Ryad : pas de normalisation avec Israël sans paix avec les Palestiniens
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Ryad : pas de normalisation avec Israël sans paix avec les Palestiniens

"Nous sommes maintenant en 2020. Donc 18 ans se sont écoulés et nous n’avons pas vu de résultat de l’initiative arabe de paix," avait affirmé vendredi Abou Dhabi

Le ministre des Affaires étrangères d'Arabie saoudite, le prince Fayçal bin Farhane, assiste à une réunion à Athènes, le 24 janvier 2020. (Crédit : Petros Giannakouris / AP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Arabie saoudite, le prince Fayçal bin Farhane, assiste à une réunion à Athènes, le 24 janvier 2020. (Crédit : Petros Giannakouris / AP)

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal Ben Farhane, a exclu mercredi que son pays suive l’exemple des Emirats arabes unis en nouant des relations diplomatiques avec Israël, en l’absence de paix avec les Palestiniens.

« Il doit y avoir une paix entre Israël et les Palestiniens, s’appuyant sur des bases internationales reconnues » en faveur de la création d’un Etat palestinien, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin. « Quand cela sera atteint, alors tout sera de nouveau possible ».

« Quand nous avons apporté notre soutien au plan de paix arabe en 2002, nous pensions qu’il y aurait aussi des relations entre l’Arabie Saoudite et Israël », a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne.

« Mais les conditions ont changé », a estimé le responsable », qualifiant « d’illégale » la politique « d’annexion unilatérale » d’Israël, par ailleurs « dommageable à la solution à deux Etats ».

Il s’agit de la première prise de position de Ryad sur l’accord historique conclu la semaine dernière entre les Emirats arabes unis et Israël, sous l’égide des Etats-Unis, sur une normalisation de leurs relations.

Les Emirats arabes unis ont fermement défendu vendredi l’accord historique conclu avec Israël pour normaliser leurs relations, affirmant avoir agi avec leurs « propres intérêts en tête », sans consulter l’Arabie saoudite.

En 2002, l’Arabie saoudite a parrainé l’initiative de paix arabe, qui exigeait un retrait complet d’Israël des territoires palestiniens en échange du normalisation des relations.

« Nous sommes maintenant en 2020. Donc 18 ans se sont écoulés et nous n’avons pas vu de résultat de l’initiative arabe de paix. Nous croyons que la façon dont nous devrions aborder ces questions est par le dialogue et la communication », a souligné Omar Saif Ghobash, ministre adjoint émirati des Affaires étrangères chargé de la culture et de la diplomatie.

L’accord de normalisation des relations entre les deux pays est le premier de ce genre avec un pays du Golfe. Il prévoit un arrêt du projet d’annexion de territoires en Cisjordanie occupée par Israël, mais il a été rejeté par les Palestiniens qui l’ont qualifié de « trahison ».

Une accusation rejetée par Ghobash. Selon lui, l’accord constitue un progrès considérable au vu de l’absence d’alternative tenable.

« Nous avons démontré que nous sommes capables de secouer une situation figée et fatiguée », explique-t-il à l’AFP.

L’Arabie saoudite, alliée de longue date des Emirats, n’avait toutefois pas réagi, l’initiative émiratie faisant de l’ombre à la stratégie saoudienne qui vise à forcer Israël à se retirer des territoires palestiniens avant la mise en place de relations diplomatiques.

Les normalisation des relations intervient après des années de rapprochement discret entre les deux pays. Au delà de la portée diplomatique de l’accord, les retombées économiques sont évidentes.

Les Emirats, pays riche en pétrole et avec de grandes ambitions technologiques et spatiales, va pouvoir avoir des échanges commerciaux avec Israël, et l’Etat hébreu aura accès aux villes de Dubaï et d’Abou Dhabi qui attirent talents et investissements.

« Ces connections nous sont extrêmement lucratives et contribuent à notre produit intérieur brut », a expliqué M. Gobash.

« Ce sont des considérations pragmatiques qui nous guident. »

Les Emirats, qui ont récemment lancé une sonde vers Mars et démarré leur première centrale nucléaire, deviennent une puissance montante dans le monde.

Pour M. Ghobash, ancien ambassadeur en Russie et en France, l’accord avec Israël est une preuve de l’indépendance diplomatique des Emirats.

« Nous ne sommes pas un cadeau à être offert aux Israéliens s’ils satisfont les exigences palestiniennes. Nous sommes très clairs, c’est de notre intérêt souverain qu’il s’agit. »

Le sultanat d’Oman et Bahreïn ont apporté leur soutien à l’accord comme une perspective nouvelle de paix au Moyen-Orient.

Le ministre émirati a rejeté les critiques des Palestiniens, qui crient à la trahison de leur cause et qui ont ordonné de rappeler leur ambassadeur à Abou Dhabi.

« J’essaie de comprendre dans quel sens c’est une trahison alors que nous ouvrons une porte pour qu’Israël repense son projet d’annexion », a réagi M. Gobash.

« Nous croyons fermement à la cause et aux droits des Palestiniens. Cet accord va dans le sens de nos convictions mais prend en compte le nouveau paysage régional. »

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