Peres a exagéré son rôle dans le raid d’Entebbe, selon un ex-officier israélien
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Peres a exagéré son rôle dans le raid d’Entebbe, selon un ex-officier israélien

Amiram Levin, qui a participé à une réunion du cabinet avant le célèbre raid de 1976, a qualifié l’homme d’état défunt "d’escroc" qui n’a joué aucun vrai rôle dans l’opération

Shimon Peres, alors ministre de la Défense, et l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, rencontrent les otages libérés d'Entebbe à leur atterrissage en Israël, le 4 juillet 1976. (Crédit : Uri Herzl Tzchik/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/archives du ministère de la Défense)
Shimon Peres, alors ministre de la Défense, et l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, rencontrent les otages libérés d'Entebbe à leur atterrissage en Israël, le 4 juillet 1976. (Crédit : Uri Herzl Tzchik/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/archives du ministère de la Défense)

Un ancien officier de l’armée israélienne qui a joué un rôle dans l’audacieuse opération de sauvetage d’otages d’Israël à l’aéroport Entebbe a fustigé l’ancien président Shimon Peres, qui s’est éteint le 28 septembre, en le qualifiant « d’escroc » et de « menteur » qui a exagéré son rôle dans l’opération.

« Je l’ai connu pendant des années en tant que Premier ministre, ministre de la Défense et général », a déclaré Amiram Levin, l’ancien chef du Commandement du Nord de l’armée israélienne qui a collecté des renseignements avant l’Opération Entebbe, à la Dixième chaîne de télévision dans un entretien diffusé vendredi.

Levin, un officiel de la sécurité respecté qui a ensuite servi comme assistant du chef du Mossad, a été interrogé avant la mort de Peres et a demandé à la radio de ne pas diffuser les images. La chaîne a, tout d’abord, conservé l’entretien secret, mais a ensuite décidé de le diffuser malgré les objections de Levin.

Peres était ministre de la Défense au moment de l’opération du 4 juillet 1976, qui a permis de sauver des otages retenus depuis le 27 juin 1976 par des terroristes palestiniens qui avaient piraté un avion d’Air France de Tel Aviv vers Paris. L’avion avait été détourné vers l’Ouganda, où les pirates ont été bien accueillis par le dictateur Idi Amin. Yitzhak Rabin, le rival de Peres au parti Travailliste, était alors Premier ministre.

L'ancien chef du commandement du Nord de l'armée israélienne, Amiram Levin (Crédit: Flash 90)
L’ancien chef du commandement du Nord de l’armée israélienne, Amiram Levin (Crédit: Flash 90)

« Il était particulièrement menteur et escroc, a déclaré Levin en accusant Peres d’avoir employé « un grand nombre » de personnes pour mettre en lumière de manière positive l’homme d’état défunt, en exagérant ses réussites.

« L’affaire la plus célèbre est l’histoire sur laquelle tout le monde se concentre, son histoire avec Yoni [Netanyahu], a déclaré Levin en référence à Yonatan Netanyahu, le frère aîné du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été le seul soldat israélien tué lors du raid à l’aéroport d’Ouganda.

Yoni Netanyahu, sur une photo prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)
Yoni Netanyahu, sur une photo prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)

« Il n’a jamais parlé à Yoni, il ne l’a jamais rencontré, a déclaré Levin. Il a accusé Rabin d’avoir été contre l’opération et a déclaré qu’il était pour. C’est un escroc qui n’avait rien à voir dans le raid d’Entebbe ».

Levin a continué : « En tant que ministre de la Défense, il n’a rien fait, mais vraiment rien. Le crédit au niveau de la prise de décision devrait aller à Rabin ou Benny Peled, [alors] commandant de l’Armée de l’Air, et à chaque personne au sol, dont Yoni. Peres n’a rien fait, il a seulement compris ce qui était en jeu et a convoqué une réunion [de cabinet] ».

