Pourquoi la théorie de Netanyahu d’un complot de gauche est odieuse et absurde
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Opinion

Pourquoi la théorie de Netanyahu d’un complot de gauche est odieuse et absurde

Selon le Premier ministre, police, procureurs et autres veulent l'évincer par idéologie ; mais Olmert a également été poursuivi, et il s'apprêtait à céder des implantations

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (à droite), et l'ancien Premier ministre Ehud Olmert, (à gauche), assistent aux funérailles du député Likud Zeev Boim, à Binyamina, Israël, le lundi 21 mars 2011. (AP Photo/Moti Milrod, Pool)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (à droite), et l'ancien Premier ministre Ehud Olmert, (à gauche), assistent aux funérailles du député Likud Zeev Boim, à Binyamina, Israël, le lundi 21 mars 2011. (AP Photo/Moti Milrod, Pool)

Après plus de deux ans de diatribes contre les piliers de la démocratie israélienne, les attaques incendiaires du Premier ministre Benjamin Netanyahu contre ses accusateurs, peu avant le début de son procès pour corruption dimanche, ont été une brillante affirmation calculée d’innocence et de victimisation.

Sa thèse de base, selon laquelle un Premier ministre de droite fort et favorable à l’annexion est confronté à une tentative illicite – perpétrée par une vaste alliance de gauche composée de politiciens, de médias, de policiers et de procureurs – de l’évincer en raison de son idéologie et de sa politique, est également manifestement ridicule.

Elle repose sur le fait que son auditoire est tellement absorbé par la rhétorique du Premier ministre – son mélange calibré de griefs et de détermination, et ses nombreuses failles, échecs, dissimulations et conspirations apparentes dans l’établissement des accusations « absurdes » et « fabriquées » contre lui, renforcées dimanche par la vue, à ses côtés, de tous ces ministres du Likud muets s’identifiant publiquement à sa cause – qu’il en oublie le trou logique béant en son centre.

Elle repose, apparemment avec un effet considérable, sur une mémoire courte.

Car c’est le sort de son prédécesseur immédiat, Ehud Olmert – ancien maire de Jérusalem et député du Likud, devenu ministre et Premier ministre de Kadima – qui fait ressortir le vide qui réside au cœur de l’allégation incendiaire de Netanyahu selon laquelle un pouvoir de gauche est en train de fomenter un coup politique.

La carrière d’Olmert a d’abord été marquée par un succès politique singulier. Il a été élu à la Knesset à l’âge de 28 ans, a accédé à un poste ministériel, a quitté le Parlement après la défaite du Likud en 1992 face au travailliste Yitzhak Rabin afin de défier avec succès le légendaire maire de Jérusalem Teddy Kollek, devenant ainsi le premier homme politique du Likud à diriger la capitale. Il a ensuite fait son retour à la Knesset une décennie plus tard, où il a poursuivi son ascension jusqu’à devenir Premier ministre par intérim sous Ariel Sharon.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu montre une carte de Jérusalem alors que le maire de Jérusalem, Ehud Olmert, la regarde lors d’un point-presse au bureau de Netanyahu à Jérusalem, mercredi 26 février 1997, alors que le gouvernement israélien a approuvé la construction d’un quartier juif dans la partie est de Jérusalem. (Crédit : AP/Haitham Hamad)

Jusqu’alors farouche opposant à l’abandon des territoires capturés lors de la guerre de 1967 – il s’était même opposé au traité de paix historique entre Israël et l’Égypte – Olmert a reflété le changement politique radical opéré par Sharon à la fin de sa vie, en soutenant le retrait unilatéral du Premier ministre de la bande de Gaza en 2005, et en suivant son chef lorsque Sharon a abandonné le Likud pour créer Kadima. Lorsque Sharon est tombé malade en janvier 2006, Olmert a pris la relève, d’abord temporairement, puis confirmé par le peuple après son succès et celui de Kadima aux élections de 2006.

Ehud Olmert, alors Premier ministre, (à gauche), et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Paris, en juillet 2008. (Crédit : Thaer Ganaim/Flash90)

Le maire faucon qui s’était amèrement opposé à toute division de Jérusalem s’est métamorphosé en colombe politique en tant que Premier ministre, soutenant fermement le statut d’État palestinien – proposant d’ailleurs plus aux Palestiniens que tout autre chef de gouvernement israélien avant ou depuis. En 2008, lors de négociations avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Olmert a proposé de renoncer à la quasi-totalité de la Cisjordanie en échangeant des terres à raison d’une contre une, de donner aux Palestiniens un territoire souverain à Jérusalem pour en faire leur capitale, et de céder la souveraineté israélienne sur le « bassin sacré », avec une tutelle internationale pour assumer à la place la responsabilité de la Vieille Ville et de ses lieux saints, y compris le mont du Temple et le mur Occidental.

