébré comme une mesure historique « corrigeant » des péchés d’il y a 500 ans, doit être mis en place en octobre et doit potentiellement attirer 90 000 applications.

Mais la loi apparaît en contraste évident avec un développement de l’antisémitisme dans le pays où des actions anti-Israël rencontrent un terrain fertile, comme cela a été vu cette semaine avec la campagne du mouvement pour faire annuler le spectacle du 22 août de Matisyahu, rappeur reggae juif né au Etats-Unis.

Le festival Rototom Sunsplash dans l’est de l’Espagne, qui a déclaré qu’il annulait le spectacle de Matisyahu après que l’antenne de Valence du mouvement BDS l’ait décrit comme un « amoureux d’Israël » et ait demandé aux organisateurs d’exiger qu’il clarifie ses positions politiques, n’est que la dernière cible en date du mouvement BDS de déligitimisation, une campagne diffuse dont le but déclaré des fondateurs tend à l’élimination finale de l’Etat d’Israël.

Selon les chiffres de l’Anti-Diffmation League de 2015, environ 29 % des Espagnols éprouvent des sentiments antisémites et 59 % pensent que les Juifs espagnols sont plus loyaux à Israël qu’à l’Espagne.

Les conséquences de la guerre de 2014 entre Israël et le Hamas ont conduit à une forte augmentation du nombre d’activistes menant des actions anti-Israël et antisémites, selon un rapport de l’Université de Tel Aviv de 2014 sur l’antisémitisme international.

« Le niveau d’antisémitisme en Espagne est parmi les plus hauts d’Europe, comprenant non seulement le nouvel antisémitisme et l’anti-sionisme, mais aussi un antisémitisme classique et traditionnel », stipulait le rapport de Tel Aviv.

Compenser l’expulsion

La nouvelle loi de citoyenneté passée en juin a été initiée comme un effort pour compenser l’Expulsion espagnole de 1492, et changer formellement l’atmosphère tendue.

Selon le président de la communauté juive de Madrid, David Hatchwell, les principales communautés juives ont été réétablies à Madrid et Barcelone il y a environ un siècle. Les communautés ont commencé à fleurir dans les années 1960, mais sont restées en faible nombre, a-t-il déclaré.

Un tournant est survenu lorsque le roi Juan Carlos a commémoré le 500e anniversaire de l’expulsion avec une visite à la synagogue Beth Yaacov de Madrid. L’année suivante, le roi a visité Israël où il s’est exprimé à la Knesset.

Cette nouvelle loi constitue une étape de plus qui vise à « corriger une erreur historique », a déclaré le ministre espagnol de la Justice Rafael Catala.

Son application demande une connaissance de base de l’espagnol, beaucoup de bureaucratie et de documents, et un voyage en Espagne pour faire serment d’allégeance.

« Pour nous, c’est une très belle loi et un beau symbole », a déclaré Hatchwell au Times of Israel dans une récente conversation téléphonique. Il a déclaré que c’était un geste fort qui proclame officiellement l’importance publique des Juifs.

La force en nombre est aussi un élément qui ne peut pas être négligé.

« En tant que Juifs espagnols, nous avons l’impression que si nous passons d’une communauté en Espagne de 40 000 Juifs pour finir par être 150 000, même si nous ne vivons pas tous ici, cela ne peut être qu’une bonne chose », a-t-il dit en notant que l’Espagne autorise le vote par procuration.

« Cela signifie que plus de Juifs seront capables d’exprimer leurs votes en Espagne. Et, en fin de compte, si on peut voter, les gens vous écoutent », a déclaré Hatchwell.

Le poids politique peut déjà porter ses fruits. Lors d’une visite récente à Jérusalem, Catala a déclaré qu’il s’oppose fermement au boycott d’Israël.

Comme on l’a vu à une conférence de juin, l’ancien Premier ministre Jose Maria Aznar a condamné à plusieurs reprises le mouvement en déclarant que le « BDS ne veut pas seulement changer la politique du gouvernement, mais il veut aussi vider les pays des Juifs ».

Une capitulation « lâche »

L’opposition des politiciens espagnols ne contient pourtant pas la prolifération des campagnes de base de boycott anti-Israël dans le pays.

