Russie : à la recherche des restes des soldats soviétiques de la Seconde guerre
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Russie : à la recherche des restes des soldats soviétiques de la Seconde guerre

Les "poïskovikis" sont chargés de retrouver et d'identifier les restes de soldats ayant combattu contre les nazis pour leur rendre un dernier hommage dans un cimetière militaire

Evguéni Ilyin, 64 ans, historien et chef du groupe de recherche de volontaires Ingria, se tient devant la tombe de soldats soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale, près de Sinyavino, à 50 km à l'est de Saint-Pétersbourg, le 5 mai 2019. (OLGA MALTSEVA / AFP)
Evguéni Ilyin, 64 ans, historien et chef du groupe de recherche de volontaires Ingria, se tient devant la tombe de soldats soviétiques tués pendant la Seconde Guerre mondiale, près de Sinyavino, à 50 km à l'est de Saint-Pétersbourg, le 5 mai 2019. (OLGA MALTSEVA / AFP)

Un crâne humain et un tas d’ossements sont déposés sur une toile cirée : un soldat soviétique mort dans les combats contre les nazis dans la région de Leningrad aura enfin sa sépulture, 74 ans après la fin de la guerre.

« Depuis le 29 avril, notre équipe a retrouvé ici les restes de 16 soldats qui seront enterrés les 7 et 8 mai avec près de 800 autres, révélés par des équipes de recherche qui font des fouilles à côté », raconte à l’AFP Evguéni Iline, historien de 64 ans qui dirige une équipe de bénévoles répondant au nom de « Ingria ».

Dans un camp situé en pleine forêt, à 75 kilomètres de Saint-Pétersbourg – Leningrad à l’époque soviétique –, ces bénévoles font partie d’un mouvement apparu à la fin des années 1980, qui a gagné en popularité ces dernières années grâce au soutien des autorités, qui promeuvent cette forme de patriotisme.

Les « poïskovikis » – leur nom officiel – sont chargés de retrouver les restes de soldats soviétiques sur les lieux d’anciens combats, et si possible de les identifier avant de leur rendre un dernier hommage dans un cimetière militaire.

Des os et des restes rouillés d’armes découverts par des membres du groupe de recherche de volontaires Ingria sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, près de Sinyavino, à 50 km à l’est de Saint-Pétersbourg, le 5 mai 2019. (OLGA MALTSEVA / AFP)

Selon les chiffres officiels, plus de 42 000 personnes font partie de ce mouvement, pas seulement à Saint-Pétersbourg mais dans tous les lieux où des combats ont eu lieu.

Au printemps, plusieurs dizaines d’équipes ont entamé des fouilles dans ce camp sur les collines de Siniavino, près de Saint-Pétersbourg.

« Le sort de Leningrad a été résolu ici : quatre fois, les troupes soviétiques ont tenté de rompre le blocus nazi et les pertes ont été graves », raconte Evguéni Iline.

Depuis 2000, son équipe a retrouvé et inhumé dans la région 3 204 soldats et officiers soviétiques.

« Difficile à identifier »

Une vingtaine de personnes, âgées de 15 à 65 ans, arpente la forêt avec des détecteurs de métaux, des pelles et des bêches.

La guerre s’est terminée il y a trois quarts de siècle mais les traces des combats sont toujours là : partout, d’anciennes tranchées et des trous d’obus sont visibles. Le sol recrache facilement d’anciennes armes, des grenades, des obus mais aussi les restes de ceux qui ont péri ici.

Leurs ossements sont rangés soigneusement sur des toiles cirées, derrière les tentes des « poïskovikis ». A leur côté, il y a les objets retrouvés : un fusil automatique, une trousse de barbier, des ciseaux, parfois quelques médailles.

« Quand tu participes aux fouilles, tu te rends compte du prix payé pour la victoire, et à quel point la guerre était dure et cruelle. Cela n’a rien à voir avec les belles images des films », avoue Alexeï Tchoupikov, un chimiste de 30 ans.

Evguéni Ilyin, 64 ans, historien et chef du groupe de recherche de volontaires Ingria, avec des restes rouillés d’armes retrouvées sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, près de Sinyavino, à 50 km à l’est de Saint-Pétersbourg, le 5 mai 2019. (OLGA MALTSEVA / AFP)

L’objectif ultime des bénévoles est l’identification des soldats mais la tâche n’est pas évidente.

Les soldats de l’Armée rouge devaient, comme dans les autres armées, porter une plaque permettant de les identifier en cas de décès : un petit médaillon dans lequel les soldats glissaient une pièce de papier indiquant leur nom, leur prénom et leur date de naissance.

« Mais par superstition, la plupart laissaient ces médaillons vides », explique Evguéni Iline.

Mardi, quelques jours avant les célébrations de la fin de la Seconde guerre mondiale – appelée Grande guerre patriotique en Russie, et dont la fin officielle est le 9 mai 1945 –, les restes de 714 soldats et officiers soviétiques, dont seulement 18 ont été identifiés, ont été inhumés près de Siniavino, en présence des autorités locales.

Quelques proches des soldats identifiés se sont aussi déplacés. Maria Gavrilova, 60 ans, est venue de la région de Kalouga, au sud de Moscou, pour l’enterrement de son oncle Piotr Nobikov. Il est mort en 1942 et, retrouvé par les « poïskovikis », a été identifié par le nom écrit sur sa gourde.

« Nous sommes tellement reconnaissants », dit-elle, les larmes aux yeux. « Toute la vie, la famille l’a considéré comme porté disparu. »

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