Rivlin : « L’initiative française souffre de défauts fondamentaux »
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Rivlin : « L’initiative française souffre de défauts fondamentaux »

Les efforts internationaux pour négocier un accord sont voués à l’échec en raison d’une approche “tout ou rien” de la solution à deux états, selon le président

Le président Reuven Rivlin devant le parlement de l'Union européenne à Bruxelles, le 22 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)
Le président Reuven Rivlin devant le parlement de l'Union européenne à Bruxelles, le 22 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Le président Reuven Rivlin a déclaré mercredi aux membres du Parlement européen que les efforts internationaux pour négocier un accord de paix israélo-palestinien, dont l’initiative française en cours, étaient des « négociations pour le bien des négociations », et par conséquent voués à l’échec.

Sa critique des efforts de Paris pour ramener Israël et les Palestiniens à la table des négociations ont rejoint un chœur croissant de dédain des responsables israéliens. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tourné en dérision la proposition française, et le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a comparé cette semaine les efforts de l’Union européenne (UE) à du colonialisme.

« L’initiative française souffre de défauts fondamentaux. La tentative de revenir aux négociations pour le bien des négociations, non seulement ne nous rapproche pas d’une solution longuement attendue, mais nous en éloigne plutôt », a déclaré le président pendant son discours à Bruxelles.

Comme d’autres initiatives internationales pour la conclusion d’un accord de paix, Rivlin a déclaré que l’approche inflexible du projet français de « tout ou rien » à la mise en place d’une solution à deux états ignore l’absence totale de confiance entre Israéliens et Palestiniens.

« Ce paradigme se base sur l’hypothèse que le problème qui est essentiel dans ce conflit sanglant et douloureux est simplement l’absence de bonne foi de part et d’autre, et que si nous exerçons simplement de la pression sur ‘eux’, sur ‘nous’, ils adhèreront à un accord permanent et à un état de paix, a-t-il déclaré. Le caractère le plus fondamental des relations israélo-palestiniennes aujourd’hui est, à mon grand regret, une absence totale de confiance entre les parties à tous les niveaux ; entre les dirigeants et les peuples. »

Mais l’absence de bonne volonté, a-t-il dit, n’est pas simplement « fondamentalement fausse », elle ignore les conséquences pratiques du conflit.

« Actuellement les conditions pratiques, les circonstances politiques et régionales qui nous permettraient d’atteindre un accord permanent entre nous, Israéliens et Palestiniens, ne se matérialisent pas », a déclaré Rivlin.

Après l’échec des négociations de paix israélo-palestiniennes soutenues par les Etats-Unis en 2014, l’UE a ces derniers mois encouragé activement les deux parties à revenir aux négociations directes, annonçant un ensemble d’incitations économiques et sécuritaires pour cela.

Ce mois-ci, les représentants de 28 pays arabes et occidentaux, la Ligue arabe, l’UE et les Nations unies se sont retrouvés à Paris pour discuter des moyens que la communauté internationale pouvait utiliser pour faire progresser le processus de paix. Les représentants israéliens et palestiniens n’avaient pas été invités à assister à cette rencontre, qui devait poser les bases d’une conférence de paix à part entière qui devrait être organisée avant la fin de l’année.

(de gauche à droite) Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, le président français François Hollande et le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon posent lors d'une réunion internationale et inter-ministérielle dans le but de relancer le processus de paix israélo-palestinien, à Paris, le 3 juin 2016. (Crédit : AFP photo / Pool / Stephane de SAKUTIN)
(de gauche à droite) Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, le président français François Hollande et le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon posent lors d’une réunion internationale et inter-ministérielle dans le but de relancer le processus de paix israélo-palestinien, à Paris, le 3 juin 2016. (Crédit : AFP photo / Pool / Stephane de SAKUTIN)

Pendant son discours mercredi, Rivlin a exhorté les pays de l’UE à plutôt montrer de la patience et à faciliter des mesures permettant la mise en place de la confiance entre Israël et les Palestiniens.

