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Opinion

Netanyahu a perdu un vote déterminant : quelle sera la suite pour Israël ?

Le Premier ministre a échoué à imposer une discipline à ses collègues, l'opposition a remporté une victoire improbable - mais les partisans de la réforme ne s'arrêteront pas là

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du vote sur la Commission de sélection judiciaire à la Knesset avec la députée Tally Gotliv qui est assise, à droite, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du vote sur la Commission de sélection judiciaire à la Knesset avec la députée Tally Gotliv qui est assise, à droite, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

A la fin d’une journée incroyablement tendue à la Knesset et après un décompte de bulletins qui a duré deux palpitantes heures, les membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont aidé mercredi à élire la candidate de l’opposition à la commission de sélection des juges, chargée de nommer les magistrats en Israël, et ils se sont opposés à une majorité écrasante à leur propre candidate qui se présentait dans l’espoir de remporter le second siège disponible au sein du panel. Un dénouement complètement insensé – sauf dans le monde bouleversé et excessivement instable de la politique israélienne tel qu’il se présente actuellement.

L’élection de Karine Elharrar, élue sous l’étiquette Yesh Atid, à la commission de sélection judiciaire – une désignation qui s’est jouée de peu – permettra peut-être de temporairement décourager une vague plus dure du mouvement de protestation s’opposant au plan de réforme du système judiciaire dans le pays, et il pourrait bien s’avérer qu’elle empêchera également l’effondrement total des négociations de compromis qui sont actuellement en cours à la résidence du président dans le cadre de ces réformes très controversées. Mais elle pourrait aussi avoir l’effet inverse.

Cette défaite essuyée par la coalition entraînait déjà, mercredi soir, des appels renouvelés de la part d’un grand nombre de ses membres de la ligne dure à abandonner la Commission de sélection judiciaire sous sa forme actuelle et à adopter au plus vite le projet de loi, actuellement en suspens, qui prévoit de bouleverser totalement la manière dont Israël choisit ses magistrats, en offrant le contrôle presque complet du processus à la majorité au pouvoir.

Les chances, déjà minces, de trouver un consensus entre la coalition et l’opposition sur la façon de changer le système de gouvernance en Israël et ce de manière constructive – avec un accord pour ancrer les droits fondamentaux, avec même, peut-être, le cadre nécessaire pour une future constitution – ne sont pas sorties grandies par les événements de la journée. Mais que le vote signale le début de la fin pour le gouvernement le plus à droite de toute l’Histoire d’Israël ou qu’au contraire, il entraîne une nouvelle tentative, de la part de ses membres les plus radicaux, de refaçonner Israël à leur image, seul le temps nous le dira.

En théorie, ce qui s’est passé mercredi aurait dû se passer de manière relativement ordinaire. La commission de sélection judiciaire comprend trois juges à la Cour suprême, deux membres de l’Association du barreau israélien, deux ministres du gouvernement, un membre de la coalition à la Knesset et généralement un député appartenant à l’opposition. Les partis d’opposition étaient entrés dans les négociations placées sous les auspices du président Isaac Herzog, au mois de mars, en prenant pour principe que cette répartition traditionnelle des deux sièges serait conservée et Netanyahu a signalé, ces dernières jours, qu’il était enclin à inclure au sein du panel à la fois un membre de l’opposition et un membre de la coalition.

Dans ce contexte, plusieurs parlementaires de la coalition avaient toutefois présenté leur candidature au sein de la Commission aux côtés de Yitzhak Kreuzer, élu sous l’étiquette du parti Otzma Yehudit d’extrême-droite – la place au sein du panel avait été promise à la formation dans le cadre de l’accord de coalition conclu avec le Likud de Netanyahu. Et les pressions s’étaient renforcées, à droite, sur le Premier ministre, le sommant d’apporter son soutien à deux candidats de la coalition et de laisser l’opposition à la porte de la Commission.

Les élections à l’Association du barreau israélien doivent avoir lieu la semaine prochaine. Le ministre de la Justice, Yariv Levin, et d’autres, sur la ligne de front du projet de réforme judiciaire, espèrent que ce scrutin entraînera l’élection de deux membres à la Commission présentant le même état d’esprit, donnant finalement aux « réformateurs » le contrôle du panel sous sa forme actuelle et éloignant le spectre d’une loi de restructuration .

