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Pour une influente journaliste libanaise exilée, le Hezbollah est « en déclin »

Pour Maria Maalouf, Israël n'est pas l'ennemi du Liban et ce que l'État hébreu a fait est dérisoire par rapport aux ravages causés par le Hezbollah et l'Iran, le "plus grand satan"

Maria Maalouf est interviewée sur la chaîne publique Kan le 4 novembre 2021. (Capture d'écran/Twitter)
Maria Maalouf est interviewée sur la chaîne publique Kan le 4 novembre 2021. (Capture d'écran/Twitter)

Une journaliste libanaise et critique du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a rejeté l’idée commune dans son pays d’origine qu’Israël est une source de tumultes dans la région, insistant jeudi sur le fait que le groupe terroriste soutenu par l’Iran « est le plus grand satan ».

« Ce qu’Israël a fait au Liban n’est qu’une goutte d’eau par rapport à ce que l’Iran fait aujourd’hui aux civils libanais depuis 1982 », a déclaré Maria Maalouf à la chaîne publique Kan lors de sa toute première interview accordée à un média israélien.

Après avoir remercié le journaliste de Kan de l’avoir invitée, Maria Maalouf a commencé par un avertissement affirmant que l’interview ne devait pas être considérée comme une coopération avec le gouvernement israélien, mais plutôt comme une forme d’ « ouverture ».

Israël et le Liban sont toujours techniquement en état de guerre, depuis la guerre d’indépendance d’Israël en 1948. Israël a envahi le Liban en 1982 pour mettre fin aux attaques terroristes palestiniennes lancées par-delà la frontière et a fini par occuper une zone de sécurité dans le sud du Liban jusqu’en 2000. Israël a également mené une guerre d’un mois contre le groupe terroriste Hezbollah en 2006.

Mme Maalouf, 47 ans, explique qu’elle a commencé sa carrière de journaliste en travaillant pour un média pro-Hezbollah, mais qu’après avoir vu le prix élevé payé par les civils libanais lors de la guerre de 2006, elle a réalisé que le groupe soutenu par l’Iran ne se préoccupait pas réellement de la « résistance ».

« Vous réalisez qu’il y a en fait un plus grand criminel, un plus grand satan, et c’est lui qui cause tous les problèmes », a-t-elle déclaré à Kan, en référence au Hezbollah et à l’Iran.

« Ce qu’Israël a fait au Liban est une goutte d’eau dans l’océan comparé à ce que l’Iran fait aujourd’hui aux civils libanais depuis 1982 », a soutenu Maalouf.

« Israël n’est pas un ennemi du Liban, après tout ce que nous avons vu ».

Maalouf, issue d’une importante famille chrétienne maronite, a quitté le Liban en 2008, avant d’y revenir deux ans plus tard pour créer un nouveau média qui adopte une ligne critique à l’égard du Hezbollah. « J’ai été la première à qualifier le Hezbollah de société d’entrepreneurs », s’est-elle vantée dans l’interview de Kan, en référence à la collaboration entre l’organisation terroriste et l’Iran.

« Si seulement j’avais le courage de me faire exploser sur [le chef du Hezbollah] Hassan Nasrallah afin de venger la mort des martyrs libanais aux mains du parti iranien », aurait-elle dit un jour.

Maalouf accuse le Hezbollah d’assassiner des enfants en Syrie, au Yémen et en Irak en raison de ses efforts militaires pour soutenir les intérêts iraniens dans toute la région.

En 2017, elle a fait la Une des journaux pour avoir tweeté : « Si Israël considère Nasrallah comme son ennemi, pourquoi n’effectue-t-il pas une frappe aérienne qui nous débarrasserait de lui ? »

Nasrallah résiderait dans un bunker secret depuis la guerre de 2006, en grande partie pour empêcher Israël de le tuer.

Les autorités libanaises ont ensuite émis un mandat d’arrêt contre Maalouf et l’ont accusée de connivence avec Israël. La journaliste se trouvait aux Émirats arabes unis lorsqu’elle a posté son tweet, mais après avoir reçu des menaces de mort, elle a décidé qu’il n’était pas prudent pour elle de rentrer au Liban.

