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Netanyahu choque en comparant le bilan du 7 octobre aux morts après les Accords d’Oslo

Après les critiques de l'opposition et de son parti, le Premier ministre a déclaré que l'idée que l'AP gouverne Gaza après-guerre était aussi dangereuse que de faire venir des responsables de l'OLP de Tunisie dans le cadre des accords des années 90

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, préside un Conseil des ministres en ses bureaux, à Jérusalem, le 10 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, préside un Conseil des ministres en ses bureaux, à Jérusalem, le 10 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été critiqué, mardi, pour avoir dit devant les députés que les accords d’Oslo avec les Palestiniens, dans les années 1990, avaient causé autant de morts que les massacres du Hamas du 7 octobre, « mais sur une période plus longue », propos largement repris depuis.

Cet accord en deux parties, signé entre 1993 puis 1995, à l’origine de la création de l’Autorité palestinienne et qui lui a conféré divers degrés d’autonomie en Cisjordanie, comme première étape sur la voie d’un État palestinien, n’est pas allé à son terme, sorti de son orbite par une série d’attentats terroristes palestiniens meurtriers dans les années qui ont suivi.

L’opposition à ces accords n’a cessé de grandir parmi les membres de la droite et a débouché sur l’assassinat du Premier ministre pacifiste Yitzhak Rabin, défenseur et signataire desdits accords, puis l’arrivée au pouvoir de Netanyahu en 1996. Netanyahu a critiqué les accords à de très nombreuses reprises, sans jamais les remettre en cause tout au long de ses 16 années au pouvoir.

Plusieurs médias israéliens ont relayé lundi soir que, lors d’une réunion à huis clos de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Netanyahu a déclaré que « la mère de tous les péchés était Oslo – pas l’accord lui-même, mais le fait qu’ils aient pris l’élément le plus antisioniste et l’aient amené ici depuis la Tunisie, au cœur de la terre d’Israël ».

Les accords d’Oslo impliquaient de faire revenir de Tunisie le dirigeant palestinien Yasser Arafat et d’autres responsables de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de leur exil pour s’installer en Cisjordanie.

Le site d’information Ynet a fait savoir que la dirigeante travailliste Merav Michaeli avait protesté contre la comparaison faite par Netanyahu, mais que le président de la commission, Yuli Edelstein, l’avait fait taire.

Certains commentateurs voient dans cette déclaration de Netanyahu une manœuvre pour tenter d’atténuer les critiques sur sa responsabilité dans les événements du 7 octobre. Selon d’autres sources, les propos de Netanyahu répondaient à l’affirmation de Michaeli selon laquelle seuls un accord de paix et une solution à deux États pourraient résoudre la crise actuelle.

Bill Clinton regarde Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main lors de la signature des Accords d’Oslo, le 13 septembre 1993. (Crédit : Autorisation GPO)

Dans l’ensemble, Netanyahu a fait en sorte de se décharger de la responsabilité du massacre perpétré par 3 000 terroristes entrés par la force en Israël depuis la bande de Gaza, le 7 octobre dernier, qui a coûté la vie à 1 200 personnes sans oublier les 240 otages, presque tous civils.

Deux responsables américains ont déclaré au Times of Israël au cours du week-end que l’administration Biden était de plus en plus convaincue que Netanyahu était déjà en « campagne », à en juger par son discours contre l’Autorité palestinienne.

Le Premier ministre s’est publiquement opposé – et avec véhémence – à l’idée, soutenue par les États-Unis, de confier à l’Autorité palestinienne un rôle dans la gouvernance de la bande de Gaza si et quand ses dirigeants actuels, le groupe terroriste Hamas, seront vaincus – ce qui est un des objectifs militaires déclarés d’Israël.

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a fustigé mardi le Premier ministre pour ses propos.