Inquiet à l’idée de défier ses alliés de la ligne dure mais également préoccupé à l’idée d’enflammer une nouvelle fois les rues israéliennes de manière plus féroce encore, de précipiter l’échec des pourparlers en cours à la résidence du président et d’éloigner encore toute perspective d’invitation à la Maison Blanche, Netanyahu a fait ce qu’il fait souvent – il a tenté de repousser le moment de vérité. Quand sa propre députée du Likud, Tally Gotliv, a refusé de suivre ses directives et de se retirer de la course comme l’avaient fait les autres candidats, il a demandé aux députés de son bloc de voter contre Elharrar et Gotliv — les candidats doivent recueillir plus de « Pour » que de « Contre » pour être élus – empêchant ainsi tous les candidats en lice d’être élus.

Une manœuvre qui a échoué. A la place du résultat 2 à 0 pro-coalition qu’espéraient les partisans de la ligne dure au sein du gouvernement, ou du vote 1-1 qu’anticipaient probablement Netanyahu et les leaders de l’opposition, la journée s’est terminée sur une victoire 1 à 0 en faveur de l’opposition.

Le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, à gauche, et la députée Karine Elharrar pendant une conférence de presse conjointe à la Knesset, le 14 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un résultat humiliant pour Netanyahu, qui a cédé du terrain à l’extrême-droite mais qui a été dans l’incapacité d’imposer une discipline de coalition à Gotliv ou à la poignée de membres de la coalition qui ont aidé à faire entrer Elharrar au sein du panel.

Mais la « victoire » remportée par l’opposition est quelque peu vide, elle aussi. Faute d’élection d’un député de la coalition, la Commission de sélection judiciaire ne pourra pas se réunir. Les leaders de l’opposition Yair Lapid et Benny Gantz ont cité cette raison, mercredi soir, lorsqu’ils ont annoncé qu’ils ne prendraient plus part aux négociations en cours à la résidence du président jusqu’à ce que la Commission soit fonctionnelle. Ce qui, en retour, a entraîné de nouveaux appels, au sein de la coalition, à présenter à nouveau la législation mise en suspens qui accorderait à la majorité le contrôle quasiment total de la sélection des juges dans le pays par le biais du panel et qui affaiblirait de manière drastique l’autorité de la Haute-cour.

Que la coalition dispose des votes nécessaires pour approuver ce projet de loi -prêt à être présenté pour ses deux dernières lectures au bon plaisir du Premier ministre – reste une interrogation. Netanyahu avait gelé la principale législation à la fin mars dans un contexte de troubles consécutifs au limogeage irréfléchi de son propre ministre de la Défense Yoav Gallant, qu’il avait ensuite réintégré à ses fonctions.

Karine Elharrar est une parlementaire très respectée à la Knesset – mais les membres peu nombreux de la coalition qui lui ont apporté mercredi leur soutien ont signalé leur méfiance à l’égard de leur propre gouvernement, de son orientation et de son dirigeant.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accompagne son épouse Sara à l’aéroport Ben Gurion d’où elle partira pour Londres alors même que la Knesset termine le décompte des votes pour les élections au sein de la Commission de sélection judiciaire, le 14 juin 2023. (Capture d’écran : Douzième chaîne ; used in accordance with clause 27a of the copyright law)

Alors même que le décompte des votes se terminait, Netanyahu a été filmé à l’aéroport Ben Gurion, escortant son épouse Sara qui partait à Londres pour assister au témoignage d’Arnon Milchan dans le cadre du procès pour corruption de son mari. Le milliardaire s’exprimera depuis une salle d’audience de la capitale anglaise via visioconférence dans les jours à venir.

Le regroupement de ces deux scènes – la confirmation de la défaite de la coalition au Parlement et la nécessité, pour le Premier ministre, d’être ailleurs dans le cadre de ses déboires judiciaires – souligne le climat de tension dans lequel il évolue dans une nation qui se déchire et qui se tourmente sous son leadership.

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