Quand Israël plonge dans la corruption selon Eliad Shraga, – « plombier national »
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Interview"Sans morale, la société s'effondre"

Quand Israël plonge dans la corruption selon Eliad Shraga, – « plombier national »

Avant, une simple accusation de corruption pouvait mener à des suicides ; aujourd'hui, vous êtes une célébrité, affirme le dirigeant du Mouvement pour un gouvernement de qualité

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L'avocat Eliad Shraga du Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, photographié lors d'une audience de la Cour suprême en 2016 (Yonatan Sindel / Flash90)
L'avocat Eliad Shraga du Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, photographié lors d'une audience de la Cour suprême en 2016 (Yonatan Sindel / Flash90)

L’avocat Eliad Shraga dirige le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël – un organisme à but non lucratif dédié principalement à la lutte contre la corruption au sein du gouvernement – depuis près de 30 ans.

Par des batailles juridiques incessantes, le mouvement de Shraga a protégé les lanceurs d’alerte, dénoncé la corruption du gouvernement local, bloqué les transactions immobilières liées à une corruption, mis en évidence l’utilisation abusive de fonds publics, lutté contre la non-conscription des jeunes ultra-orthodoxes, contrecarré le renflouement de dettes de magnats corrompus, renforcé le droit d’organiser des manifestations publiques, et a encouragé les investigations pour corruption présumée au sein du gouvernement israélien – notamment, récemment, dans l’affaire des sous-marins allemands dite « affaire 3000 ».

En raison de ses activités, Shraga se retrouve régulièrement vilipendé par plusieurs de ses cibles et accusé de diffamation.

« Parfois, nous avons le sentiment d’être comme Hans Brieker, le petit garçon néerlandais », affirme le site web de son organisation. Comme Shraga le dit dans cette interview : « Être le plombier national est un sale boulot. »

Interviewé récemment dans son bureau de Tel Aviv, Shraga a fait preuve de sa détermination tout en reconnaissant sa frustration : s’il reconnaît se battre pour une bataille perdue, il ne s’arrêtera pas jusqu’à ce qu’il ait gagné. Il parle très vite, partant dans tous les sens, et personne, absolument personne, n’est épargné. Ce qui suit est une transcription éditée de notre conversation en hébreu.

The Times of Israël : Dans quelle mesure devrions-nous nous inquiéter du niveau de corruption qui a cours dans l’ensemble du pays ? Et quels domaines sont, selon vous, les plus problématiques ?

Eliad Shraga : Je n’en dors pas la nuit. Nous luttons contre la corruption depuis 28 ans et cela a empiré. Le cancer de la corruption s’est répandu partout – dans les recoins les plus intimes de l’Etat d’Israël, jusque dans l’armée israélienne avec l’affaire des sous-marins.

C’est partout.

Regardez combien de maires, de députés, de ministres, de présidents, de Premiers ministres [ont été accusés]. Tout n’est qu’une question d’argent. On ne peut pas dire qu’il existe une sphère propre et non contaminée.

Je manifeste chaque Shabbat [contre la corruption gouvernementale] et je fais si souvent appel à la Cour suprême pour de bonnes raisons. Je suis souvent poursuivi en diffamation et les médias me dénigrent pour de bonnes raisons. C’est une guerre impitoyable. Dès que vous essayez de traiter cette maladie avec quelques gouttes de chimiothérapie, tout le monde devient immédiatement fou furieux.

Regardez ce qui s’est passé ​​quand j’ai affirmé qu’une « main invisible » avait signé une lettre qui permettait aux Allemands de vendre des sous-marins sophistiqués aux Egyptiens. Tout le pays a été en colère à ce sujet. Et tout ce que j’ai fait, c’était de dire la vérité : on a eu affaire à une « main invisible » – que le chef des forces navales israéliennes ne connaît pas, que le chef d’état-major ne connaît pas, que le ministre de la Défense ne connaît pas. Et que le président ne connaît pas – parce que, comme un idiot, [le président Rivlin] a demandé à [la chancelière allemande] Merkel : ‘Comment se fait-il que vous vendiez des sous-marins [à l’Egypte] ?’ Et elle a répondu qu’il y avait une lettre [d’Israël approuvant la transaction] !

