Noyade d’un soldat : 5 officiers et un colonel mis en cause par l’armée
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Noyade d’un soldat : 5 officiers et un colonel mis en cause par l’armée

Selon les militaires, l'enquête sur la mort accidentelle du sergent Evyatar Yosefi, 20 ans, dans une rivière en crue a révélé des erreurs frappantes et un mépris des détails

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le parachutiste Evyatar Yosefi, 20 ans, noyé durant un exercice dans le nord d'Israël, le 7 janvier 2018 (Crédit :  Facebook)
Le parachutiste Evyatar Yosefi, 20 ans, noyé durant un exercice dans le nord d'Israël, le 7 janvier 2018 (Crédit : Facebook)

Le chef d’état-major Aviv Kohavi a démis, dimanche, cinq officiers de leurs fonctions et adressé un blâme officiel au commandant de la brigade des parachutistes pour ne pas avoir empêché la noyade d’un soldat d’une rivière en crue du nord d’Israël, au cours d’un exercice d’orientation qui avait eu lieu au mois de janvier, a fait savoir l’armée.

Cette décision a été prise après que la soumission des conclusions de l’enquête sur la noyade du sergent Evyatar Yosefi, âgé de 20 ans. Elle a a révélé une série de dysfonctionnements significatifs à travers toute la chaîne de commandement qui auraient été à l’origine ultime, selon les militaires, de la mort du soldat.

« L’enquête a déterminé que la manière dont l’exercice avait été préparé n’était pas conforme aux ordres donnés par l’armée, qu’elle ne respectait pas les particularités propres aux séries d’entraînement et qu’il a été conduit sans préoccupation pour les détails et de manière erronée », a fait savoir Tsahal dans un communiqué.

« Le comportement de la chaîne de commandement tout au long de l’événement – qui n’a pas été à la hauteur de ce que l’on peut attendre de la part d’officiers de l’armée – a créé les conditions ayant débouché sur cette tragédie ».

Une enquête de la police militaire, qui est encore en cours, autour du décès de Yosefi déterminera si des poursuites pénales doivent être engagées contre les commandants.

La décision prise par Kohavi de démettre les cinq officiers de la chaîne de commandant – du chef d’équipe de Yosefi au commandant de son bataillon – est la première action disciplinaire majeure du nouveau chef de l’armée depuis qu’il est arrivé à son poste au mois de janvier.

Le chef d’Etat-major Aviv Kohavi, deuxième à gauche, discute avec des soldats participant à un entraînement sur la base Tzeelim, dans le sud d’Israël (Crédit : Armée israélienne)

Dans une déclaration, Kohavi a accusé les officiers de manque de professionnalisme et, dans certains cas, de conduite immorale.

« C’est un événement d’une gravité extrême, qui a eu une conséquence tragique. Cette conséquence était enracinée dans une série d’erreurs et de mauvaises appréciations lors de la préparation de l’exercice et dans la manière dont il a été exécuté, avec un encadrement non professionnel de la part de la chaîne de commandement entière et une autorité non éthique du commandant. Ce qui a mené à des négligences dans l’exercice, sous le regard des commandants et sans que ces derniers ne fassent quoi que ce soit pour les empêcher », a commenté le chef d’état-major.

« Dans l’incident en question, les commandants, à travers toute la chaîne, n’ont pas montré l’extrême vigilance qui est attendue d’eux lors de la planification d’un exercice et de son exécution sous leur direction », a ajouté Kohavi.

Le 7 janvier, le bataillon de reconnaissance des brigades des parachutistes faisait une randonnée aux alentours de la rivière Hilzon, près de la ville de Karmiel, dans le nord du pays. L’objectif de l’exercice était l’apprentissage de l’orientation et de la survie en milieu naturel hostile. Les soldats avaient été répartis en binômes.

Les secours recherchent un soldat emporté par la rivière Hilazon dans le nord d’Israël, le 7 janvier 2019 (Crédit : Police israélienne)

Avant l’aube, ce jour-là, Yosefi et son camarade avaient reçu un ordre radio de regroupement de l’unité. Alors qu’ils se rendaient au point de rendez-vous désigné, ils étaient arrivés devant la rivière Hilazon, en crue après les pluies de la nuit.

Ils décidèrent de traverser la rivière mais Yosefi glissa sur la rive boueuse et tomba dans l’eau, avait fait savoir un responsable de l’armée à ce moment-là, qui s’était exprimé sous couvert d’anonymat.

Son partenaire lui a jeté une corde mais le parachutiste n’a pas pu la rattraper et a été emporté par le courant. Son corps sans vie avait été retrouvé plusieurs heures plus tard.

L’enquête militaire consacrée à la mort de Yosefi a établi que ses commandants ne s’étaient pas préparés de manière adéquate à une météo peu clémente et à ses conséquences sur le terrain.

« La décision de mener l’exercice dans des conditions (météo, terrain, épuisement physique et mental) qui ont aggravé le niveau de complexité et de danger de l’entraînement sans prendre les initiatives nécessaires pour prendre en compte ces mêmes conditions a mené à ce qui est arrivé », ont estimé les militaires.

Capture d’écran d’une vidéo montrant les secours déployés pour retrouver un homme balayé par les eaux en crue de la rivière Hilazon, le 7 janvier 2019 (Crédit : Police israélienne)

L’exercice avait été approuvé par les autorités concernées, notamment par le commandant de la brigade des parachutistes. Ce processus comprenait le contrôle des conditions météorologiques, avait confirmé le responsable de l’armée au moment du drame.

Toutefois, tandis que les militaires avaient indiqué que la décision de l’organisation de l’exercice avait été approuvée conformément aux règles, la décision de le continuer malgré les « nombreux signes d’avertissement apparus alors qu’il se déroulait a, dans les faits, mené les commandants de l’entraînement à perdre le contrôle sur la situation vécue par les soldats sur le terrain ».

De plus, les soldats n’avaient pas eu d’instructions spécifiques de sécurité sur les risques posés par les averses.

Le chef d’équipe du soldat – un lieutenant ; le commandant-adjoint du régiment – un lieutenant; le commandant du régiment – un capitaine ; le commandant du programme d’entraînement – un major ; et le commandant de bataillon – un lieutenant-colonel, ont tous été démis dimanche de leurs fonctions.

Le commandant des brigades de parachutistes, le colonel Yaakov « Yaki » Dolef, a pour sa part écopé d’une réprimande officielle qui figurera dans son dossier, ont annoncé les militaires.

Kohavi a également ordonné à son adjoint, le général de division Eyal Zamir, et au commandant des forces terrestres, le général de division Kobi Barak, d’améliorer les protocoles de sécurité pour les unités de Tsahal en général et pour les unités des forces spéciales en particulier.

« De plus, le chef d’état-major a aussi ordonné à toutes les unités d’organiser une session de formation de deux jours au cours des prochains mois sur la sûreté en général et sur la sécurité pendant les exercices d’entraînement en particulier », a annoncé Tsahal.

L’enquête sur la mort de Yosefi a été dirigée par le colonel Oren Simcha.

Les conclusions seront également présentées à la famille du soldat, a noté l’armée.

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