Merkel : les réfugiés entrant en Allemagne doivent rejeter l’antisémitisme
Rechercher

Merkel : les réfugiés entrant en Allemagne doivent rejeter l’antisémitisme

La chancelière est récompensée du prix du mouvement réformé en tant que "garante des valeurs démocratiques et de la liberté de religion

Angela Merkel au Bundestag, le 26 novembre 2014. (Crédit : Clemens Bilan/AFP)
Angela Merkel au Bundestag, le 26 novembre 2014. (Crédit : Clemens Bilan/AFP)

BERLIN – Les réfugiés en Allemagne doivent perdre l’antisémitisme inculqué dans leurs pays d’origine, a déclaré la chancelière Angela Merkel en acceptant la plus haute récompense du mouvement de réforme allemand.

Le 2 décembre, Merkel a reçu le prix Abraham Geiger, d’une valeur de plus de 10 000 dollars pour son engagement en tant que « garante des valeurs démocratiques de base et de la liberté de religion », selon le jury du prix.

La chancelière allemande donne les fonds au programme « Prespectives de Dialogue » d’Ernst Ludwig Ehrlich Studienwerk, une fondation pour les étudiants juifs talentueux.

A la cérémonie de mercredi au musée juif de Berlin, Merkel, âgée de 61, a déclaré qu’elle partageait les préoccupations et inquiétudes humanitaires de la communauté juive, souhaitant aider les réfugiés à fuir l’EI, mais voulant aussi protéger la démocratie dans le pays.

Environ 800 000 réfugiés, la plupart d’entre eux étant des musulmans, auront cherché l’asile en Allemagne à la fin de l’année.

Afin d’être intégrés, les demandeurs d’asile « doivent respecter notre culture et apprendre notre langue », a déclaré Merkel. Ils doivent aussi respecter les lois qui accordent des droits égaux aux femmes et aux gays, et qui rejettent l’antisémitisme, a-t-elle insisté.

Admettant qu’il peut y avoir des divergences sur comment parvenir au mieux à cette intégration, Merkel a déclaré à ses invités : « Si vous exprimez des préoccupations sur l’antisémitisme, je serais toujours prête à vous écouter ».

Josef Schuster, chef de Conseil Central des Juifs d’Allemagne, a remercié Merkel pour son « oreille ouverte aux préoccupations de la population juive, qui a peur du possible antisémitisme de la part de la population de réfugiés ».

Capture d’écran Josef Schuster (Crédit : tvtouring.de)
Capture d’écran Josef Schuster (Crédit : tvtouring.de)

Schuster a souligné que les Juifs en Allemagne avaient une empathie particulière pour les réfugiés, ayant accepté et intégré plus de 140 000 juifs de l’ancienne union soviétique au cours des 25 dernières années.

José Canova était l’intervenant principal de l’événement, un universitaire réputé en sociologie de la religion. D’autres intervenants étaient présents comme le directeur du musée juif Peter Schaefer et Josef Joffe, rédacteur en chef de l’hebdomadaire allemand Die Zeit.

Le rabbin Walter Jacob de Pittsburgh, le cofondateur du séminaire Abraham Geiger à Potsdam, et le recteur du sémiaire, rabbi Walter Homolka.

Trois étudiants soutenus par Ernst Ludwig Ehrlich Studienwerk ont également parlé brièvement avec Merkel, en la remerçiant pour son soutien à Israël et à la vie juive en Allemagne.

Nous voulons aider à former le futur de l’Allemagne, a déclaré Olga Osadtschy, qui a quitté Kiev pour l’Allemagne et étudie maintenant à Basel, en Suisse.

Les étudiants et les diplomés de la chorale de l’Institut juif de l’Art du Chant de l’Université Abraham Geiger ont chanté pour la chancellière, qui a personnellement serré leurs mains, a déclaré une Svetlana Kundish d’Ukraïne radieuse.

L’Université Geiger a été fondée en 1999 et forme des rabbins depuis 2002. Elle a établi le prix en 2000, et a ouvert son programme de chant sept ans plus tard.

La chancelière allemande Angela Merkel a été désignée mercredi personnalité de l’année 2015 par le magazine américain Time, qui a salué sa capacité à « faire face » aux défis qui se sont présentés à l’Europe tout au long de l’année.

La directrice de publication de Time, Nancy Gibbs, a évoqué la réaction d’Angela Merkel face à la crise grecque, à celle des migrants et sa réponse face à la menace du groupe Etat islamique, dans un communiqué publié mercredi.

« Vous pouvez être d’accord ou pas avec elle, mais elle ne choisit pas le chemin le plus facile », a estimé Nancy Gibbs, pour laquelle « les leaders sont mis à l’épreuve seulement lorsque les peuples ne veulent pas les suivre ».

« Parce qu’elle a demandé davantage à son pays que la plupart des politiciens auraient osé, parce qu’elle a tenu bon face à la tyrannie et à l’opportunisme et parce qu’elle a amené un leadership moral ferme dans un monde où il se fait rare, Angela Merkel est la personnalité de l’année de Time ».

La chancelière allemande a devancé, dans l’ordre, le chef du groupe jihadiste Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, le candidat américain à la primaire républicaine Donald Trump, le mouvement américain pour les droits des Noirs Black Lives Matter et le président iranien Hassan Rouhani.

Interrogée sur la chaîne NBC, Nancy Gibbs a assuré que Time n’avait pas écarté d’office Abou Bakr al-Baghdadi du fait de l’impact qu’aurait eu sa désignation.

« Rien n’est impossible. Nous avons désigné de grands méchants par le passé », a expliqué la directrice de publication, rappelant qu’Adolf Hitler avait été nommé personnalité de l’année.

Pour Nancy Gibbs, « 2015 a été une année lors de laquelle il a perdu du terrain ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...