Eliad Shraga, fondateur du Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, lors d’une conférence de presse organisée dans une tente de protestation au parc Sacher, à Jérusalem, le 4 juin 2017, montée par des parents de jeunes patients atteints de cancer (Yonatan Sindel / Flash90)

Comprenez-vous ce qui se passe ? Les gens sont prêts à vendre la sécurité du pays pour quelques dollars. C’est incroyable. Quand vous voyez à quel niveau cela survient, vous comprenez, malheureusement, que le pays est malade.

Cette corruption est présente dans tous les domaines, y compris le domaine judiciaire ?

Non. Les juges ne sont pas corrompus. Mais vous pouvez voir de quelle façon les juges sont choisis dans ce pays. Vous voyez ce que les gens sont prêts à faire, et comment ils sont prêts à le faire, et quelles sont les relations et les transactions qui en découlent, et quelle politique est mise en place dans la sélection des juges. [Le phénomène] s’infiltre et, le lendemain matin, vous comprenez que si le phénomène n’est pas arrêté, alors quelqu’un sera prêt à faire du lobbying et à payer de l’argent pour être nommé juge de district.

Mais nous n’avons pas encore atteint ce stade ?

Pas encore, mais qui sait. La corruption est exponentielle. [Le phénomène] s’est profondément ancré à la société israélienne. Et ce qui est plus grave, c’est que la corruption est maintenant perçue comme un [simple] crime social. Tu es corrompu ? Pas de problème.

L’avocat Eliad Shraga du Mouvement pour un gouvernement de qualité, devant une salle d’audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 5 octobre 2014 ; le Mouvement a déposé une pétition contre des nominations effectuées par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Tzachi Hanegbi (Hadas Parush / Flash90)

Il y a quarante ans, ici en Israël, à peine une enquête pour corruption était lancée que la personne concernée pouvait se suicider. C’est ce qui est arrivé à Avraham Ofer en 1977. L’enquête avait à peine commencé, et plus personne ne voulait rien avoir à faire avec lui. Qu’est-il arrivé à [Michael] Albin, à Yaakov Levinson ? Une enquête venait tout juste de s’ouvrir contre eux et ils se sont immédiatement suicidés.

De nos jours, si vous n’avez pas été accusé dans une affaire ou si vous n’avez pas été inculpé, vous ne pouvez pas être un représentant public.

De nos jours, vous êtes une célébrité. Aryeh Deri, un criminel qui a été condamné, a repris son poste en tant que ministre de l’Intérieur de l’Etat d’Israël ! Même au Nigeria, ce serait inouï.

Un criminel condamné qui redevient ministre.

Et que fait la police dans tout ça ?

Que peuvent-ils faire ? Ils enquêtent. Mais [dans le cas de Deri], une loi qui a été adoptée par la Knesset a permis à un criminel qui a été condamné de retourner siéger à la Knesset sept ans après. Alors il est revenu, car les gens l’ont élu. Comment cela peut-il être possible ?

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2016 (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Regardez ce qui se passe aujourd’hui si vous dites quelque chose à une femme. Même sans mise en accusation, vous êtes fini, vous êtes un homme mort. Et c’est une bonne chose. Mais d’un autre côté, les crimes liés à la corruption [ne sont pas traités avec la gravité nécessaire]. Quand une société confère une légitimité à la corruption, alors elle ne fonctionne pas.

Encore une fois, où est la police ?

Ils font de leur mieux.

Vous pensez vraiment cela ?

Eh bien, tout est relatif. Ils enquêtent sur de nombreuses personnes, y compris les Premiers ministres et les présidents.

Ils enquêtent sur ce qui fait la Une des journaux.

Il y a des gens qui ne veulent pas d’une police forte. Elle ne reçoit pas le financement dont elle a besoin. Regardez ce que Bibi [Netanyahu] fait au responsable de la police [Roni Alsheich]. Ils lui ont déjà dit : ‘Nous ne prolongerons pas votre mandat.’ Ils peuvent toujours décider quand apporter davantage de financement et quand en apporter moins.

