Quand des vétérans des Jeunesses hitlériennes se souviennent
Rechercher
Diffusion mardi en France à 20H55 sur France 2

Quand des vétérans des Jeunesses hitlériennes se souviennent

Le documentariste David Korn-Brzoza explore l'effroyable mécanique d' "endoctrinement" orchestré par le IIIe Reich

Capture d’écran du documentaire de David Korn-Brzoza sur les jeunesses hitlériennes (Crédit: France 2)
Capture d’écran du documentaire de David Korn-Brzoza sur les jeunesses hitlériennes (Crédit: France 2)

« C’étaient des jeunes auxquels on a promis le rêve et qui n’ont eu que le cauchemar ». A partir des témoignages de dix Allemands enrôlés pendant leur enfance dans les Jeunesses hitlériennes, le documentariste David Korn-Brzoza explore l’effroyable mécanique d’ « endoctrinement » orchestré par le IIIe Reich.

Le documentaire, tissé d’images d’archives, sera diffusé dimanche en Suisse et mardi en France (20H55 sur France 2) après l’avoir été récemment en Belgique.

« Aujourd’hui, en Allemagne, tous les vieux ont potentiellement été embrigadés dans les Jeunesses hitlériennes », soulignait David Korn-Brzoza lors de la présentation de ce film, « Jeunesses Hitlériennes: l’endoctrinement d’une nation » (1h47), fruit de deux années d’une enquête minutieuse.

Après plusieurs mois de recherche avec ses équipes, le documentariste français est parvenu à retrouver et interroger dix-sept vétérans des HJ.

C’était une gageure.

David Korn-Brzoza (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Il cherchait des hommes, nés entre 1925 et 1930, en mesure de témoigner de façon cohérente et répondant à des critères stricts : « Qu’ils se souviennent, qu’ils aient quelque chose d’intéressant à raconter, qu’ils aient peut-être mené une réflexion sur leur propre histoire et puissent verbaliser leur expérience et, bien sûr, qu’ils acceptent de se livrer », explique l’auteur des documentaires « La Chute du Reich » (2015) et « Après Hitler » (2016).

Certains étaient connus comme Solomon Perel, auteur d’une autobiographie adaptée au cinéma dans « Europa Europa » par Agnieszka Holland en 1990.

Le documentariste a filmé de quatre à cinq heures de discussions avec chacun, consacrées à leurs souvenirs, constituant une somme considérable qui pourrait être versée à un fonds d’archives. Seuls dix de ces témoignages sont intégrés au film.

Solomon Perel (Crédit : CC BY-SA 4.0)

« Lorsqu’ils nous racontent leur fascination pour Hitler, pour le IIIe Reich (…) c’est différent de ce que l’on trouve dans un livre d’Histoire », souligne-t-il.

A suivre le cours de ces histoires intimes, « on comprend par quoi ils sont passés », fait valoir le réalisateur, soulignant que « la petite histoire rencontrait toujours la grande ».

Leurs témoignages résonnent avec « ces jeunes happés par l’islamisme radical » de notre époque, observe-t-il.

« Et le film trouve sa place aujourd’hui parce que précisément c’étaient des jeunes qui ne demandaient rien, auxquels on a promis le rêve et qui n’ont eu que le cauchemar ».

Les souvenirs des jeunes hitlériens sont entrelacés avec des archives d’une qualité exceptionnelle. Les images ont été glanées partout mais surtout en Allemagne, où la propagande sur les jeunesses hitlériennes abondait.

« C’était la vitrine du régime nazi », rappelle-t-il.

Des centaines d’heures de visionnage ont été nécessaires pour débusquer au milieu d’une bobine la moindre image d’un adolescent au combat, filmé une arme à la main. « On essaie de trouver la pépite, parfois c’est presque subliminal, et soudain, on découvre le visage d’un gamin derrière un char, on devine qu’il a 15 ans et qu’il est à Berlin », décrit-il.

Pour mieux donner chair aux propos de ces témoins, les archives ont été colorisées.

Selon David Korn-Brzoza, ce fut « un autre défi » qui s’illustre notamment avec les défilés de plusieurs centaines ou milliers de jeunes, munis de drapeaux SS agités en tous sens. « Nous sommes de véritables recordmen en terme de qualité de colorisation », rit-il.

« Et le film trouve sa place aujourd’hui parce que précisément c’étaient des jeunes qui ne demandaient rien, auxquels on a promis le rêve et qui n’ont eu que le cauchemar »

Les archives, à l’origine en noir et blanc et muettes, ont été également sonorisées.

Quant à la narration, le réalisateur l’a confiée une fois de plus au comédien Vincent Lindon, comme dans « Après Hitler ».

Également embrigadées dans les Jeunesses hitlériennes, les jeunes filles en revanche n’apparaissent guère.

« Elles n’allaient pas au combat et restaient à l’arrière, où le Reich les destinaient à autre chose », déclare le réalisateur.

« J’ai obtenu le témoignage de quatre femmes mais par rapport à la force du récit des hommes, elles amenaient autre chose. Une autre histoire. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...