Elle est restée à l’étranger depuis et vit aujourd’hui à Washington.

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah prononce un discours après l’explosion mortelle à Beyrouth, le vendredi 7 août 2020. (Crédit : capture d’écran al-Manar)

« Ils veulent me faire un procès parce que j’ai écrit quelque chose ? Mon arme est un stylo, et apparemment, un stylo menace le Hezbollah plus qu’un fusil », a déclaré Maalouf à Kan.

Maalouf a poursuivi en qualifiant Nasrallah de « meurtrier » et a déclaré qu’il était responsable de la mort de plus de 200 civils libanais lors de l’attentat à la bombe du port de Beyrouth l’année dernière. Le Hezbollah a été accusé d’avoir stocké des quantités massives de nitrate d’ammonium dans le port, qui a explosé en août 2020, causant des milliards de dollars de dégâts matériels dans toute la capitale.

Elle a accusé le Hezbollah, « le parti iranien au Liban », de kidnapper son pays afin de le ramener à « l’âge de pierre ».

Interrogée sur les accords de normalisation des Accords d’Abraham qu’Israël a commencé à signer avec ses voisins arabes l’année dernière, Mme Maalouf a déclaré que cela lui avait donné des raisons d’espérer.

« Après l’actualisation des accords d’Abraham, le Liban les rejoindra aussi un jour », a-t-elle spéculé.

« Je reviendrai au Liban quand Israël sera devenu un acteur central de l’aide à l’économie libanaise et que nous serons débarrassés des armes du Hezbollah, si Dieu le veut », a-t-elle ajouté.

Des membres du Hezbollah lors des funérailles d’un des leurs, Mohammed Tahhan, tué par les soldats israéliens sur la frontière entre le Liban et Israël, dans le village d’Adloun, au sud du Liban, le 15 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari, File)

Maalouf a déploré le scénario actuel où les civils libanais doivent s’en remettre à Israël pour apprendre où le Hezbollah stocke ses armes.

« Cela montre qu’Israël veut s’ouvrir aux autres », a-t-elle déclaré.

Mme Maalouf est également depuis longtemps critique à l’égard des dirigeants palestiniens.

Elle a dit avoir appris à connaître les dirigeants de la communauté juive aux États-Unis et considère qu’ils « aiment l’autre, pas comme – et excusez-moi de le dire – les Palestiniens, qui ne veulent que recevoir de l’argent du monde occidental ».

Alors que Nasrallah a récemment affirmé que son groupe disposait de plus de 100 000 soldats, Maalouf a contesté ce point, insistant sur le fait que le Hezbollah est en déclin et que les civils libanais commencent à protester en plus grand nombre contre l’influence du groupe terroriste sur le pays.

« Tout a changé après les accords d’Abraham, Hassan Nasrallah connaîtra sa fin tout seul. Il connaîtra sa fin car c’est la volonté du peuple libanais », a-t-elle déclaré.

Une manifestante libanaise porte son chien et tient une pancarte lors d’une manifestation contre le groupe terroriste Hezbollah et la visite du ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian, Beyrouth, Liban, 6 octobre 2021. (AP Photo/Hussein Malla)

Interrogée sur la possibilité pour Israël de fournir une aide économique au Liban, alors que le pays s’enfonce encore plus dans le désespoir économique, Mme Maalouf a admis que ce ne serait pas possible tant que le Hezbollah reste une autorité clé au Liban, car le groupe terroriste n’acceptera jamais une telle aide de l’État juif.

« Mais nous apprécions les intentions d’Israël », a-t-elle déclaré à propos des récentes propositions d’aide faites par les dirigeants à Jérusalem.

Mme Maalouf a déclaré qu’elle aimerait beaucoup venir en Israël un jour et visiter des sites comme la mosquée al-Aqsa à Jérusalem et l’église de la Nativité à Bethléem.

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