Romi Gonen : le chef du Hamas m’a proposé une libération anticipée en échange de mon silence
L'ex chef de la brigade de Gaza, Izz al-Din al-Haddad, est venu quand Gonen a été libérée en janvier, lui disant avoir respecté sa part du marché, et qu'elle devait faire de même

Selon l’ancienne otage Romi Gonen, le commandant actuel du Hamas dans la bande de Gaza, Izz al-Din al-Haddad, lui avait dit, à la fin du cessez-le-feu de novembre 2023, qu’elle serait libérée en priorité à condition qu’elle ne révèle à personne les agressions sexuelles que ses ravisseurs lui avaient infligées.
Haddad a ensuite utilisé Gonen et sa compagne de captivité Emily Damari comme boucliers humains pendant 35 jours, a déclaré Gonen à la chaîne N12 dans une interview dont la deuxième et dernière partie a été diffusée jeudi.
Lorsque Damari, Gonen et Doron Steinbrecher ont été libérées au début du deuxième accord de trêve et de libération des otages, en janvier dernier, Haddad en personne est venu les escorter. Il a alors dit à Gonen qu’il avait rempli sa part du marché, et qu’il attendait désormais d’elle qu’elle fasse de même, a raconté Gonen.
Gonen, 25 ans, a déclaré avoir attendu que tous les otages vivants aient quitté Gaza pour parler publiquement des agressions qu’elle avait subies, afin qu’ils ne soient pas punis par leurs ravisseurs.
Les 20 derniers otages vivants ont été relâchés le 13 octobre dans le cadre du troisième et actuel cessez-le-feu, 738 jours après leur enlèvement, lorsque des terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes et en prenant 251 autres en otages, déclenchant ainsi la guerre à Gaza.
Gonen, alors âgé de 23 ans, a été enlevée alors qu’elle assistait au festival de musique électronique Nova, dans la région de Reïm.
Au cours de la première partie de son interview sur la chaîne N12, diffusée la semaine dernière, Gonen a raconté avoir été agressée par quatre hommes différents durant sa captivité, notamment par trois de ses ravisseurs dans le mois qui a suivi son enlèvement, avant qu’elle ne rencontre d’autres otages à Gaza.
L’un de ces trois ravisseurs, nommé Mohammed, l’a menacée après la pire agression qu’elle ait subie, lui disant qu’il la tuerait si elle en parlait à quelqu’un, a déclaré Gonen. Immédiatement après cette agression, le 8 novembre 2023, au 34e jour de la guerre, Gonen a été transférée de la maison de Mohammed à une cellule souterraine.
« Je suis restée là pendant 24 heures, seule, dans un silence écrasant », s’est-t-elle rappelée, en larmes, dans la partie de l’interview diffusée jeudi. « Je devais rester seule avec ça, et cela n’a rien de facile. »
Gonen a ensuite été rejointe par plusieurs autres femmes otages, parmi lesquelles Damari, Naama Levy, Liri Albag, Agam Berger, Mia Schem, les sœurs Ela et Dafna Elyakim, ainsi que Chen Goldstein-Almog et ses trois jeunes enfants, Agam, Gal et Tal.
En discutant avec les autres femmes qui se trouvaient dans la cellule, Gonen a réalisé qu’aucune d’entre elles n’avait subi les abus sexuels dont elle avait été victime, a-t-elle déclaré à la chaîne N12.
« J’étais soulagée d’apprendre que personne n’avait subi le même sort que moi. Mais ça n’est tout simplement pas juste, et cela me marquera toute ma vie », a-t-elle ajouté.
« Ce n’est que lorsque toutes les filles sont arrivées et que nous avons commencé à parler et à partager nos expériences que j’ai réalisé que j’avais, et de loin, vécu la pire situation de toutes », a-t-elle poursuivi. « Comment continuer à survivre à toute une captivité après avoir été harcelée par trois hommes différents en moins d’un mois ? »
Damari, qui a également participé à l’interview, a raconté que, une semaine après son entrée dans le tunnel, un » simple soldat » chargé de garder les otages lui avait demandé pourquoi Gonen pleurait autant.
« Je lui ai dit : ‘L’un d’entre vous lui a fait quelque chose de très, très grave.’ Il m’a alors demandé : ‘Que voulez-vous dire par quelque chose de grave ?’ Je lui ai répondu : ‘La pire chose que vous puissiez imaginer.' »
Le lendemain, trois officiers qui venaient parfois dans le tunnel ont demandé à Gonen de leur raconter ce qui s’était passé. Ils l’ont accusée de mentir, a-t-elle expliqué.
