Netanyahu: Evacuer les implantations serait une « menace existentielle immédiate »
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Netanyahu: Evacuer les implantations serait une « menace existentielle immédiate »

Dans des notes de synthèse aux députés du Likud, le bureau du Premier ministre estime que l'annexion apportera "normalité et stabilité" et reste muet sur le statut des Palestiniens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un arbre au cours d'une cérémonie pour la fête juive de Tou Bichvat, dans l'implantation de Mevoot Yeriho, en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain, le 10 février 2020. (Crédit : Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un arbre au cours d'une cérémonie pour la fête juive de Tou Bichvat, dans l'implantation de Mevoot Yeriho, en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain, le 10 février 2020. (Crédit : Flash90)

L’évacuation des implantations en Cisjordanie constituerait une « menace existentielle immédiate » pour Israël, lit-on dans un mémo envoyé dimanche par le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux membres de la Knesset de son parti du Likud.

Le mémo, dont une copie a été obtenue par le Times of Israel, énumère plusieurs points de discussion pour aider les députés à justifier l’annexion unilatérale prévue par Netanyahu de certaines parties de la Cisjordanie – à savoir toutes les implantations juives ainsi que la vallée stratégique du Jourdain – dans le contexte de la proposition de paix de l’administration américaine.

« Il ne peut y avoir d’accord de paix israélo-palestinien réaliste dans lequel les populations juives de Judée et de Samarie seraient évacuées. Il s’agit de villages établis dans lesquels vivent des centaines de milliers d’Israéliens », peut-on lire dans le mémo.

« Renoncer à ces territoires ne constituerait pas seulement une injustice historique ; un tel geste créerait une menace existentielle immédiate pour l’État juif puisque la Judée et la Samarie bordent les villes du centre d’Israël », y est-il indiqué.

Les implantations juives en Cisjordanie « font partie intégrante de la patrie et de l’identité juives », poursuit la note de service.

La mesure prévue par Netanyahu remplacerait le régime militaire actuel en Cisjordanie « par la loi israélienne et l’administration civile dans les communautés israéliennes déjà existantes dans les territoires, afin que ceux qui y vivent puissent être traités de la même façon par la loi comme tous les Israéliens », est-il précisé.

« L’application du droit israélien apportera la normalité et la stabilité aux centaines de milliers de Juifs vivant en Judée et en Samarie. L’argument contre l’application de la loi israélienne implique que les Juifs devraient être traités de manière inégale ou même déracinés de la Judée et de la Samarie, ce qui entraînerait un nettoyage ethnique de ces territoires ».

Le vice-président américain Mike Pence (centre droit) accueille le Premier ministre Benjamen Netanyahu (centre gauche) à l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, le 23 janvier 2020. L’ambassadeur israélien aux États-Unis Ron Dermer, (deuxième à partir de la gauche), et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, (deuxième à partir de la droite) ont également participé à la réunion. (Kobi Gideon/GPO)

L’existence de ce mémo a été signalée pour la première fois par le Wall Street Journal.

L’annexion des implantations en Cisjordanie conduirait « à une paix régionale réaliste basée sur les faits sur le terrain », selon le bref document.

Le plan « Paix pour la prospérité » de l’administration américaine, qu’Israël a immédiatement accepté, est nouveau dans son approche en ce sens qu’il se fonde sur des faits réels au lieu de concepts bien intentionnés mais illusoires qui peuvent sembler grands dans l’abstrait mais qui, à plusieurs reprises, n’ont pas réussi à se traduire en progrès », y lit-on.

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Notamment, le mémo ne mentionne pas le fait que le plan de paix américain prévoit la création à terme d’un État palestinien dans des parties de la Cisjordanie qu’Israël n’annexerait pas.

Bien que conditionnée par de nombreuses conditions préalables que les Palestiniens ne rempliront probablement pas, même l’acceptation théorique d’une solution à deux États a déclenché une opposition véhémente à la proposition de la Maison Blanche parmi de nombreux dirigeants des implantations et membres du propre parti de Netanyahu.

La plupart des députés du Likud, tout en acceptant la perspective d’une annexion israélienne de quelque 30 % de la Cisjordanie, sont fermement opposés à la création d’un État palestinien. Cherchant à calmer les inquiétudes de ses alliés de droite, Netanyahu aurait déclaré qu’il appliquerait la souveraineté sans accepter un État palestinien.

Cependant, dans un article publié vendredi dans le Washington Post, l’ambassadeur israélien Ron Dermer a explicitement approuvé la notion d’État palestinien.

« L’extension de la souveraineté israélienne à certains territoires de Judée et de Samarie ne détruira pas, comme le suggèrent de nombreuses critiques, la solution à deux États. Mais elle brisera l’illusion de deux États. Et ce faisant, elle ouvrira la porte à une solution réaliste à deux États et sortira le processus de paix de l’impasse dans laquelle il est enlisé depuis deux décennies », a écrit M. Dermer.

Des touristes visitent le site archéologique de Tel Shiloh en Cisjordanie, le 12 mars 2019. (AP/Sebastian Scheiner)

Le mémo, qui a été approuvé par Netanyahu avant que son bureau ne l’envoie, n’approfondit pas les détails du plan Trump, mais reprend plutôt des arguments souvent avancés sur le droit du peuple juif à la Cisjordanie.

« Les territoires sont imprégnés de l’histoire juive, parsemés de sites archéologiques juifs et font partie intégrante de la patrie et de l’identité juives. Les Juifs ont vécu dans ces territoires pendant des siècles », peut-on lire.

« La Torah se déroule dans les territoires montagneux où nos ancêtres et nos aïeules ont fait des randonnées, où des rois juifs légendaires ont régné et où des personnages bibliques ont prophétisé. Le mot ‘juif’ lui-même provient du royaume israélite de Juda, aujourd’hui appelé Judée ».

Le projet de Netanyahu ne doit pas être qualifié d’annexion car ce mot « connote l’acquisition forcée du territoire d’un État par un autre État. Israël ne fait rien de tel », affirme le document. « Israël a des revendications légales valables sur les territoires alors qu’aucun autre État ne revendique la région. »

L’application de la loi israélienne ne modifiera pas le statut de l’Autorité palestinienne « dans un seul quartier palestinien », affirme le mémo. « L’Autorité palestinienne continuera à maintenir le même statut dans chaque localité palestinienne et pourra entamer des négociations à tout moment sur la base des paramètres établis dans le plan Trump ».

Le mémo n’explique pas quel statut recevraient les Palestiniens vivant sur les territoires à annexer. Selon diverses estimations, plus de 100 000 Palestiniens résident actuellement dans des zones où Netanyahu prévoit d’appliquer la souveraineté.

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Dans une interview accordée le mois dernier, le Premier ministre a déclaré que les Palestiniens vivant sous domination israélienne dans la vallée du Jourdain annexée ne recevraient pas la citoyenneté israélienne.

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