Rechercher

Une école juive de New York a gardé secrètement un employé accusé d’abus sexuels

Le directeur de l'école Schechter et son adjointe ont continué à payer Mike Hirsch, ancien directeur de la vie scolaire, qui avait pourtant présenté sa démission après un scandale

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le bâtiment accueillant la Schechter School of Long Island à Williston Park, à New York. (Crédit : Schechter LI/Facebook)
Le bâtiment accueillant la Schechter School of Long Island à Williston Park, à New York. (Crédit : Schechter LI/Facebook)

Une école juive de New York a continué à employer dans le plus grand secret l’un de ses salariés dont elle avait pourtant annoncé la démission suite à un scandale d’abus sexuel sur mineur qui avait secoué la communauté, il y a un an.

Mike Hirsch, directeur de la vie scolaire, a pu rester travailler à la SSLI (Schechter School of Long Island) grâce au chef d’établissement, Scott Sokol, et à son adjointe Ofra Hiltzik, ont confirmé d’anciens employés de l’école au Times of Israel.

Les membres du conseil d’administration de la SSLI — qui accueille approximativement 250 élèves de la crèche à la Terminale, et qui fait partie du réseau des écoles Schechter affilié au mouvement massorti – ont appris les agissements de Sokol et Hiltzik en faveur de Hirsch au début de l’été mais les deux dirigeants de l’établissement ont pu conserver leur poste, ont confirmé les trois anciens salariés qui se sont exprimés le mois dernier.

Ces informations révèlent l’ampleur des efforts livrés par les responsables de la SSLI dans le but de protéger cet employé problématique.

Hirsch était mis en cause dans son dossier personnel à la SSLI pour des attouchements et pour son comportement inapproprié envers des élèves de sexe masculin.

Ce n’était pas la première fois que l’individu était signalé. Ainsi, il avait été déjà accusé dans le passé de ne pas avoir rapporté à sa hiérarchie des accusations répétées d’abus qui avaient été lancées contre un important responsable du mouvement USY (United Synagogue Youth), lié au mouvement massorti, quand lui-même était l’un de ses conseillers, il y a plus de quinze ans.

Suspension, « démission », emploi

Hirsch, âgé de 43 ans, était employé à la fois par la SSLI et par l’USY quand le Times of Israel avait publié un reportage, au mois d’août 2021, sur des décennies d’abus survenus dans le cadre du groupe United Synagogue Youth. Un ancien membre du mouvement avait expliqué qu’il avait confié à Hirsch qu’un autre haut-responsable âgé d’une trentaine d’années s’était masturbé devant lui dans les toilettes, et qu’il lui avait demandé de se joindre à lui alors qu’il n’avait que quinze ans. L’ancien membre avait ajouté que Hirsch lui avait vivement recommandé de continuer à signaler les incidents de ce type susceptibles de se produire et impliquant le responsable incriminé, ce que l’adolescent avait fait. Toutefois, Hirsch n’avait jamais relayé ces signalements auprès de ses employeurs.

Après la publication du reportage du Times of Israel, Hirsch avait été immédiatement suspendu dans ses deux lieux de travail pour son incapacité présumée à signaler ces accusations d’agressions sexuelles.

Un porte-parole de l’USY a indiqué que Hirsch avait quitté ses fonctions au mois de décembre 2021 et qu’il lui était depuis interdit de participer à des événements organisés par le mouvement de jeunes. Le Times of Israel s’est entretenu avec deux sources proches du dossier qui ont confirmé ces dires.

A la SSLI, où la rentrée scolaire a eu lieu mardi, le dossier aura été traité de manière très différente.

Au mois d’octobre dernier, Sokol, le principal de l’établissement, avait envoyé un courriel aux parents les informant que Hirsch avait pris la décision de démissionner de son poste, sans en détailler les raisons. Lui et Hiltzik avaient ensuite appelé les équipes administratives de l’école pour leur dire que Hirsch continuerait, en fait, à travailler mais qu’il viendrait seulement le soir et pendant le week-end, quand les bâtiments seraient quasiment vides, ont expliqué deux anciens employés. Si plusieurs personnes avaient fait part de leur opposition suite à cette annonce, Sokol et Hiltzik, au sommet de la hiérarchie de l’établissement, avaient répondu que le sujet n’était pas matière à débat.