Levin était, à l’époque, chef du département des opérations spéciales de l’armée, et a été récupéré, par hasard, par la voiture de Peres alors que ce dernier se rendait à Jérusalem pour la réunion de cabinet, s’est souvenu l’ancien officier.

Shimon Peres, alors ministre de la Défense, et l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, rencontrent les otages libérés d'Entebbe à leur atterrissage en Israël, le 4 juillet 1976. (Crédit : archives du ministère de la Défense)
Shimon Peres, alors ministre de la Défense, et l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, rencontrent les otages libérés d’Entebbe à leur atterrissage en Israël, le 4 juillet 1976. (Crédit : archives du ministère de la Défense)

Il a déclaré que durant le trajet, il a discuté avec Peres d’un premier projet de plan pour secourir les otages, qui impliquait de mener un raid sur l’aéroport et de libérer les otages restant qui étaient tous juifs. Les terroristes avaient libéré tous les prisonniers non juifs immédiatement après l’atterrissage. A ce moment là, le plan « ne consistait que d’idées, de propositions », a déclaré Levin.

A cause de diverses circonstances, Levin a pris part à la rencontre du cabinet à l’invitation de Peres, un événement inhabituel pour un officier peu gradé. Il était là-bas « comme dans un petit trou de souris », a déclaré Levin à son interlocuteur.

Retour des otages après l'opération Entebbe, le 4 juillet 1976. (Crédit : archives de l'armée israélienne)
Retour des otages après l’opération Entebbe, le 4 juillet 1976. (Crédit : archives de l’armée israélienne)

« Rabin, qui aimait bien tourmenter Peres, lui a demandé ce que les forces de sécurité avaient préparé, s’est souvenu Levin. Il a déclaré que Peres a rapidement répondu que le chef de Tsahal d’alors, Motta Gur, présenterait le plan.

Gur a alors improvisé, déclarant que les troupes étaient prêtes. Mais selon Levin, Rabin, un général décoré pourvu d’une longue expérience militaire, a déclaré à Gur et Peres : « Vous n’avez pas de plan parce que vous n’êtes pas préparés. Allez préparer un plan, et, s’il est bon, revenez me voir ».

Levin a décrit Pres comme « un simple intermédiaire lorsqu’il était ministre de la Défense ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara sur la tombe de son frère Yoni Netanyahu, tué pendant l'opération Entebbe en 1976, le 28 juin 2006. (Crédit : Moshe Milner/GPO/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara sur la tombe de son frère Yoni Netanyahu, tué pendant l’opération Entebbe en 1976, le 28 juin 2006. (Crédit : Moshe Milner/GPO/Flash90)

Interrogé pour savoir qui il considérait avoir joué un rôle crucial à l’opération, Levin a nommé le brigadier général Dan Shomron, qui a mené le raid, et le major général Yekutiel Adam, qui a aidé Shomron à préparer le plan. Il a aussi accordé un crédit particulier à Peled, qu’il a qualifié de « vrai poids lourd ».

Peled s’est opposé à l’opération de petite envergure avec seulement quelques commandos qui infiltreraient l’aéroport, tueraient les terroristes et négocieraient ensuite avec Amin pour la libération des prisonniers en Israël. Au lieu de cela, il a opté pour une opération de grande échelle avec des avions Hercules.

« Nous ne devrions pas espérer négocier avec Idi Amin parce que c’est un fou », a dit Peled selon Levin. Rabin était d’accord avec Peled.

Levin s’est envolé vers Paris pour rencontrer certains des passagers libérés par les terroristes qui n’avaient pas réalisé qu’ils étaient Juifs, afin de glaner des informations importantes sur la structure de l’aéroport, les identités des terroristes et d’autres détails cruciaux au succès de l’opération. Le raid a permis le sauvetage de 98 otages. Quatre ont été tués lors de l’opération ainsi que Yonathan Netanyahu.

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