« Si l’Europe veut être un facteur constructif dans la recherché d’un accord futur, il incombe à ses dirigeants de concentrer leurs efforts à ce moment sur la construction patiente et méthodique de la confiance. Pas par le désinvestissement, mais par l’investissement ; pas par le boycott, mais par la coopération. »

Le président a ajouté que la division des dirigeants palestiniens et les troubles politiques régionaux rendaient impossible l’attente d’un accord de paix avec Israël. Le Hamas, l’organisation terroriste qui dirige la bande de Gaza, s’est engagé à annihiler Israël, a-t-il souligné dans son discours.

Rivlin a également appelé à une hausse de la coopération avec les « puissances modérées » de la région pour éradiquer l’extrémisme, améliorer l’économie palestinienne et développer les infrastructures en Cisjordanie et à Gaza.

Le discours du président a eu lieu au lendemain de la déclaration de soutien des 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE à l’initiative de paix française pour l’organisation d’une conférence de paix internationale à Paris cette année. Israël a à plusieurs reprises rejeté l’initiative française, affirmant qu’elle durcissait les positions palestiniennes et éloignait ainsi la paix.

Après avoir rencontré Rivlin mardi à Bruxelles, Donald Tusk, président du Conseil européen, a déclaré que l’UE « soutiendrait un accord de paix avec un ensemble sans précédent de coopération et de soutien à la fois à Israël et au futur Etat de Palestine. »

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, à droite, et le président Reuven Rivlin avant leur rencontre au siège de l'Union à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, à droite, et le président Reuven Rivlin avant leur rencontre au siège de l’Union à Bruxelles, le 21 juin 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Extrait du discours du président Reuven Rivlin devant le parlement européen

« Même l’imagination la plus débridée n’aurait pu prévoir le cours des évènements qui voit un peuple ancien revenir après des années d’exil et reconstruire son foyer historique. Une imagination débridée n’aurait pas pu non plus prévoir un tel cours sinueux de l’histoire, qui voit un continent complètement déchiré et en sang, laver le sang de la guerre et du conflit, construire la route qui mène à un Parlement européen commun. »

« Et oui, les relations solides et stables créées entre nous ne sont pas moins importantes. Ces relations sont représentées aujourd’hui à travers une vaste gamme de partenariats et de coopération, dans la recherche et l’innovation, dans la santé et l’environnement, l’éducation et la culture, et plus encore. »

« Sans prendre en considération la manière dont nous observons cela, notre passé, notre présent, et le futur que nous attendons, liés de façon intrinsèque, Israël et l’Europe, dans un lien qui ne peut être rompu. »

« Liberté, égalité, justice, pluralisme et tolérance religieuse, démocratie ; ce sont les principes de base inscrits dans la déclaration d’indépendance d’Israël. Ce sont les valeurs constitutives de l’Union européenne. »

« Tout comme vous, Israël fait face à des défis complexes et difficiles. Mais, contrairement à l’Europe qui s’est lancée dans un processus de cessation des partitions entre les nations et les états, Israël souhaite, et en effet doit, rester d’abord et surtout un foyer national, un lieu sûr pour le peuple juif. »

« L’Etat d’Israël n’est en rien une compensation de l’Holocauste ; l’Holocauste a posé comme principe de base la nécessité et la dimension vitale du retour du peuple juif à l’histoire, en tant que nation prenant son destin entre ses propres mains. »

« J’ai le sentiment que les critiques massives dirigées vers Israël en Europe viennent, entre autres, d’une incompréhension et d’une impatience concernant le besoin existentiel de la nation juive et de l’Etat d’Israël. »

« D’autre part, et à mon grand regret, Israël ressent également une impatience croissante [envers l’Europe]. Il y a ceux qui ressentent de la colère et de la frustration envers certaines actions européennes, vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme une critique injustifiée, parfois même contaminée par des éléments de condescendance, et certains diraient même, de double standard. »

« Mes amis européens, nous ne pouvons pas être d’accord sur tout. Mais en tant qu’amis et vrais alliés, je vous appelle et vous demande, d’être patients. Respectez s’il-vous-plaît les considérations israéliennes, même si elles diffèrent des vôtres. Respectez la souveraineté d’Israël, et le processus démocratique de son système de prise de décisions. Respectez l’engagement farouche d’Israël, son devoir même en effet, de protéger ses citoyens. C’est pour nous le plus sacré de tous les commandements. »

