Nucléaire iranien : l’AIEA se dit « inquiète de l’augmentation des tensions »
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Nucléaire iranien : l’AIEA se dit « inquiète de l’augmentation des tensions »

L'Allemagne exhorte l'Iran à respecter l'accord sur le nucléaire ; Les Européens mécontents du programme balistique iranien

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Japonais Yukiya Amano, s'exprime lors d'une conférence de presse après une réunion du conseil d'administration de l'Agence au centre international de Vienne, en Autriche, le 4 juin 2018 (Crédit :  Ronald Zak/AP)
Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Japonais Yukiya Amano, s'exprime lors d'une conférence de presse après une réunion du conseil d'administration de l'Agence au centre international de Vienne, en Autriche, le 4 juin 2018 (Crédit : Ronald Zak/AP)

L’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA) s’est dite lundi « inquiète de l’augmentation des tensions » autour du programme nucléaire iranien, après l’annonce par Téhéran qu’il ne respecterait plus certaines des restrictions imposées par l’accord de 2015.

« J’espère qu’on pourra trouver une façon de réduire les tensions par le dialogue », a déclaré dans un discours le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano.

Il y a deux semaines, le dernier rapport d’inspection de l’AIEA notait que les stocks d’uranium et d’eau lourde de l’Iran avaient augmenté mais restaient à ce stade dans les limites fixées par l’accord.

« Comme je l’ai constamment souligné, les engagements pris par l’Iran dans l’accord de 2015 sont une avancée significative pour la vérification nucléaire » et il est donc « essentiel » que l’Iran continue à les respecter, a encore déclaré M. Amano.

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, en visite à Téhéran, a lui exhorté l’Iran à respecter l’accord international sur le nucléaire et à « maintenir le dialogue avec l’Europe », estimant qu’il en allait « de son intérêt politique et stratégique ».

M. Maas a tenu ces propos avant une rencontre, en fin de matinée, avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, qui avait adressé la veille une pique aux Européens en les jugeant « mal placés pour critiquer l’Iran ».

Le ministère des Affaires étrangères allemand Heiko Maas à Auschwitz le 20 août 2018. (Crédit : AFP/ JANEK SKARZYNSKI)

Alors que l’Iran reproche aux Européens de ne pas être à la hauteur des engagements qu’ils ont pris aux termes de l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, M. Maas a rappelé à quelques journalistes que ce pacte était « d’une importance capitale » pour l’Europe.

« Nous ne voulons pas que l’Iran dispose d’armes nucléaires », a-t-il réaffirmé.

Selon lui, l’Allemagne et ses partenaires européens « ont déployé le maximum d’efforts pour remplir (leurs) engagements » aux termes de cet accord, menacé depuis que les Etats-Unis ont décidé de s’en retirer unilatéralement en mai 2018 et de rétablir une batterie de sanctions économiques contre l’Iran.

Depuis le retrait américain, l’Allemagne est, avec la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine, l’un des Etats encore parties à cet accord.

Aux termes de ce texte, l’Iran avait accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire, afin de garantir qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique, en échange de la levée d’une partie des sanctions économiques internationales.

Mais, face aux conséquences du retrait américain, l’Iran a menacé en mai de s’affranchir progressivement de ce pacte à moins que ses partenaires, en particulier européens, ne l’aident à contourner ces sanctions.

La République islamique a ainsi donné deux mois aux Européens, Chinois et Russes pour « rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire ».

Les sanctions américaines rendent pratiquement impossible la moindre transaction internationale avec une banque iranienne et de récentes mesures prises par Washington visent à empêcher totalement l’Iran d’exporter son pétrole, première source de recette pour l’Etat.

Sans réponse satisfaisante de ses partenaires d’ici au 8 mai, l’Iran a menacé de cesser d’observer les restrictions que le pays a consenties « sur le degré d’enrichissement de l’uranium », et de reprendra son projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak (centre) mis en sommeil conformément à l’accord de Vienne.

Alors que les grandes entreprises européennes sont dissuadées de la moindre relation commerciale avec l’Iran du fait du caractère extra-territorial des sanctions américaines, l’UE est apparue jusqu’à présent désarmée pour permettre à l’Iran de bénéficier des retombées économiques que le pays escomptait de l’accord de Vienne.

Paris, Berlin et Londres ont lancé au début de l’année un mécanisme de troc (baptisé INSTEX) censé aider l’Iran, mais celui-ci n’a encore accouché d’aucune transaction.

Missiles balistiques

Lundi matin, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, a jugé que les Européens n’avaient jusqu’à présent « pas pu ou pas voulu tenir leurs engagements ». Cela « est très regrettable », a-t-il ajouté.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, prononce une allocution lors de la Conférence de Munich sur la sécurité à Munich, en Allemagne, le 17 février 2019. (AP Photo/Kerstin Joensson)

M. Maas, qui s’est rendu auparavant en Jordanie, Egypte et aux Emirats arabes unis, a indiqué qu’il comptait discuter avec M. Zarif du rôle de l’Iran dans la région – que les Européens jugent déstabilisateur -, notamment en Syrie et au Yémen, et de ses missiles balistiques.

Téhéran a déjà opposé vendredi une nouvelle fin de non-recevoir à l’idée défendue par le président français Emmanuel Macron d’un nouvel accord avec l’Iran qui viendrait élargir celui de Vienne en intégrant notamment des éléments qui limiteraient l’activité balistique iranienne ou sa politique de voisinage.

« Les Européens sont mal placés pour critiquer l’Iran, même sur les questions qui n’ont rien à voir avec » l’accord de Vienne, a jugé dimanche M. Zarif. Il a fait valoir que les « politiques de l’Europe » dans la région n’avaient eu « d’autre résultat (…) que de produire des dégâts ».

Au Yémen, où Téhéran dit soutenir les rebelles Houthis tout en se défendant de les armer – comme l’en accusent Washington et Ryad -, l’Iran dénonce régulièrement les ventes d’armes françaises, britanniques et américaines à l’Arabie saoudite qui, selon M. Zarif, s’en sert « pour bombarder la population ».

M. Zarif avait néanmoins relevé dimanche que l’Allemagne avait « cessé » ces ventes, qui sont controversées au sein même de l’opinion publique occidentale.

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