Selon la « plaidoirie » présentée dimanche par Netanyahu, et qu’il a exprimée sous une forme ou une autre pendant plus de deux ans en cherchant à discréditer et à entacher ceux qui enquêtent, l’accusent et maintenant le poursuivent, ce Premier ministre, gauchiste, apaisant pour les Arabes, et renonçant à ses terres, Olmert, était exactement l’homme que les élites de gauche auraient voulu voir prendre les décisions les plus fatidiques pour Israël.

En fait, c’est précisément au moment où Olmert présentait à Abbas son offre de statut d’État sans précédent, qu’il a été pris pour cible – forcé de quitter son poste alors que les enquêtes criminelles sur ses agissements en tant que maire se multipliaient. Pressé par ses alliés et ses rivaux, y compris Netanyahu, de quitter le poste de chef de gouvernement et de se concentrer sur sa défense juridique, Olmert a donné son accord de principe en juillet 2008 pour le faire : il a prononcé un discours dans lequel il promettait de continuer à essayer pendant les derniers mois de son mandat « de mener à bien les négociations entre nous et nos voisins » alors même qu’il était, a-t-il dénoncé, soumis à « des attaques incessantes de la part des soldats de la justice autoproclamés, qui cherchaient à m’évincer de mon poste ».

Devenu un Premier ministre boiteux, Olmert a échoué dans ses tentatives désespérées de finaliser un accord avec Abbas – et un éventuel accord sur l’État palestinien, à des conditions très peu susceptibles d’être proposées à nouveau dans un avenir prévisible, a été évité. Netanyahu a pris le relais en mars 2009, après avoir remporté les élections anticipées organisées suite à la démission d’Olmert, et a conservé le pouvoir depuis.

Les quatre institutions clés que Netanyahu cite comme ayant utilisé des moyens malhonnêtes pour l’évincer pour des raisons idéologiques ont joué un rôle dans la chute d’Olmert

Olmert a été inculpé ce même mois d’août, et est allé en prison près de neuf ans plus tard, au terme d’une longue lutte juridique qui l’a d’abord disculpé de certaines des accusations portées contre lui, mais qui l’a ensuite condamné en appel. Les quatre institutions clés que Netanyahu cite comme ayant utilisé des moyens malhonnêtes pour l’évincer pour des raisons idéologiques ont joué un rôle dans la chute d’Olmert : certains de ses propres alliés avaient exercé des pressions pour qu’il démissionne, il avait subi une couverture médiatique hostile, la police était manifestement déterminée à mettre la main sur lui, et les procureurs de l’État le poursuivaient avec ténacité malgré quelques décisions initiales en leur défaveur. Ensuite, les juges israéliens, dont l’impartialité a permis à Netanyahu d’omettre de façon flagrante de leur exprimer sa foi dimanche, ont finalement envoyé Olmert en prison.

La séquence même des événements qui ont contribué à l’arrivée de Netanyahu au pouvoir en 2009, en d’autres termes, démontre l’inanité de l’insistance du Premier ministre pour que lui et l’ensemble de la droite israélienne soient jugés dans son cas, victimes d’un processus profondément politisé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, entouré des députés du Likud, fait une déclaration télévisée avant le début de son procès pour corruption au tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020. Parmi les ministres du Likud photographiés (de gauche à droite) figurent Amir Ohana, Miri Regev, Israel Katz, Tzachi Hangebi, Yoav Gallant et David Amsalam. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Citoyens d’Israël », a déclaré Netanyahu devant la salle d’audience dans la première partie de son discours de dimanche, qui mérite d’être citée dans son intégralité, « ce qui est jugé aujourd’hui est un effort pour contrecarrer la volonté du peuple – la tentative de me faire tomber ainsi que le camp de droite. Depuis plus d’une décennie, la gauche n’a pas réussi à le faire par les urnes. Ces dernières années, ils ont donc trouvé une nouvelle
méthode : des éléments de la police et du ministère public se sont associés aux médias de gauche – je les appelle le gang ‘Tout sauf Bibi’ – pour fabriquer des dossiers sans fondement et absurdes contre moi ».

« L’objectif est de faire tomber un Premier ministre fort de droite et d’empêcher ainsi le camp de droite de diriger l’État pendant de nombreuses années », a-t-il poursuivi. « Au fait, cela ne les dérangerait pas qu’un caniche coopératif arrive de la droite – il y en a toujours un dans les parages – mais moi, je ne suis pas un caniche. Je n’ai pas l’intention d’adapter mes politiques pour bénéficier d’une meilleure couverture médiatique, je ne suis pas disposé à déraciner des implantations, je ne suis pas disposé à faire toutes sortes d’autres choses, et je dois donc être écarté par tous les moyens ».

Non. C’est manifestement faux.

