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Polémique suite à la campagne d’affichage d’un roman se déroulant à Auschwitz

Des publicités sont apparues sur les murs du métro parisien, témoignant d’une sorte de commercialisation macabre et d'une "trivialisation" de la mémoire de la Shoah

"Le Tatoueur d’Auschwitz", d'Heather Morris
"Le Tatoueur d’Auschwitz", d'Heather Morris

Un livre publié le 6 janvier dernier en France a fait polémique sur les réseaux sociaux ces derniers jours : Le Tatoueur d’Auschwitz, de la Néo-Zélandaise Heather Morris.

Des publicités sont apparues sur les murs du métro parisien, témoignant d’une sorte de commercialisation macabre et d’une « trivialisation » de la mémoire de la Shoah.

La publicité, sur fond rayé bleu et blanc, cherche à imiter la tenue des déportés. On y voit un fil barbelé se nouer pour former un cœur. L’écriteau « Déjà 4 millions de lecteurs » est surimprimé sur une image du mirador central d’Auschwitz. En bas, le slogan : « Un roman d’amour inspiré d’une histoire vraie. »

« Je suis sincèrement désolée si cette publicité a blessé », a réagi auprès du Monde Hélène Fiamma, directrice des éditions J’ai lu. « Mais je suis très surprise par cette polémique. Nous avons eu plusieurs réunions d’équipe. L’éventualité que le visuel choisi puisse paraître déplacé n’a pas été envisagée une seule seconde. »

« C’est une histoire qui a eu lieu », a ajouté l’éditrice. « L’autrice, qui a rencontré le protagoniste masculin, a écrit l’histoire de ces deux êtres, tout en prenant quelques libertés avec la vérité historique, tout simplement parce qu’elle n’est pas historienne. »

En 2018, à la sortie originale du livre, Memoria, le magazine du Mémorial d’Auschwitz, avait relevé de nombreuses erreurs et approximations dans le roman, donnant « une vision globale fausse de la réalité du camp ». « Quel roman se déroulant dans un contexte historique précis ne comporte pas son lot d’erreurs ? », répond Hélène Fiamma.

« Faire de la fiction avec la Shoah ne me pose aucun problème, du moment que l’histoire est bien traitée », a estimé l’historien Tal Bruttmann. « Un roman n’a pas à dire le vrai. Mais il doit dire le vraisemblable. Les bandes dessinées X-Men, et les films qui s’en sont inspirés, mettaient en scène Auschwitz d’une manière qui respectait la vérité historique, alors que c’est de la science-fiction. Ici, rien n’est vraisemblable. Tout ce qui est rapporté sur le camp est à peu près faux. Je ne vois pas en quoi le fait d’écrire n’importe quoi va permettre de découvrir Auschwitz. C’est un drôle de mépris pour le grand public. »

Au sujet des publicités dans le métro, il affirme : « On n’aurait pas imaginé une telle campagne d’affichage il y a ne serait-ce que dix ans. Ce qui est nouveau, c’est la façon dont cette trivialisation est assumée et revendiquée. »

« Cette affiche est une catastrophe. Elle relève de ce que l’écrivaine Ruth Klüger [1931-2020], rescapée d’Auschwitz, appelait le ‘kitsch concentrationnaire’ », a elle réagi Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’Association des professeurs d’histoire-géographie et membre de la commission « Enseignement de la Shoah » à la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

« Que se serait-il passé si Marceline Loridan-Ivens ou Simone Veil avaient vu cette publicité ? Je crois que ça aurait gueulé », dit Tal Bruttmann. « Oui, je pense que ça aurait été assez ébouriffant. » Un signe que le travail et le devoir de mémoire restent plus important que jamais.

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