Des chèques de paie consultés par le Times of Israel montrent que la SSLI a continué à rémunérer Hirsch jusqu’à la fin de l’année 2021 et qu’à ce moment-là, une nouvelle entité juridique, Hebrew Learning Services Inc, s’est substituée au nom de Hirsch sur le bulletin de salaire. L’adresse enregistrée pour Hebrew Learning Services est la même que celle du domicile privé de Hirsch et la rémunération n’a guère changé en 2021 et en 2022.

A son nouveau poste, Hirsch était chargé de maintenir l’accès administratif au portail en ligne de naissances et il s’occupait de l’envoi des annonces de naissance, de mariage ou de décès. C’était lui qui gérait aussi la question des cartes d’identité sécurisées nécessaires pour l’entrée dans les bâtiments, ont confié les trois anciens employés qui ont noté que Hirsch travaillait dans un bureau situé tout à côté de ceux de Hiltzik et de Sokol.

A plusieurs occasions, Hirsch avait été aperçu par des parents qui venaient voir Sokol ou Hiltzik. Alors qu’ils s’étaient étonnés de sa présence dans les bureaux, il leur avait été répondu que Hirsch était seulement venu rendre une petite visite et qu’il ne travaillait plus pour la SSLI, selon les anciens employés.

Les anciens élèves menacent de porter plainte

Ainsi, Hirsch a continué d’être payé jusqu’au mois de juillet 2022, ont-ils affirmé au Times of Israel. A ce moment-là, un groupe d’anciens élèves a envoyé une lettre anonyme à des administrateurs, à des parents, à des enseignants et à des donateurs choisis révélant l’emploi dissimulé de Hirsch et s’insurgeant contre la présence de ce dernier dans l’établissement.

Les auteurs de la missive, qui ne s’étaient présentés que comme « d’anciens membres et victimes de l’USY », réclamaient dans leur courrier la démission de Sokol dans les deux semaines suivantes et ils menaçaient de révéler au grand public leurs accusations et les preuves dont ils disposaient, ajoutant qu’une plainte serait déposée contre l’école. Aucune plainte n’a encore été soumise au moment de l’écriture de cet article.

Le conseil d’administration a ensuite ouvert une enquête sur les accusations lancées à l’encontre de Sokol et de Hiltzik et au moins un employé a apporté son témoignage depuis en confirmant que Hirsch était resté travailler à l’école à l’initiative de Sokol et Hiltzik. Le principal et son adjointe ont clamé leur innocence et ils ont été autorisés à conserver leur poste.

Alors qu’il leur était demandé pourquoi Sokol et Hiltzik avaient pris tant de peine à venir en aide à Hirsch, les anciens salariés de l’école qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont expliqué que Hiltzik traitait depuis longtemps Hirsch « comme un fils » tandis que Sokol et Hirsch étaient amis depuis des décennies, une amitié remontant bien avant qu’ils ne travaillent tous deux à la SSLI.

Le principal de la SSLI (Schechter School of Long Island) Scott Sokol s’exprime devant de nouveaux élèves, le 18 novembre 2018. (Capture d’écran/YouTube)

Ce sont ces relations qui ont aidé Hirsch à conserver son emploi même s’il avait été écrit dans son dossier personnel qu’il avait été mis en cause à au moins trois reprises pour des attouchements et pour un comportement inapproprié à l’égard d’élèves de sexe masculin, ont noté les anciens employés qui ont eu accès à son dossier. L’un de ces incidents avait eu lieu dans le foyer réservé aux élèves, dont Hirsch était responsable jusqu’à sa suspension.

S’exprimant sous couvert d’anonymat, un ancien membre de l’USY, qui dit avoir été témoin des faits, explique que Hirsch s’était rendu coupable de comportements sexuels inappropriés avec des mineurs quand il travaillait dans ce mouvement de jeunes.

« L’essentiel à retenir, c’est que Sokol et Hiltzik savaient pour Mike… Et qu’ils ont continué à l’employer dans l’école pendant plus d’un an en mettant en danger des centaines d’enfants », a fait remarquer un ancien employé de la SSLI.

