Négociations de paix : le grand écart de Netanyahu
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Analyse

Négociations de paix : le grand écart de Netanyahu

Le Premier ministre dit chercher une "solution diplomatique" tout en dirigeant une coalition de droite ; il a nommé Silvan Shalom - un opposant déterminé à l’Etat palestinien - négociateur en chef

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le nouveau gouvernement d'Israël à la résidence du Président, le 19 mai 2015 (Crédit : Avi Ohayon / GPO)
Le nouveau gouvernement d'Israël à la résidence du Président, le 19 mai 2015 (Crédit : Avi Ohayon / GPO)

Les conseillers de politique étrangère dans les capitales européennes doivent se gratter la tête.

La plupart d’entre eux doutent que le Premier ministre Benjamin Netanyahu pense ce qu’il dit en se déclarant favorable au principe de la création d’un Etat palestinien.

Tandis qu’Israël assure que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne prendra pas de positions qui permettraient un accord, et que le Hamas chercherait à prendre le contrôle de la Cisjordanie si Israël venait à se retirer, nombreuses sont les voix dans le monde à faire porter à Netanyahu la responsabilité de l’impasse actuelle.

Il met en place une coalition de droite et d’ultra-orthodoxes dont la plupart des membres s’opposent à la solution à la solution des deux Etats.

Il envoie pourtant de curieux signaux ces derniers temps.

D’un côté, il exprime publiquement son désir de parvenir à un accord avec les Palestiniens.

« Nous continuerons à promouvoir une solution diplomatique », a déclaré vendredi Netanyahu, à la première rencontre du cabinet de son nouveau gouvernement.

Les lignes directrices de la coalition, a-t-il noté, soulignent clairement que le 34e gouvernement d’Israël « fera avancer le processus diplomatique et s’efforcera d’obtenir un accord de paix avec les Palestiniens et tous nos voisins ».

Un engagement explicite pour un État palestinien était visiblement absent de ces commentaires, mais ils avaient clairement pour objectif de signaler qu’Israël était prêt à s’asseoir à la table des négociations.

Des rapports ayant savamment fuité de conversations privées de Netanyahu au cours des récents jours suggèrent qu’il veut relancer les négociations dans un avenir proche.

D’un autre côté, Netanyahu continue également de faire des déclarations dures et des nominations qui semblent confirmer la suspicion que son nouveau gouvernement n’est pas très enclin à faire les concessions nécessaires pour remplir sa part du marché dans les négociations.

En effet, certaines de ses récentes déclarations, par exemple sur l’avenir de Jérusalem, le placent sur un chemin de collision avec la communauté internationale. « Jérusalem ne sera pas divisée à nouveau », a déclaré lundi Netanyahu, entraînant des réponses palestiniennes amères. « Elle ne redeviendra pas une ville frontière. »

La nomination, lundi, par Netanyahu du ministre de l’Intérieur Silvan Shalom comme responsable des pourparlers de paix avec les Palestiniens constitue un autre point d’interrogation sur les intentions du gouvernement afin d’obtenir la paix. Shalom est un soutien inconditionnel des implantations juives en Cisjordanie et s’est déclaré à plusieurs reprises opposé à la solution à deux États.

« Nous sommes contre un Etat palestinien, il n’y a pas de question là-dessus », a-t-il déclaré aux autres dirigeants du Likud en 2012.

« La nomination de Shalom est une confirmation supplémentaire que le Premier ministre a même abandonné de faire semblant de trouver une solution à deux États », a déclaré lundi le lobby de la paix JStreet.

D’autres considèrent que Shalom, qui a reçu de Netanyahu la tâche de gérer le dialogue stratégique entre les Etats-Unis et Israël, est un pragmatique qui peut s’adapter à sa nouvelle position. Une chose est pourtant claire : il n’est pas Tzipi Livni.

Alors que beaucoup dans la communauté internationale, à commencer par le président américain Barack Obama, mettent en doute l’engagement de Netanyahu envers la solution à deux États, ils considéraient que Livni cherchait réellement à obtenir un accord et furent soulagés lorsqu’elle a reçu la charge des négociations de paix dans le dernier gouvernement.

Shalom, un ancien ministre des Affaires étrangères et des Finances, aura beaucoup plus de difficultés à convaincre tout le monde de son désir de voir les négociations de paix évoluer vers une issue positive.

Le fraîchement nommé négociateur de paix en chef a déclaré mardi qu’il « faut être deux pour danser le tango ». Pourtant, lorsqu’on lui a demandé si Netanyahu était prêt à danser, il a répondu : « Je suis certain que oui. »

Shalom aurait également affirmé plus tôt cette semaine que sa nomination témoigne du désir de Netanyahu pour un autre effort de négociations et enlève toutes substances aux accusations qu’Israël refuserait la paix. Shalom a ensuite déclaré qu’il était « prêt à revoir chaque sujet dans chaque domaine, des questions les plus difficiles des Nations unies aux sujets plus simples concernant le quotidien ».

Ici encore, il manquait pourtant un engagement clair pour un Etat palestinien.

Les experts en politique internationale dans le monde doivent se demander ce que Netanyahu et Shalom vont bien pouvoir faire afin de « promouvoir une solution diplomatique » s’ils ont l’intention d’éviter de prononcer les mots « Etat palestinien », s’ils déclarent clairement qu’une Jérusalem unie restera toujours sous souveraineté israélienne et s’ils assurent qu’Israël continuera à construire partout dans la ville.

Federica Mogherini, la chef de la politique étrangère de l’Union Européenne, a, dès le départ, clairement expliqué qu’elle souhaite un engagement explicite pour l’objectif final d’un Etat palestinien. Le « statu quo n’est pas une option », a-t-elle déclaré lundi, trois jours avant d’arriver dans la région dans une tentative de pousser les Israéliens et les Palestiniens vers la table des négociations.

Les Américains ont, eux aussi, déclaré qu’ils attendent des signes clairs et sans ambiguïté de Jérusalem sur l’engagement envers une solution à deux États.

Même si la route vers des négociations est difficile, Dan Shapiro, l’ambassadeur américain en Israël, a déclaré lundi qu’il « est critique de garder la solution à deux états en vie et viable pour l’avenir ».

Il est clair pour les politiques et les observateurs de toutes les parties qu’une reprise rapide de réelles négociations de paix n’est pas à l’ordre du jour. Ni les Israéliens ni les dirigeants palestiniens ne sont actuellement intéressés à créer des antagonismes dans leur propre camp en parlant avec l’ennemi.

De ce point de vue, les critiques de la nomination de Shalom à la tête de l’équipe de négociation d’Israël peuvent pousser un soupir de soulagement : tant qu’il n’y aura pas de négociations de paix, Silvan Shalom ne pourra pas les saboter.

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