« L’État d’Israël est en guerre. Nous allons tous d’un enterrement à l’autre, d’un shiva à l’autre », a déclaré Lapid par voie de communiqué, en référence à la traditionnelle période de deuil juive de sept jours. « Les soldats se battent avec beaucoup d’héroïsme. Nos cœurs se brisent chaque matin en découvrant les photos de ceux qui ont été tués. »

« Le niveau de déconnexion et de cynisme du Premier ministre est absolument incompréhensible : il mène une campagne politique diabolique alors que la guerre fait rage dans le seul but de s’absoudre de toute responsabilité, d’accuser les autres et de répandre la haine. La nation mérite un autre dirigeant », a déclaré Lapid.

Le chef de l’opposition Yair Lapid dirige une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset à Jérusalem, le 11 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée Meirav Cohen, du parti Yesh Atid de Lapid, a tweeté que les propos de Netanyahu signifiaient, en substance, qu’il « admettait que sous sa direction, et en l’espace d’une seule journée, le même nombre de personnes avaient été tuées que dans les 5 à 7 années qui ont suivi les accords d’Oslo ».

« Est-ce que c’est censé prouver quelque chose de bien à son sujet ? Mais quoi exactement ? C’est complètement fou », a déclaré Cohen.

La dirigeante du parti travailliste Michaeli – qui a annoncé qu’elle démissionnerait dans quelques mois et ne briguerait pas de nouveau mandat dans le cadre du parti – a dit : « Cela fait 30 ans que Netanyahu se plaint des accords d’Oslo, dont plus de 16 ans en qualité de Premier ministre. Il n’est pas revenu sur les accords d’Oslo, il les a laissés en l’état et s’en est servi pour inciter à la haine et se maintenir au pouvoir. »

« Il n’a jamais apporté une autre solution, et ce qu’il a apporté a échoué de manière spectaculaire et effroyable », a-t-elle déclaré. « La voie d’Oslo est exactement ce dont l’État d’Israël a besoin, à savoir un accord diplomatique capable de mettre fin au conflit. Tant que nous n’y serons pas arrivés, nous n’irons nulle part après Netanyahu. »

Les critiques sont également venues des rangs du Likud, le parti de Netanyahu : le député Danny Danon, membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, a déclaré à la chaîne publique Kan que cette comparaison était erronée.

« Il n’y a pas lieu de comparer les deux, déjà parce que nous sommes en guerre et ensuite parce que les événements de ce funeste samedi se sont déroulés en l’espace de quelques heures et ont fait un nombre de morts et de blessés qu’Israël n’a jamais connu depuis sa fondation », a-t-il déclaré.

Netanyahu a réagi au tollé en publiant une déclaration vidéo destinée à « clarifier » sa position, perçue comme une réponse à Biden, qui a déclaré lors d’une réception de Hanoukka à la Maison Blanche, lundi soir, qu’il n’était pas toujours d’accord avec le Premier ministre israélien.

Le président américain Joe Biden et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

« J’apprécie bien sincèrement le soutien américain à la destruction du Hamas et à la libération de nos otages », a déclaré Netanyahu en hébreu. « Le dialogue intensif avec le président Biden et sa population nous permet de bénéficier d’un soutien total pour l’opération terrestre comme pour freiner la pression internationale afin d’aller jusqu’au bout de la guerre. »

« Oui, il existe un désaccord sur ‘l’après Hamas’, mais j’espère que nous parviendrons à un accord pour cela aussi », a ajouté Netanyahu. « Je tiens à clarifier ma position : je ne permettrai pas à Israël de refaire la même erreur qu’avec Oslo. »

« L’énormité du sacrifice consenti par nos concitoyens et nos combattants fait que nous ne pouvons pas laisser entrer à Gaza ceux qui professent le terrorisme, soutiennent le terrorisme, financent le terrorisme », a ajouté le Premier ministre, établissant un parallèle entre l’arrivée d’Arafat en Cisjordanie et l’idée que l’Autorité palestinienne puisse présider au moins partiellement aux destinées de la bande de Gaza après-guerre.

« Gaza ne sera ni le Hamastan ni le Fatahstan », a-t-il dit, allusion au parti au pouvoir de l’Autorité palestinienne, le Fatah.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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