Le Times of Israel s’est tourné, le mois dernier, vers Sokol pour prendre connaissance de sa réaction face aux accusations lancées dans la lettre anonyme. Deux jours plus tard, un avocat du cabinet Ruskin Moscou Faltischek, qui représente l’école, a répondu que « M. Hirsch n’est plus un salarié de l’école. Nous ne répondons pas publiquement à des plaintes anonymes ».

Ensuite, dans la même journée, Sokol a écrit un courriel aux membres du personnel leur rappelant que « quelles que soient les circonstances, il est interdit aux employés de faire une déclaration aux journalistes concernant l’école ou concernant son personnel ». Deux sources ont fait savoir que les employés risquaient potentiellement de perdre leur travail en cas de prise de contact avec les médias.

Une enquête « en cours »

Le Times of Israel s’est encore une fois adressé à Sokol, à Hiltzik et au président de la SSLI, Jeffrey Shlefstein, la semaine dernière, présentant des éléments supplémentaires qui prouvent l’emploi salarié de Hirsch dans l’école, leur offrant une nouvelle opportunité de réagir à ces éléments avant la publication de cet article.

Photo d’illustration. (Crédit :iStock)

Shlefstein a répondu dans un communiqué que « les accusations auxquelles vous faites référence ne sont pas une nouveauté pour nous. Nous les avons prises au sérieux dès que nous en avons eu connaissance et une enquête a été ouverte, à notre demande, par un cabinet de conseil extérieur avant même que nous n’ayez commencé vos recherches. Cette enquête est en cours et, donc, notre capacité à faire des commentaires est limitée ».

« Veuillez noter que suite à une enquête menée par un cabinet de conseil extérieur, M. Hirsch a été suspendu et il a finalement présenté sa démission », a continué Shlefstein, semblant nier que Hirsch avait continué à travailler au sein de l’établissement après son départ annoncé par Sokol, au mois d’octobre 2021.

Toutefois, l’école a continué à envoyer des chèques de paie à Hirsch – qui ont été obtenus par le Times of Israel – pendant deux mois après l’annonce de la démission du salarié. Des chèques qui comprenaient des remboursements pour des équipements et des fournitures de bureau que Hirsch avait achetés.

Alors qu’il lui était demandé de clarifier la contradiction apparente entre la caractérisation par Shlefstein de l’enquête « en cours » et son explication consécutive dans laquelle il affirmait que Hirsch avait été suspendu « suite » aux investigations, un avocat du conseil d’administration de la SSLI a refusé de s’exprimer.

« Les versements en faveur de Hirsch qui sont en cause ont été faits par le biais d’une entité qu’il avait formée avec l’aide de notre ancien directeur financier et ces versements continuent à nous préoccuper », a continué le communiqué de Shlefstein, confirmant apparemment que la création de « Hebrew Learning Services Inc » avait été décidée dans le but de pouvoir continuer à payer Hirsch et attribuant toute la faute à David Ostrove, directeur financier de la SSLI, qui a été mis en examen au mois de juillet pour détournement présumé de fonds dans l’école.

Néanmoins, les chèques obtenus par le Times of Israel révèlent que les paiements réalisés en faveur de « Hebrew Learning Services Inc » ont continué pendant des mois après la suspension d’Ostrove, au mois d’avril, à un moment où il n’avait donc plus accès au système informatique de l’établissement. L’ancien directeur financier a refusé tout commentaire.

« Notre conseil d’administration travaille avec notre cabinet de conseil extérieur et ses enquêteurs dans l’objectif de tout réexaminer dans ce dossier », a continué Shlefstein. « Nos enquêtes – la nôtre et celle qui est menée pour le bureau par des cabinets de conseil variés – en plus de l’action prise contre M. Hirsch et d’autres, illustrent parfaitement notre détermination à offrir un environnement sûr à nos étudiants, à nos enseignants et à notre personnel ».

De son côté, Bruce Barket, l’avocat de Hirsch, a qualifié les accusations « sans fondement » lancées à l’encontre de son client de « mensongères et diffamatoires » dans sa réponse à la demande de commentaire du Times of Israel.

« Nous n’avons pas de commentaire à faire avant la lecture de l’article et notre réponse sera apportée devant les tribunaux et non dans votre publication », a-t-il ajouté.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...