Le chef de la police Roni Alsheich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, photographiés au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Miriam Alster/Flash90)

Vous me demandez pourquoi l’application de la loi est inadéquate. Le problème des options binaires et du Forex, par exemple, est si compliqué qu’il est nécessaire d’avoir un plan sophistiqué pour le combattre. Vous avez besoin de personnes d’un niveau différent pour lutter contre la cybercriminalité.

D’après ce que vous savez, la police ne dispose pas de telles personnes ?

Regardez, ils essaient de la combattre. Je sais qu’ils ont mis en place une cyber-unité. Mais ils ne sont pas au niveau du Mossad ou du Shin Bet, même s’ils comprennent que le monde entier a commencé à lutter contre la cyber-criminalité et qu’il existe des agences nationales qui s’en occupent. Je ne peux pas vous dire qu’ils sont des experts dans les affaires liées au Forex. Je ne suis même pas sûr que l’Autorité des titres israélienne (ISA) en sache assez à ce sujet.

Même si le dirigeant de l’ISA comprend ce problème et est prêt à le combattre, et que l’ISA est considérée comme une autorité de premier plan disposant des meilleurs experts dans ce domaine, c’est compliqué. Je le sais parce que le département commercial de mon organisation a préparé un rapport sur le Forex.

Ce n’est pas si compliqué, mais cela demande des efforts.

Avec la police, c’est une question de ressources.

Quand vous regardez, de façon globale et historique, y a-t-il d’autres pays qui sont passés par le même processus de déclin vers la corruption ? Quels précédents devrions-nous regarder pour comprendre les signes avant-coureurs ?

Je viens d’écrire un nouveau livre sur les lanceurs d’alerte qui dénoncent une corruption, et les premiers chapitres traitent d’exemples historiques. Quand vous analysez ce qui est arrivé à l’Empire romain ou à l’Empire ottoman ou même à l’Empire soviétique, à la fin les empires s’effondrent non pas à cause de guerres mondiales ou de crises économiques, ils s’effondrent quand leur fondement moral devient pourri.

Regardez ce qui est arrivé au bloc soviétique en 1989. Il s’est effondré du jour au lendemain, cet empire qui nous avait posé une menace existentielle. Il s’est effondré parce que le communisme était devenu si corrompu qu’il s’est simplement désintégré de lui-même. Et c’est ce qui arrive aux empires les plus puissants.

Portrait officiel de Boris Eltsine (Crédit : CC BY 4.0/Wikipedia)

Une fois que votre colonne vertébrale morale est pourrie, vous vous effondrez. Et c’est pourquoi je suis si inquiet, parce que c’est ce qui se passe ici. Nous nous débarrassons de la fibre morale de ce pays.

Bibi – et ce n’est pas une déclaration politique partisane – est en train de démanteler la solidarité au sein de la société israélienne. C’est une technique qui vise à régner sur les masses. Vous faites des divisions entre la gauche et la droite, entre Séfarades et Ashkénazes, entre Juifs et Arabes. Vous ouvrez les schismes dans la société et démêlez les fils.

Récemment, dans une interview à la télévision israélienne, j’ai dû expliquer que j’avais une grand-mère marocaine, donc que je n’étais pas raciste. Parce que j’ai du sang marocain. Je suis un commandant réserviste des parachutistes. Pourquoi devrais-je expliquer que j’ai la légitimité d’être ici, dans ce pays ? Ils veulent m’étiqueter comme ashkénaze. Quelle chance que j’ai d’avoir une grand-mère marocaine, ce qui me permet de leur demander d’arrêter de m’accuser d’être ashkénaze. Mais s’ils n’aiment pas ce que je dis, ils m’accusent immédiatement d’être un ashkénaze élitiste et condescendant, d’être de gauche. C’est comme ça, et cette haine ethnique n’a pas toujours été là. C’est un signe, une indication.

