Pour les féministes juives qui soutiennent Clinton, l’ascension de Trump vient ternir un moment de joie
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'Je n’aurais jamais pensé que quelqu’un qui se présente à la présidence parlerait d’une manière si affreuse, vulgaire et raciste’

Pour les féministes juives qui soutiennent Clinton, l’ascension de Trump vient ternir un moment de joie

Alors que beaucoup de gens avaient espéré qu’il s’agirait d’un moment ascendant, la période qui s’écoule s’illustre surtout par l’anxiété et par la peur

La candidate présidentielle démocrate des États-Unis, Hillary Clinton, à un rassemblement de campagne à Winterville, en Caroline du Nord, le 3 novembre 2016. (Crédit : AFP / Jewel Samad)
La candidate présidentielle démocrate des États-Unis, Hillary Clinton, à un rassemblement de campagne à Winterville, en Caroline du Nord, le 3 novembre 2016. (Crédit : AFP / Jewel Samad)

NEW YORK (JTA) — En 1972, Susannah Heschel avait soumis sa candidature à l’école rabbinique du Jewish Theological Seminary en signe de protestation contre son refus d’ordonner des femmes à l’époque.

Dans les années 1980, elle avait également lancé la pratique de placer une orange sur l’assiette du seder pour symboliser l’inclusion des femmes et autres Juifs marginalisés. A ce moment-là, elle avait aussi publié “On Being a Jewish Feminist,” [Etre une juive féministe], une série d’essais.

Juive et féministe de longue date, Heschel se réjouit de voir Hillary Clinton briser cette année une barrière en devenant la première femme nommée à la présidence par un parti majeur. Et si elle devait gagner l’élection la semaine prochaine, ce serait encore une grande première.

Heschel explique que “le fait qu’une femme soit dans cette course est également très important pour moi”, et qualifie la candidate démocrate de « personnalité très au fait du sexisme et du racisme ».

Mais Heschel est avant tout et de prime abord effrayée par Donald Trump, l’adversaire républicain de Clinton dans le scrutin pour la Maison Blanche. Elle déclare que Trump a introduit des courants de haine au sein de la société qu’elle pensait disparus. En tant que Juive et en tant que femme, elle redoute ce que pourraient signifier Trump et ses appuis pour le pays.

Susannah Heschel (Crédit : Facebook)
Susannah Heschel (Crédit : Facebook)

“Je me sens moins l’esprit festif que d’humeur terriblement inquiète”, explique Heschel. « Je pensais que le Ku Klux Klan, c’était terminé. Je pensais que David Duke, c’était terminé. Je n’aurais jamais pensé qu’aux Etats-Unis, quelqu’un chanterait ‘Jew-S-A !’ Je n’aurais jamais pensé que quelqu’un se présentant à la fonction de président parlerait d’une manière si affreuse, vulgaire et raciste ».

Cette attente, que beaucoup, comme Heschel, espéraient vivre comme un moment d’ascension en tant que féministes et en tant que Juives, est finalement devenue une période marquée par l’anxiété et par la crainte. Presque un siècle après avoir obtenu le droit de vote, une femme est sur le point de devenir présidente des Etats Unis. Et ces activistes affirment que Clinton est le bon choix : Une femme travailleuse, intelligente, activiste déterminée pour soutenir les femmes et les familles.

Mais alors qu’elles discutent au sujet de l’élection, Heschel et quelques autres juives féministes éminentes ne peuvent s’empêcher de revenir à leur crainte de Trump et de ce qu’il représente selon elles : une lame de fond de misogynie et de haine qui pourrait se propager le jour de l’élection et au-delà, que Trump l’emporte ou non. Elles soulignent ses commentaires controversés sur les femmes ainsi que la douzaine d’allégations d’agression sexuelles formulées contre lui.

Blu Greenberg (Crédit : capture d'écran YouTube)
Blu Greenberg (Crédit : capture d’écran YouTube)

“Je pense que tout le monde peut constater la gravité des attitudes négatives que nous devons dépasser, et il représente un point de vue misogyne particulier qui existe de fait en Amérique”, explique Blu Greenberg, co-fondatrice de l’Alliance féministe juive orthodoxe.

« Presque 60 ans après l’apparition du mouvement féministe, que quelqu’un puisse encore exprimer ces visions chauvines et misogynes et trouver du soutien montre combien ces idées sont profondément ancrées dans l’histoire sociale ».