« Mesdames et messieurs, je me tiens devant vous aujourd’hui et je le dis d’une façon certaine : depuis 1993, lorsque furent signés les accords d’Oslo, la classe dirigeante d’Israël a été, et est toujours, en faveur d’une solution ‘à deux Etats pour deux peuples’. En outre, connaissant très bien le parlement israélien, je sais que n’importe quel accord politique porté devant la Knesset par un gouvernement élu sera approuvé. »

« Avec toute la difficulté et la douleur en jeu, nous devons regarder la réalité droit dans les yeux, et dire la vérité. Actuellement les conditions pratiques, les circonstances politiques et régionales qui nous permettraient d’atteindre un accord permanent entre nous, Israéliens et Palestiniens, ne se matérialisent pas. »

« Tout d’abord, pour arriver à un accord permanent et global, un leadership efficace est nécessaire. Cependant, les dirigeants palestiniens d’aujourd’hui sont divisés entre au moins deux camps. L’Autorité palestinienne, qui dirige la Judée et la Samarie, et d’autre part le Hamas, qui dirige Gaza et qui s’est engagé idéologiquement, à la fois politiquement et militairement, à l’’annihilation d’Israël. »

« Ensuite, afin d’arriver à un accord stable et viable, une infrastructure régionale et économique raisonnable est requise. Mais nous vivons dans une réalité où la peste du jihadisme fondamentaliste meurtrier, le fanatisme religieux et l’incitation à la haine, incarnés par l’Etat islamique et le Hezbollah, sont à nos frontières et n’épargnent ni Gaza ni la Cisjordanie ; nous vivons dans la réalité d’un Moyen Orient frappé par le chaos, et dans lequel l’incertitude est la seule certitude. »

« A ce tableau inquiétant, ajoutez les conditions économiques désastreuses, la pauvreté, le manque d’infrastructure à Gaza et en Judée Samarie, qui perpétuent ensuite la déstabilisation et nourrissent la violence. A cet égard, Israël consacre, et continuera à le faire, de vastes efforts, plus qu’aucun autre acteur dans la région, même au prix d’une prise de risque sécuritaire complexe ; mais l’intervention d’Israël seule ne suffira pas. »

« Et au final, il nous faut garder à l’esprit que le caractère le plus fondamental des relations israélo-palestiniennes aujourd’hui est, à mon grand regret, une absence totale de confiance entre les parties à tous les niveaux ; entre les dirigeants et les peuples. »

« Cher public, je crains que pendant des années, la communauté internationale n’ait agit comme un médiateur entre les parties sur la base d’un paradigme inflexible, celui d’une lutte pour le renouvellement des négociations en vue d’un accord permanent. Ce paradigme trace une dichotomie : ‘deux états ou un état binational’, ‘tout ou rien’,’ici et maintenant’ ou ‘plus jamais’. C’est d’ailleurs par la vertu de ce même paradigme que plusieurs états européens se sont opposés à l’accord de paix entre Israël et l’Egypte, arguant qu’il ne fournissait pas de solution au conflit israélo-palestinien. »

« Ce paradigme se base sur l’hypothèse que le problème qui est essentiel dans ce conflit sanglant et douloureux est simplement l’absence de bonne foie de part et d’autre, et que si nous exerçons simplement de la pression sur ‘eux’, sur ‘nous’, ils adhèreront à un accord permanent et à un état de paix. »

« Je vous parle aujourd’hui au nom d’une nation qui hait la guerre et désire la vie et la paix. Et je dois le dire : personne ne peut espérer atteindre de meilleurs résultats en utilisant les mêmes perspectives et les mêmes outils qui ont sans cesse échoué auparavant. »

« L’initiative française souffre de défauts fondamentaux. La tentative de revenir aux négociations pour le bien des négociations, non seulement ne nous rapproche pas d’une solution longuement attendue, mais nous en éloigne plutôt. »

« Si l’Europe veut être un facteur constructif dans la recherché d’un accord future, il incombe à ses dirigeants de concentrer vos efforts à ce moment sur la construction patiente et méthodique de la confiance. Pas par le désinvestissement, mais par l’investissement ; pas par le boycott, mais par la coopération. »

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