En fait, c’est la police et le ministère public qui ont fait tomber avec ténacité son prédécesseur de gauche, un Premier ministre qui avait joué un rôle central dans le déracinement des implantations de Gaza et qui, de manière bien plus radicale, était prêt à déraciner la plupart de celles de Cisjordanie également.

Il ne fait aucun doute que Netanyahu – tout comme Olmert avant lui – est convaincu qu’il est victime d’une terrible injustice. Les accusations portées contre lui sont complexes. Affaire 1000 : à quel moment les cadeaux des amis deviennent-ils illicites ? Affaire 2000 : la discussion d’un arrangement potentiellement illégal avec l’éditeur d’un quotidien, un arrangement qui n’a pas abouti, constitue-t-il un crime ? Affaire 4000 : une série de décisions qu’il a prises en tant que ministre des Communications, qui auraient profité à l’actionnaire majoritaire de Bezeq à hauteur de centaines de millions de dollars, et qui auraient retardé de plusieurs années des mises à niveau nationales urgentes du réseau internet, constituent-elles un abus illégal de sa fonction, et font-elles partie d’un arrangement illicite de contrepartie par lequel il a obtenu la supervision éditoriale du deuxième site d’information le plus populaire du pays ?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le chef de la police Roni Alsheich lors d’une cérémonie d’inauguration marquant l’ouverture d’un nouveau poste de police dans la ville israélienne d’Israël Jisr az-Zarqa, 21 novembre 2017 (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

Le chef de la police qui a supervisé les enquêtes, Roni Alsheich, nommé par Netanyahu lui-même, un ancien officier supérieur du Shin Bet qui a grandi dans l’implantation de Kiryat Arba – qui n’est pas de gauche, lui – a conclu que le Premier ministre devait être inculpé.

Le procureur général – un ancien avocat général de l’armée israélienne, et l’ancien secrétaire de cabinet de Netanyahu, nommé au plus haut poste juridique par Netanyahu – est arrivé à la même conclusion. Maintenant, les trois juges du tribunal de district de Jérusalem vont examiner les preuves, donnant à Netanyahu toutes les possibilités légitimes de plaider sa cause.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (à gauche), s’entretient avec le secrétaire du cabinet de l’époque, Avichai Mandelblit, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le dimanche 21 septembre 2014. (AP Photo/Menahem Kahana, Pool)

En tant que Premier ministre d’Israël, bien que lésé par sa situation juridique, Netanyahu est censé servir de modèle pour l’État de droit dans le pays qu’il dirige, le pays qu’il a servi si longtemps, le pays qu’il a juré dimanche de renforcer et de sauvegarder, le pays qu’il a décrit dans son discours comme « la mission de sa vie ». Il ne l’a pas fait dimanche, n’a même pas réussi, au milieu de son attaque déplorable, à assurer à la nation qu’après avoir fustigé la police et les procureurs israéliens, il fait au moins confiance aux juges israéliens.

La loi israélienne lui donne le droit de rester au poste de Premier ministre même tant qu’il s’efforce de prouver son innocence. Une grande partie de l’électorat applaudit cet état de fait. Netanyahu est un formidable Premier ministre, qui a gagné à plusieurs reprises la confiance des électeurs, a guidé Israël à travers des périodes extrêmement complexes et difficiles, a fait avancer sa cause sur la scène mondiale, a établi des relations internationales vitales et a tout récemment fait preuve d’un leadership très efficace dans la lutte contre la Covid-19.

Mais son Israël bien-aimé mérite mieux que le fait qu’il abuse de son droit à conserver sa fonction pendant son procès pour déformer le processus juridique en cours, pour fomenter la dissidence interne, pour s’attaquer à la crédibilité et à la légitimité de l’État de droit. Et il mérite mieux de la part des autres représentants élus que leur assemblée mièvre à ses côtés, masqués dans un acquiescement muet, alors qu’il lance des allégations manifestement infondées contre ses accusateurs.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement dans la salle Chagall de la Knesset, le dimanche 24 mai 2020. (Abir Sultan/Pool Photo via AP)

Si Netanyahu a dû se présenter dimanche dans la salle d’audience 317 du tribunal de district de Jérusalem, ce n’est pas parce qu’une cabale de politiciens, de journalistes, de policiers et de procureurs de gauche sont déterminés à évincer un Premier ministre de droite puissant et à l’empêcher, lui et ses alliés idéologiques, de prendre le pouvoir pendant des années. Il ne s’agit pas de l’État d’Israël contre le camp de la droite israélienne. Il suffit de demander à Ehud Olmert.

Malgré tous ses efforts pour déformer le processus, et malgré la complicité silencieuse de ses collègues sans scrupules dans cette fable, c’est Benjamin Netanyahu, et seulement Benjamin Netanyahu, qui est jugé.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

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