Riv-Ellen Prell votera pour Hillary Clinton non seulement parce qu'elle est une femme, mais surtout parce qu'elle soutient ses politiques. (Crédit : autorisation de Prell)
Riv-Ellen Prell votera pour Hillary Clinton non seulement parce qu’elle est une femme, mais surtout parce qu’elle soutient ses politiques. (Crédit : autorisation de Prell)

Pour certaines juives féministes, voir une femme occuper les plus hautes fonctions à la présidence n’est pas la seule priorité ni une fin en soi, indépendamment des postures adoptées par un candidat. Riv-Ellen Prell, professeur d’études américaines et d’études juives à l’Université du Minnesota, avait ainsi appuyé lors de la primaire Barack Obama, qui était alors sénateur, contre Clinton en 2008 car elle soutenait ses politiques. Quelques intervenantes notent toutefois que dans d’autres pays développés, du Royaume-Uni à l’Allemagne et en passant par Israël, des femmes ont été nommées il y a déjà des décennies.

“Je n’ai jamais cru non plus dans un féminisme essentialiste qui aurait affirmé que n’importe quelle femme designée aurait obtenu mon appui”, dit Prell.

« J’aime finalement penser que j’ai atteint l’âge de la majorité politique lorsque Margaret Thatcher a été élue au Royaume-Uni, et je n’ai donc jamais pensé que [seulement] être une femme était suffisant pour quoi que ce soit ».

Le “National Council of Jewish Women”, actif depuis 120 années, s’implique dans des luttes telles que les droits reproductifs et la violence conjugale, et non auprès de candidats spécifiques. Mais Nancy Kaufman, présidente de l’organisation, affirme que “la manière horrible dont les femmes ont été traitées au cours de ce cycle électoral” a fait écho chez les femmes de tout âge.

Letty Cottin Pogrebin compare la montée de Donald Trump à celle du parti nazi dans l'Allemagne des années 1930. (Crédit : Mike Lovett)
Letty Cottin Pogrebin compare la montée de Donald Trump à celle du parti nazi dans l’Allemagne des années 1930. (Crédit : Mike Lovett)

Quelques féministes juives déclarent que dans un environnement teinté d’une misogynie croissante, Clinton est la candidate qu’il faut. Letty Cottin Pogrebin, auteur et activiste ayant travaillé dans un comité aux côtés de Clinton pour étendre l’accès aux soins pour les enfants au début des années 1990, explique que Clinton est une personnalité à la fois déterminée et concentrée.

“‘Il n’y a personne de plus intelligent, vraiment”, dit-elle. « Elle fait simplement les choses. Elle fait son boulot et elle ne le crie pas sur les toits”.

Mais Cottin Pogrebin, elle aussi, dit avoir été saisie de crainte et avoir comparé l’ascension de Trump à celle du parti nazi dans l’Allemagne de 1930.

“Tout le monde à Berlin croyait être en sécurité”, se rappelle-t-elle. « Comment quelque chose aurait pu arriver et perturber leur réussite ? C’est là que nous en sommes. Chacun a peur de faire cette comparaison mais je pense qu’il faut nommer les choses lorsque vous les voyez arriver”.

Si Clinton l’emporte – les juives féministes l’espèrent – elle encouragera plus de femmes à prendre des postes de direction par ses actions et sa présence.

Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à West Palm Beach, en Floride, le 13 octobre 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)
Le candidat républicain aux élections présidentielles américaines Donald Trump à West Palm Beach, en Floride, le 13 octobre 2016. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

“Avoir Hillary Clinton comme candidate démocrate à la présidence est merveilleux et émancipateur pour des générations de femmes”, commente Susan Weidman Schneider, rédactrice du magazine juif féministe Lilith. « Cela brisera des barrières pas seulement pour la présidence, cela sera également terriblement excitant pour les femmes qui veulent des changements effectifs ».

Mais d’autres craignent qu’il faille s’attendre de manière certaine à un sursaut de plus de misogynie. Alors que l’administration d’Obama a mené à une polarisation exacerbée autour des questions de race, disent-elles, une présidence d’Hillary Clinton pourrait signifier que certains deviennent plus dédaigneux de la lutte en faveur du droit des Femmes.

“Aussi significatif que cela puisse l’être dans cette élection à venir, l’idée qu’elle restructurera tout en termes de race et de hiérarchie raciale au sein de la société semble ridicule”, avait ainsi expliqué Prell lors du scrutin de 2008.

« Nous allons voir une chose très simple entrer en jeu : Si – et quand – nous élisons une femme en tant que président, les gens diront : « Eh bien, il ne peut rien y avoir de sexiste dans la société parce que nous avons placé une femme aux plus honte fonctions de ce pays ».

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