L’annulation du spectacle du 22 août de Matisyahu est le fruit d’un effort à long terme de la part des activistes du BDS impliqués.

Attirant le soutien de célébrités et de politiques, la campagne a commencé comme un « dialogue » sur l’été avec le chef du festival Filippo Giunta.

Les échanges initiaux, comme celui du 9 août entre les activistes et Giunta, ont montré la réticence du directeur à retirer l’invitation de l’artiste juif, qualifiant la campagne du BDS de « raciste » pour cibler un artiste juif dont le travail est dénué de [connotation] politique.

Alors que la correspondance a continué, les activistes ont exigé que Matisyahu soutienne le plan en trois étapes du mouvement BDS qui pousse Israël à « mettre un terme à son occupation et à la colonisation des terres arabes occupées en juin 1967 et démonter sa barrière de sécurité », « reconnaître les droits fondamentaux des citoyens arabes palestiniens à une égalité totale », et au « respect, à la protection et la promotion des droits des réfugiés palestiniens à revenir dans le foyers et leurs propriétés comme le stipule la résolution 194 des Nations Unies ».

Au final, Giunta a cédé et a demandé à Matisyahu une déclaration, en vidéo ou même sur Twitter, dans laquelle le chanteur « clarifirait » ses positions sur le sionisme et l’Etat juif.

Selon le site internet du BDS espagnol, le rappeur a répondu en disant : « Ma chanson la plus célèbre, intitulée ‘Un jour’, est connue dans le monde comme un cri pour la paix et la compréhension humaine », et a dit que sa deuxième œuvre la plus connue, « Sunshine », a été écrite pour son fils.

Il a déclaré qu’avec sa fameuse chanson « Jérusalem » il avait eu de nombreuses expériences intereligieuses avec les musulmans, même les Palestiniens, chantant tous en se tenant la main avec les Israéliens.

Le chanteur a déclaré à Giunta qu’il est internationalement considéré comme un « messager de la paix et de la compassion humaine ».

Après avoir annulé son spectacle du 22 août, le directeur Giunta a publié une déclaration expliquant que cela avait été fait par « sensibilité concernant la Palestine, son peuple et l’occupation de leurs territoires par Israël ».

Avec la presse internationale, les média espagnols ont largement dénoncé la décision du festival.

Dans un éditorial du 18 août, El Pais a écrit que l’annulation « est un acte très sérieux de discrimination politique et religieuse contre lequel les autorités politiques espagnoles ne peuvent pas rester sans réagir ». Le journal a cité la constitution du pays qui interdit la discrimination religieuse, et le passé honteux du pays.

La Fédération espagnole des Communautés juives a condamné la décision du festival comme étant « lâche ».

Par ailleurs, le site de média juifs Israellycool a été étonné par la participation de la star jamaïcaine de raggae Capelton au festival de Valence. Les paroles de Rastafarian incluent des sentiments anti-gay.

“Shoulda know seh Capleton bun battyman [burn gays]/ Dem same fire apply to di lesbian/ All boogaman [gays] and sodomites fi get killed” (from his hit, “More Prophet”).

En pleine tournée européenne intensive, Matisyahu n’a pas encore réagi au scandale dans un entretien avec la presse. Il a publié une déclaration sur Facebook lundi soir dans laquelle il disait qu’il soutenait la paix et la compassion pour tout peuple.

« Le festival a insisté pour que je clarifie mes opinions ce qui m’a semblé comme une pression claire pour être d’accord avec le programme politique du BDS. Honnêtement, c’est consternant et vexant, qu’en tant que seul artiste notoirement juif américain programmé pour le festival, ils essayaient de me forcer à faire des déclarations politiques… Peu importe la race, la croyance, le pays, le contexte culturel et tout cela, mon but est de jouer de la musique pour les gens. En tant que musicien, c’est ce que nous cherchons ».

Mercredi, l’artiste juif doit jouer en Allemagne où des Juifs ou des descendants de Juifs persécutés sous les nazis peuvent également demander la citoyenneté. Le pays se positionne légèrement en dessous de l’Espagne dans le classement international ADL, et « seulement » 27 % des Allemands sont antisémites, c’est de bon augure pour Matisyahu.

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