« Emily est intervenue et a dit : ‘Ils ont menacé de la tuer' », a indiqué Gonen. « Je me suis sentie comme ces filles, chez moi, qui, lorsqu’il y a un scandale de harcèlement ou de viol, ne sont prises au sérieux par personne. Et comme si je disais : ‘Mais qui êtes-vous, des terroristes, comme si je m’intéressais à vous. Allez vous faire voir. Je sais ce qui m’est arrivé.' »
Le 30 novembre 2023, cinquante-cinquième jour de la guerre et dernier jour du cessez-le-feu de novembre, Gonen a reçu l’ordre de revêtir un hijab et de rejoindre une salle de commandement, où elle devait échanger sur un téléphone fixe avec un haut commandant. Elle a réalisé plus tard qu’il s’agissait de Haddad, qui assurait alors le commandement de la brigade nord de Gaza du Hamas.
« J’ai cru qu’ils allaient me tuer. J’avais peur de cette conversation », se souvient-elle.
Les échanges se sont déroulés en hébreu, Haddad assurant la traduction en arabe pour une autre personne qui était en ligne, a déclaré Gonen.
« Il m’a dit : ‘Je comprends qu’il y a un problème, je veux savoir ce qui s’est passé’… Je lui ai tout raconté », a rapporté Gonen. « Il m’a dit qu’il trouverait [l’agresseur] et que, compte tenu de ce qui m’était arrivé, il me mettrait en tête de liste pour rentrer chez moi. Il m’a dit qu’il voulait conclure une sorte de marché avec moi. »
Le marché, a-t-elle précisé, était qu’elle devrait garder un silence total sur les agressions sexuelles qu’elle avait subies. « J’ai dit oui, ça m’est égal… Je veux rentrer chez moi. On s’occupera de ça plus tard. »
« Avec le recul, je me suis rendue compte que j’avais parlé à l’homme le plus puissant de Gaza » a-t-elle ajouté. « J’ignore s’il avait réellement l’intention de me relâcher. »
Leurs chemins se sont croisés à nouveau environ trois semaines plus tard. Gonen et Damari ont été emmenées dans le tunnel de Haddad, dans lequel elles ont pénétré, s’est souvenu Gonen, via une université située dans le quartier de Tuffah, à l’est de Gaza-City.
Elles y sont restées 35 jours en compagnie de Haddad lui-même. L’homme leur a montré des photos d’elles-mêmes et d’autres otages et leur a parlé du Hamas, a confié Gonen. Haddad, même si une grande partie de Gaza était en ruines, sortait librement pour aller voir sa famille, et parlait avec Gonen et Damari de la manière dont le Hamas fabriquait des armes et remettait en état son réseau de tunnels, a poursuivi Gonen.
« Il est intelligent, il est imprévisible, et, si Dieu le veut, nous le tuerons », a souligné Gonen à propos de Haddad, devenu le chef du Hamas à Gaza après qu’Israël a tué Yahya Sinwar, cerveau des attentats du 7-Octobre, en octobre 2024.
Au total, Gonen et Damari ont été détenues dans quelque 30 lieux différents durant leur captivité, ont-elles affirmé à la chaîne N12.
Les deux jeunes femmes ont évoqué l’un des endroits où elles avaient été détenues en avril 2024, un lieu doté d’un toit en tôle et dans lequel la chaleur était insupportable. Gonen s’est souvenu avoir lancé une chaise en plastique sur l’un de ses ravisseurs, qui lui avait dit de se taire après qu’elle a demandé un ventilateur. Le ravisseur avait été retenu par un de ses collègues et Gonen, maîtrisée par Damari afin qu’ils n’en viennent pas aux mains, ont raconté les deux femmes.
Gonen, Damari et Steinbrecher ont été les trois premières otages à revenir en Israël dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu qui a échoué en mars. Cet accord prévoyait la libération par le Hamas de 33 femmes, enfants, hommes civils de plus de 50 ans et personnes considérées comme des « cas humanitaires ».
Gonen et Damari ont indiqué avoir été informées de leur libération au matin du 19 janvier. Accompagnées de Steinbrecher, elles ont été installées à l’arrière d’une camionnette blanche, à bord de laquelle elles rejoindraient une cérémonie de propagande organisée par le Hamas pour leur remise à la Croix-Rouge.
Quand elles sont montées dans le véhicule, a confié Gonen, un homme s’est retourné depuis le siège passager et leur a dit : « Bonjour, les filles ».
Il s’agissait de Haddad. « Il a dit : ‘Vous vous souvenez de notre promesse ? Ici, vous sortez les premières.’ Puis il a ajouté : ‘Vous vous souvenez de la promesse que vous m’avez faite ? J’espère que vous la tiendrez.' »
« Je lui ai répondu : ‘Je tiendrai ma promesse’. Et nous nous sommes séparés pour l’éternité, Dieu merci », a-t-elle déclaré.







