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Qatargate : La Cour lève les restrictions imposées à l’assistant du Premier ministre

Le juge note les propos de Benjamin Netanyahu selon lesquels "il n'y avait rien d'illégitime" dans le fait que Jonatan Urich travaille pour le Qatar, "qui n'est pas un État ennemi"

Jonatan Urich, suspecté dans l'affaire du Qatargate, lors d'une audience, au tribunal de Lod, le 22 mai 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)
Jonatan Urich, suspecté dans l'affaire du Qatargate, lors d'une audience, au tribunal de Lod, le 22 mai 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Jonatan Urich, le principal conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu et suspect principal dans l’affaire dite du « Qatargate », sera autorisé à rencontrer et à travailler à nouveau avec le Premier ministre à partir de la semaine prochaine.

Jeudi, un juge a en effet rejeté la demande de la police visant à prolonger les restrictions qui lui avaient été imposées lors de sa libération de l’assignation à résidence, plus tôt cette année.

De concert avec l’ancien porte-parole de Netanyahu, Eli Feldstein, Urich avait mené une campagne de relations publiques en faveur du Qatar afin de présenter cet État du Golfe sous un jour favorable avant la Coupe du monde de football 2022, qui devait se tenir à Doha. Il aurait poursuivi son travail de relations publiques pour le Qatar bien après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, malgré les liens de ce pays avec ce groupe terroriste.

Urich, Feldstein et un troisième conseiller de Netanyahu, Yisrael Einhorn, sont soupçonnés de multiples infractions liées à leur lobbying présumé en faveur du Qatar, notamment pour avoir été en contact avec un agent étranger, ainsi que pour une série d’actes de corruption impliquant des lobbyistes et des hommes d’affaires, alors qu’ils travaillaient pour le Premier ministre. L’enquête s’est également étendue aux relations commerciales d’anciens responsables de la sécurité avec le Qatar.

Le juge Menachem Mizrahi, du tribunal de Rishon Lezion, a rejeté la demande de la police visant à prolonger diverses restrictions imposées à Urich après son assignation à résidence initiale en mai.

Cette décision entrera en vigueur lundi, laissant ainsi le temps à la police de préparer un éventuel appel.

Le juge Mizrahi a directement critiqué le contenu de l’affaire présumée contre Urich ainsi que la manière dont les enquêteurs ont présenté leurs preuves au tribunal dans le cadre de la demande de prolongation des restrictions imposées à ce dernier.

Montage photos (de gauche à droite) : Jonatan Urich, Eli Feldstein, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Flash90)

Les restrictions imposées à Urich, que la police souhaitait prolonger jusqu’au 10 septembre, comprenaient l’interdiction de contacter plusieurs autres personnalités impliquées dans le scandale du Qatargate, ainsi que toute personne travaillant pour le cabinet du Premier ministre, y compris Netanyahu lui-même.

Selon le juge, la police n’a pas fourni de preuves suffisantes pour établir la présomption raisonnable qu’Urich avait le statut de fonctionnaire au sens du droit pénal, une qualification pertinente pour déterminer sa culpabilité dans les faits de corruption, de fraude et d’abus de confiance dont il est soupçonné.

Netanyahu : « Il n’y a rien d’illégitime » à travailler pour le Qatar

Dans sa décision, le juge a révélé certains des témoignages fournis par Netanyahu, qui s’était entretenu en mars avec l’unité anticorruption de la police Lahav 433, chargée des crimes majeurs au sujet de l’affaire Qatargate.

Selon Mizrahi, « Netanyahu a été interrogé pour savoir s’il savait que le suspect travaillait pour le Qatar, ce à quoi il a répondu par la négative. Il a ajouté que, même si c’était le cas, c’est ainsi que les choses se passent et qu’il n’y a donc « rien d’illégitime ; beaucoup de gens travaillent pour plusieurs pays. Le Qatar n’est pas un État ennemi ».

« Il a déclaré que le suspect était un porte-parole du Likud, et qu’il avait même été utilisé comme tel par Netanyahu, qu’il participait à la diplomatie publique, mais qu’il ne percevait pas de salaire de l’État, mais du parti », a écrit le juge.

Il a également noté que le Premier ministre avait déclaré aux enquêteurs qu’Urich « pouvait travailler avec qui il voulait », car il n’était pas, selon le Premier ministre, un fonctionnaire.

Mizrahi a également noté que les documents fournis au tribunal ne faisaient état d’aucune nécessité ni intention de recueillir d’autres témoignages de Netanyahu.
« Par conséquent, la conclusion est que l’interdiction de contact entre lui et l’accusé n’a aucune pertinence », a estimé le juge.

L’avocat de Benjamin Netanyahu, Me Amit Hadad, qui représente également Jonatan Urich dans l’affaire Qatargate, arrivant au tribunal de Tel Aviv, où le Premier ministre témoigne dans son propre procès pour corruption, le 21 avril 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Il a en outre souligné que le porte-parole militaire de Netanyahu, Eli Feldstein, n’était pas interdit de parler au Premier ministre ou à quiconque, bien qu’il soit un suspect majeur dans l’enquête.

Mizrahi a qualifié la différence entre les conditions de libération d’Urich et celles de Feldstein de « discrimination étrange, dépourvue de toute logique ».

Enfin, pour conclure, le juge a réprimandé le représentant de la police pour avoir initialement refusé de fournir au tribunal les documents relatifs à l’enquête. La police a fini par accepter d’envoyer les preuves, mais elle l’a fait tardivement dans la procédure.

« Je n’ai jamais rencontré une telle réponse de la part de l’unité d’enquête, et cela aurait suffi à rejeter la demande », a déclaré le magistrat.

En fustigeant le témoignage du Premier ministre, Lapid provoque Urich

Après l’annonce de cette décision, Urich a publié le texte du Psaume 124 sur le réseau social X : « Si ce n’était pas le Seigneur qui était à nos côtés, quand les hommes se sont levés contre nous, ils nous auraient engloutis vivants, quand leur colère s’est enflammée contre nous… Béni soit le Seigneur, qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents. »

Une photo de lui lisant le psaume dans un livre ouvert figurait à côté du texte.

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a quant à lui condamné les propos tenus par Netanyahu dans son témoignage.

« Ce n’est pas possible ! Il est tout simplement impossible que Netanyahu ait fait valoir à la police qu’il n’y avait rien d’illégitime à ce que son plus proche assistant, travaillant avec lui dans son bureau, reçoive de l’argent d’un État arabe qui soutient le Hamas. Il n’est pas apte à diriger l’État d’Israël. »

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid s’exprimant lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 28 juillet 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

En réponse, Urich a sous-entendu que l’ancien Premier ministre avait également rencontré des Qataris, l’accusant d’hypocrisie, et ajoutant : « Vous n’êtes pas apte à diriger le conseil d’administration d’un immeuble. Passez à autre chose. »

Le chef du parti Yesh Atid a déclaré avoir rencontré une fois un ministre qatari en compagnie des familles des otages, ajoutant : « Dans mon bureau, personne n’a reçu d’argent ou de pots-de-vin de quiconque. »

Après avoir attaqué Lapid pour s’être associé au parti islamiste Raam lorsqu’il était Premier ministre, Urich a laissé entendre que Lapid cachait quelque chose et l’a menacé : « Au Qatar, vous avez rencontré certaines personnes. Je garde cela pour plus tard. Attendez patiemment. »

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