Vous pointez du doigt directement Netanyahu. (Le mouvement de Shraga a exhorté le Premier ministre à se retirer temporairement de ses fonctions jusqu’à ce que le procureur général décide de l’inculper dans une ou plusieurs des affaires de corruption qui le visent.)

Bibi n’est pas le problème. Je parle de l’un des problèmes. Je regarde les signes d’une société qui s’effondre. Nous construisons peut-être de grands bâtiments et des routes et « notre situation économique n’a jamais été meilleure ». Tout cela est bien beau et vrai, mais…

Quand je suis revenu de la deuxième guerre du Liban, nous avons entamé une grève de la faim afin de réclamer une commission d’enquête concernant [le Premier ministre] Olmert. Vous vous souvenez ? Nous nous sommes assis à Jérusalem, face à la Cour suprême, parce que nous voulions une commission d’enquête. Vous voyez la différence entre la première guerre du Liban [qui a fait l’objet d’une enquête approfondie] et la deuxième guerre du Liban.

Des soldats évacuant un camarade blessé lors de la seconde guerre du Liban, le 24 juillet 2006 (Crédit : Haim Azoulay / Flash 90)

On ne peut plus croire que le chemin que nous prenons est juste. La solidarité s’effiloche et la corruption est en hausse. Lorsque vous regardez la situation dans son ensemble – et pas seulement la corruption –, de tous les indicateurs qui représentent l’épine dorsale morale d’une société, vous voyez que nous avons un très gros problème ici.

Notre attitude vis-à-vis de la diaspora juive en est un autre exemple ; c’est un autre point qui s’effiloche. Ce sectarisme, le fait que les orthodoxes disent ‘Nous n’acceptons pas les Juifs réformés et conservateurs’… C’est scandaleux. Que reste-t-il du peuple juif après l’Holocauste ? Vous n’avez rien appris ? Il y a maintenant 14 millions de Juifs et vous voulez abandonner 6-7 millions de ces Juifs ? C’est ce qu’ils font.

Avez-vous conscience de ce qu’éprouvent les Juifs américains à propos de ce qui se passe ici ? Les [orthodoxes] pensent qu’ils ont des droits exclusifs sur le mur Occidental. Ce sont des imbéciles. Il appartient à tous les Juifs. La communauté juive américaine est en colère à propos de ce qui se passe ici.

La politique est-elle une cause perdue ? Ou y trouve-t-on encore de bonnes personnes ?

Les gens me demandent toujours ce qui va se passer après le départ de Bibi. Je leur réponds : Churchill est parti et l’Angleterre est restée, parce que d’autres bonnes personnes sont venues après lui. Ici aussi, il y a de bonnes personnes. Il y a des fleurs qui ne veulent pas s’épanouir parce qu’une ombre plane très fort sur elles. Mais je suis convaincu que d’autres viendront. Après le départ de Ben Gurion, c’était le même schéma. Et regardez qui est venu après lui : Levi Eshkol, Golda Meir, Menahem Begin. Il y a de bonnes personnes partout.

Le Premier ministre Levi Eshkol, au centre, et le futur Premier ministre Menachem Begin, à droite, saluent les troupes dans la péninsule du Sinaï à la suite de la guerre des Six jours, le 13 juin 1967 (GPO)

C’est ce qui m’a permis de faire ce que je fais depuis 30 ans. J’ai fait des sacrifices pour continuer à patauger dans cette poubelle. Être le plombier national est un sale boulot. Personne ne veut prendre ma relève car toute la journée, je me dispute avec ces gens affreux. Je ne pourrais pas le faire si je n’étais pas une personne optimiste par nature, et si je ne croyais pas que nous avons un pays merveilleux, avec plus de bonnes personnes par mètre carré que n’importe où ailleurs dans le monde.

Mais elles ne vont tout simplement pas s’attaquer au système politique. J’en parle avec des officiers supérieurs de l’armée, des professeurs, tous mes amis… Ils n’envisagent pas d’entrer en politique. J’imagine que, lorsque le moment sera venu, les bonnes personnes envisageront de faire de la politique. Un processus de nettoyage et de correction doit être nécessaire.

