Menendez : Je voterai contre l’accord iranien
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Menendez : Je voterai contre l’accord iranien

Après son compatriote, le sénateur démocrate Schumer, le député du New Jersey infirme les allégations d’Obama et avertit des faiblesses de l’accord

Sénateur Robert Menendez (D-NJ) (CC BY-Glyn Lowe Photoworks, flickr)
Sénateur Robert Menendez (D-NJ) (CC BY-Glyn Lowe Photoworks, flickr)

WASHINGTON – Le sénateur Robert Menendez est le deuxième démocrate du Sénat à avoir annoncé son intention de voter contre l’accord iranien en septembre au Congrès.

Le sénateur a souligné lors de son annonce qu’il votera à la fois contre l’accord mais aussi contre un probable veto présidentiel. Dans un long discours à Seton Hall University du New Jersey où il a défendu sa position, Menendez a désavoué les critiques de l’administration en présentant son plan de renégociation de l’accord.

« Je voterai contre l’accord et, si besoin, je voterai pour neutraliser un veto », a-t-il annoncé.

Menendez, ancien président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, était le démocrate le plus sceptique au cours des négociations nucléaires avec l’Iran. Il imite son compatriote, le sénateur démocrate Chuck Schumer, en déclarant son intention de s’opposer à l’accord.

Sur les 46 membres du caucus démocrate, 21 ont annoncé qu’ils soutiendront l’accord, même si un certain nombre ont exprimé des réserves sur ses aspects. Ses détracteurs, y compris l’ensemble du caucus républicain au Sénat, doivent se rallier une douzaine de démocrates de plus pour outrepasser un veto présidentiel.

Dans son discours, Menendez s’est défendu des critiques de la Maison Blanche à son encontre, soulignant qu’il n’est nullement motivé par une quelconque animosité envers le président ou ses politiques.

Le sénateur a rappelé son soutien record à l’administration. « J’ai soutenu le président Obama 98 % du temps en 2013 et 2014 et ma chère défunte mère aurait bien aimé que je l’écoute 98 % du temps, » a-t-il plaisanté.

Les États-Unis, dit-il, devraient également fournir à Israël « les moyens nécessaires pour contrer seul la menace nucléaire iranienne » – en proposant un effet dissuasif.

Menendez a également rejeté les insinuations du président selon lesquelles ceux qui s’opposent l’accord sont les mêmes voix qui ont exhorté les Etats-Unis à lancer l’invasion de l’Irak en 2003, désormais impopulaire.

« Contrairement aux allégations du président Obama sur ceux qui ont soulevé de sérieuses questions au sujet de l’accord, ou qui s’y sont opposés, je n’ai pas voté pour la guerre en Irak, je m’y suis opposé, contrairement au vice-président et au secrétaire d’Etat, qui l’ont tous deux soutenue », a protesté Menendez.

« Mon vote contre la guerre en Irak était impopulaire à l’époque, mais il fut l’une des meilleures décisions que j’ai jamais prises. »

« Je décide de m’opposer à une question, ou de la soutenir, suivant notre intérêt national, » a-t-il poursuivi, ajoutant que la sécurité et le bien-être d’Israël était une deuxième considération.

Menendez regrette que l’accord ait bifurqué de façon significative de l’objectif déclaré d’origine des négociations avec l’Iran. « Il devait démanteler toutes les parties – ou les plus importantes – de l’infrastructure illicite iranienne pour veiller à ce que l’Iran ne se dote jamais de capacité d’armement nucléaire, » a-t-il rappelé aux membres de l’auditoire.

« Nous avons pensé que l’accord serait donnant-donnant : vous mettez fin à votre infrastructure et nous mettons fin à nos sanctions. »

Les dispositions actuelles, a-t-il dit, sont « aux antipodes » de l’objectif initial – offrir aux Etats-Unis une « sonnette d’alarme s’ils [les Iraniens] décidaient de violer leurs engagements et un système pour inspecter et vérifier leur respect [de l’accord] ». Menendez a ensuite énuméré les demandes passées des Etats-Unis, y compris le démantèlement du site d’Arak et la fermeture de l’installation souterraine de Fordo.

« Ce que nous ne pouvons nier est que nous avons abandonné notre politique de longue date visant à empêcher la prolifération nucléaire, » a affirmé Menendez, soulignant que la nouvelle politique, de retenue, « nous laisse avec un ordre mondial moins sûr ».

Démentant les affirmations de l’administration selon lesquelles les adversaires de l’accord n’offrent aucune alternative viable, Menendez suggère que le Congrès désapprouve la version finale du Plan conjoint d’action global (JCPOA) « sans toutefois rejeter l’intégralité de l’accord ».

Au lieu de cela, dit-il, le Congrès devrait autoriser la poursuite des négociations dans le cadre plus limité de l’accord intérimaire. Il promet qu’il inciterait l’Iran à poursuivre les négociations en lui offrant une douceur – un versement unique de fonds comme preuve de volonté de poursuite des négociations.

Il a énuméré une série de questions sur lesquelles les États-Unis devraient renégocier, y compris : la ratification iranienne immédiate du protocole additionnel plus strict ; une interdiction de la recherche et le développement des centrifugeuses pour la durée de l’accord ; la fermeture de l’usine d’enrichissement de Fordo ; la divulgation complète des dimensions militaires précédentes du programme nucléaire avant l’allègement total des sanctions ; une délimitation claire des pénalités imposées par le P5 + 1 pour modérer les violations de l’accord ; et une extension de la durée de l’accord de 20 ans au lieu de 10 ans.

Il a rejeté les allégations selon lesquelles si le Congrès ne parvenait pas à approuver l’accord et réimposait des sanctions, son alliance avec les autres Etats du P5 + 1 s’étiolerait et le dollar lui-même pourrait s’effondrer en raison d’une perte de crédibilité.

Les autres nations, a suggéré Menendez, « se soucieront plus de leur capacité à faire des affaires avec une économie américaine de 170 milliers de milliards de dollars plutôt qu’avec une économie iranienne de 415 milliards de dollars. »

Selon Menendez, l’examen par le Congrès de traités dans le passé n’a pas endommagé la crédibilité américaine. Il note que, dans son histoire, le Congrès a rejeté plus de 200 traités et accords internationaux, y compris plus de 80 multilatéraux, ou demandé de ratifier leurs versions.

Le sénateur regrette également qu’aucun responsable de l’administration n’a offert de réponse quant à savoir si les termes de l’accord actuel permettaient au Congrès de réinstaurer la Loi sur les sanctions contre l’Iran. Cette loi, qui selon Menendez contient le mécanisme de réimposition des sanctions, expire en 2016.

Il a affirmé devant son auditoire qu’il correspondait avec l’ambassadeur iranien à l’ONU, qui l’a informé que l’Iran voit la ré-instauration de cette Loi comme une violation claire des termes du JCPOA – laissant la question ouverte sur la façon dont les États-Unis pourraient « réimposer » des sanctions suite à des violations iraniennes après-2016.

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