Il s’agit de se donner en exemple – quels messages vous voulez donner, ce que vous dites, ce que vous ne dites pas, comment vous vous comportez. Tout cela va vers le bas. La situation n’est pas bonne, c’est le moins qu’on puisse dire, mais il faut rester optimiste car nous n’avons pas d’autre pays.

Dans les enquêtes concernant Netanyahu, faites-vous confiance au procureur général Avichai Mandelblit pour prendre des décisions nécessaires et correctes basées sur les preuves ? En est-il capable ? Cette hiérarchie est-elle fiable ?

Nous avons fait appel à la Cour suprême contre la nomination de Mandelblit. Je ne pense pas que quelqu’un qui ait été son secrétaire de cabinet et qui ait travaillé directement avec Bibi pendant quatre ans puisse être un procureur général impartial. Même au paradis, un ange ne pourrait pas le faire. Si je devais travailler avec vous pendant quatre ans, côte à côte, il serait très difficile de vous inculper.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une cérémonie à Jérusalem, le 26 octobre 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

C’est le moment de vérité pour Mandelblit. Il y a eu toutes sortes d’accusations selon lesquelles il aurait fait stopper le travail de la police sur de nombreuses questions. J’ai dû l’emmener à la Cour suprême à trois reprises, pour qu’il commence l’enquête sur l’affaire 1000. Dans l’affaire 2000, nous sommes allés deux fois devant le tribunal… Nous saurons très bientôt si Mandelblit est assez courageux et suffisamment honnête.

Que pensez-vous des médias israéliens ?

Tellement de médias ici ont été dirigés par des magnats. Vous ne faites pas d’argent avec les médias. Mais les magnats sont prêts à perdre beaucoup d’argent juste pour disposer de cette « arme quotidienne » leur permettant d’écrire ce qu’ils veulent, de menacer n’importe quel régulateur.

Eliad Shraga, président du Mouvement pour un gouvernement de qualité, et le grand rabbin séfarade israélien Shlomo Amar, lors d’une conférence de presse, le 16 janvier 2013 (Uri Lenz / FLASH90)

Prenons l’exemple d’Eliezer Fishman. Il a versé tellement d’argent dans Globes et dans le Yedioth. Il était prêt à perdre un milliard de shekels sur ces deux journaux pour que personne ne remarque qu’il en avait gagné 15 [milliards] d’une autre manière. Comprenez comment fonctionne le pays : les banques ne veulent pas toucher à Fishman, le régulateur ne veut pas s’approcher de lui, et les politiciens le craignent. C’est comme ça que ça fonctionne.

Eliezer Fishman, devant la cour de Tel Aviv,le 1er janvier 2017 (Crédit : Flash90)

Chaque magnat dispose d’un groupe de médias. Sauf pour ToI, ou pour Haaretz qui survit à peine. Si vous voulez régner, prenez un magnat qui achètera un journal comme Israel Hayom et tout ira bien. Ce sont les médias aujourd’hui – très biaisés, et qui très souvent ne reflètent pas la réalité.

Notre bonne fortune aujourd’hui, ce sont les réseaux sociaux, où vous pouvez écrire votre vérité.

Si vous avez des avoirs médiatiques, alors personne n’écrira sur vos activités financières, vos banques, vos établissements d’investissement. Personne n’enquêtera sur vous. Vous pouvez faire ce que vous voulez.

Heureusement, maintenant, c’est en train de s’effondrer, à la fois à cause des réseaux sociaux et parce que nous avons réussi à réduire et à faire lumière sur leurs méfaits. Maintenant, leur pyramide ne peut faire plus que 2,5 étages, pas 17.

Mais, dans la nouvelle génération de magnats, on retrouve des gens comme [Shaul] Elovitch [de Bezeq, un suspect clé dans l’enquête de corruption dite affaire 4000]. Ils ont tous utilisé des monopoles et ont nui à tout le pays en augmentant le coût de la vie.

Les médias ont protégé les magnats, les politiciens ont été effrayés par les médias et se sont tus, tout comme les régulateurs. C’est un éco-système complet de corruption.

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